Informatique : Avec l’IA, nos mulots et claviers sont-ils définitivement condamnés ?
UPGRADE•Face au tsunami de l’intelligence artificielle, certains mettent en cause l’avenir de nos périphériques informatiques, d’autres nonChristophe Séfrin
L'essentiel
- En automatisant nombre de nos tâches, l’IA agentique risque de rebattre les cartes dans nombre de nos usages.
- Parmi eux, ceux que nous faisons à la maison ou au bureau de nos ordinateurs, claviers et souris informatiques.
- Ces outils devraient non pas disparaître, mais au contraire renforcer leur complémentarité soutient l’un des géants du secteur.
Face au tsunami de l’intelligence artificielle, beaucoup prédisent le meilleur. Mais aussi le pire. Autour de l’ordinateur, Mac ou PC, la transformation de nos usages pourrait remettre en cause ceux des classiques souris et claviers informatiques que nous utilisons depuis des décennies. C’est en tout cas ce que prédisent les développeurs de solutions « IA agentique », capables de décider, seules, de certaines tâches, en les automatisant. Les fabricants de périphériques informatiques défendent, eux, un tout autre point de vue. 20 Minutes a interrogé Jean-Christophe Hemes, directeur des produits et de l’innovation pour le mastodonte suisse Logitech, pour connaître ses intentions et ses arguments.
Comment l’intelligence artificielle bouscule-t-elle déjà notre rapport aux périphériques informatiques, comme la souris et le clavier ?
L’IA bouscule notre relation avec les périphériques, non en les remplaçant, mais en renforçant leur importance. Ils sont aujourd’hui essentiels, tant pour l’humain que pour l’intelligence des machines.
Depuis toujours, nos produits forment un pont intuitif entre l’humain et la machine. Ils constituent le prolongement naturel de nos mains (claviers, souris), ils augmentent nos capacités visuelles, auditives et vocales (caméras, haut-parleurs, casques) pour nous laisser interagir librement. Face à une IA toujours plus multimodale, les périphériques informatiques deviennent indispensables. Réciproquement, l’IA a besoin de ces équipements pour percevoir le monde et nous comprendre. Caméras, casques micros deviennent en quelque sorte ses yeux et ses oreilles pour capter notre présence et nos intentions. Le tout, sous le contrôle absolu de l’humain, qui peut activer et désactiver ces fonctions d’un simple bouton.
L’avenir de l’informatique sera-t-il sans souris ? L’IA ne risque-t-elle pas de la remplacer ?
Cela fait des décennies que l’on prédit la mort de la souris ! Plus récemment, nous avons assisté à un débat sur le remplacement du clavier par la voix. L’expérience nous montre pourtant que ces théories sont bien exagérées : les nouvelles interactions sont graduellement ajoutées aux anciennes sans les remplacer.
Les interfaces graphiques n’ont pas remplacé le clavier, les écrans tactiles n’ont pas remplacé la souris, les montres connectées n’ont pas remplacé les téléphones…
Les utilisateurs passent d’une interaction à l’autre de façon fluide, et n’ont pas encore trouvé de moyen plus naturel et intuitif pour naviguer sur leur ordinateur. Ces technologies s’imposent comme le véritable centre de commandement à partir duquel l’humain interagit avec l’IA. Chacune y joue un rôle unique et parfaitement complémentaire : la souris assure une navigation rapide et précise, le clavier permet de structurer et de corriger le texte, tandis que la voix est idéale pour le brainstorming et les premiers jets spontanés. Qu’il s’agisse de faire des recherches, de rédiger ou d’élaborer des requêtes (prompts), les utilisateurs basculent intuitivement d’un mode à l’autre au fil de leur travail. Chaque appareil remplit ainsi sa mission exacte au moment opportun.
Du coup, comment peut-on imaginer l’usage que l’on fera demain de la souris et du clavier, par rapport à celui que l’on en fait aujourd’hui ?
Il sera dicté par notre besoin du moment. L’évolution ne va pas faire disparaître ces outils, elle va les enrichir. Pour la rapidité et le brainstorm : si vous voulez jeter des idées en vrac, générer un premier brouillon, ou donner des instructions rapides à l’IA, la voix sera idéale. Les micros des casques audio et des webcams deviennent des périphériques indispensables avec leur capacité à réduire le bruit ambiant et à se focaliser sur votre voix.
Quand il faudra peaufiner un document, faire de la mise en page ou de l’édition vidéo, et guider l’IA dans les modifications plus fines, le duo clavier souris restera plus efficace. Même lors de conversations avec l’IA, l’être humain aura toujours ce besoin fondamental de montrer et designer. Le concept de « pointage » ne bougera pas. Un exemple récent vient de Google DeepMind qui explore les nouvelles capacités de l’IA autour du curseur de la souris.
Dans le futur, quelle sera la place de l’humain face à la machine ?
Le rôle de l’humain restera absolument central. Nous n’assistons pas encore à un bouleversement soudain ou à un remplacement de l’être humain, mais plutôt à une augmentation de ses capacités. L’IA s’intègre pleinement à l’expérience humaine, et l’humain peut la piloter.
La vitesse de cette transition dépendra de facteurs purement humains, tels que la confiance en l’IA et notre adaptabilité face à son usage. Je parle de la confiance pour donner à l’IA les informations nécessaires afin d’optimiser notre travail et notre vie. Il s’agit d’un un processus souvent progressif et rarement linéaire. Du côté de l’adaptabilité, les individus doivent intégrer l’IA dans le flux de leur quotidien et de leur travail, ce qui, là encore, n’est pas toujours un chemin simple ni direct !
Notre dossier «Intelligence artificielle»Les nouveaux usages vont-ils influer sur l’ergonomie des produits périphériques que vous développez ?
Complètement ! L’ergonomie ne se résume plus uniquement à la forme des périphériques, elle doit aussi réduire la fatigue mentale face aux flux d’informations. Le rôle de nos outils évolue. Le clavier, par exemple, ne va plus seulement servir à taper des lettres une par une, il devient un véritable centre de pilotage. La souris et le clavier de demain garderont leur forme idéale pour les mains, mais ils intégreront nativement des passerelles directes vers l’IA. C’est déjà le cas sur nos produits grand public comme la gamme POP Icon ou la souris Signature M650, qui possèdent des boutons personnalisables pour lancer des actions automatisées. Nous adaptons le matériel pour rendre l’IA simple, accessible et, au fond, beaucoup plus humaine !


















