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Elohim Prandi, « un enfant prodige » au parcours cabossé pour porter les Bleus

France-Danemark : Elohim Prandi, « un enfant prodige » au parcours cabossé pour porter les Bleus vers le titre

handballL’arrière gauche de l’équipe de France, auteur d’un miracle en demi-finale contre la Suède, sera encore l’une des armes principales des Bleus pour aller chercher le titre européen ce dimanche
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • L’équipe de France affronte le Danemark ce dimanche en finale du championnat d’Europe de handball (17h45).
  • En demi-finale, les Bleus ont eu très chaud, seulement sauvés par un jet franc d’anthologie d’Elohim Prandi à la dernière seconde, qui leur a permis d’arracher la prolongation (27-27), avant de se détacher (34-30).
  • L'arrière gauche parisien, après des galères qui ont retardé son éclosion chez les Bleus, trouve dans cet Euro toute sa place au sein d’un collectif qui comptera encore sur lui dans les moments chauds pour décrocher le titre européen ce dimanche.

Une praloche de l’espace déjà encadrée au Louvre, une célébration iconique à la Cantona et un statut de sauveur de la Nation. Elohim Prandi a vécu vendredi, lors de la demi-finale de l’Euro remportée par les Bleus contre la Suède, un moment comme il en existe peu dans une carrière. Mais tout ça ne comptera vraiment, il le sait, que si l’équipe de France finit le travail ce dimanche face au Danemark. Cette finale, il la veut, et peut-être encore plus que ses petits camarades. Lui n’a jamais connu le frisson d’un grand titre international.

Tranquille les gars, tranquille.
Tranquille les gars, tranquille.  - INA FASSBENDER / AFP

C’est qu’à 25 ans, l’histoire de Prandi avec l’équipe de France est du genre contrariée, comme on dit. Par sa faute, un peu, quand il a échoué à gagner sa place lors de la préparation aux JO de Tokyo à l’été 2021, voyant quelques semaines plus tard les potes remporter l’or olympique sans lui. A cause d’une agression qui aurait pu virer au drame, ensuite, quand il a été victime de six coups de couteau dans le dos au petit matin du 1er janvier 2022, à cause d’une insignifiante histoire de bouteille d’eau renversée. L’Euro en Hongrie, auquel il espérait participer quelques jours plus tard, s’est évidemment joué sans lui. Le cadet de ses soucis à ce moment-là.

Mais le fils de deux anciens internationaux, Raoul Prandi (un des « Barjots » des JO 1996) et Mézuela Servier (capitaine des Bleues dans les années 1990), s’est reconstruit, jusqu’à se sentir « encore plus fort qu’avant », comme il l’avait dit au Parisien l’an dernier. « Je suis revenu comme un petit jeune qui avait tout à prouver. J’ai de la fierté, j’ai voulu montrer ma rigueur et ma capacité à être un leader. J’ai progressé sur mon attitude. J’étais devenu assez râleur, j’ai enlevé 90 % de mes mauvais côtés », détaillait-il alors.

« Enfant prodige »

Encore assez intermittent lors du Mondial 2023 en Suède et en Pologne, il tient dans cet Euro 2024 un rôle crucial chez les Bleus, au relais du monstre sacré Nikola Karabatic au poste d’arrière gauche. Avec la pleine confiance du staff et des copains pour les moments chauds. « On sait qu’avec ce garçon, il peut se passer des choses assez folles », glissait vendredi le sélectionneur, Guillaume Gille, encore sonné par le coup de canon de son arrière (flashé à 118,6 km/h au passage, ne tentez pas ça chez vous) pour arracher la prolongation face aux Suédois.

Dans le milieu, tout le monde connaît les missiles qui peuvent sortir du bras droit du « bison », un petit surnom qui va comme un gant à ce beau bébé d’1,93m pour 101 kg. « Je sais qu’Elo a une qualité de shoot incroyable, qu’il est capable de marquer dans cette position. Je savais quelque part qu’il allait le mettre », soufflait Karabatic. « C’est un enfant prodige », dit de lui Kentin Mahé. Pas forcément usurpé pour celui qui avait été lancé dans le grand bain de la D1 à même pas 18 ans, du côté d’Ivry.

Un vrai joueur d’équipe

« Il avait une grosse envie de réussir, de montrer que derrière ses parents, il pouvait lui aussi se faire un nom, se souvient Daniel Hager, qui a pris en main la pépite à ses 15 ans dans le club du Val-de-Marne. Il adorait la compète, il voulait tout gagner. Il avait déjà ça en lui. » Et son bras aussi ? « Oh oui, s’exclame l’ancien joueur, entraîneur puis responsable du centre de formation d’Ivry. Il avait cette suspension et ce shoot extraordinaires. Ensuite, il a développé sa vision du jeu, domaine où il excelle vraiment aujourd’hui. Il joue avec son pivot, son ailier, il est capable de faire des choix très vite, pour l’équipe. »

Si de l’extérieur, on a tendance à attendre encore plus de buts du numéro 8 des Bleus (15 depuis le début de l’Euro), son formateur préfère s’attarder sur la manière dont il est désormais intégré dans le collectif. « C’est quelqu’un qui apporte, qui joue pour les autres, appuie Daniel Hager. Il a un autre rôle qu’au PSG. Et puis en défense, c’est très solide ! Il lui a fallu du temps, il a eu des soucis à certains moments qui l’ont retardé un peu, mais pour moi il n’y a pas de surprise dans ce qu’on voit aujourd’hui. »

C’est ce parcours un peu cabossé et ce côté joueur d’équipe qui transpiraient vendredi lorsque le héros du match s’est exprimé dans le vestiaire après la rencontre. Un discours honnête et touchant, tourné vers les autres : « Je sais que je suis passé par des hauts et des bas, par des déceptions et des plus belles choses. C’est mon rôle… et aussi la confiance que vous me donnez dans la capacité à pouvoir faire ce genre de choses. C’est incroyable, je pense que c’est un tout. On est une équipe, on est frères d’armes et j’espère qu’on va gagner cette année. »

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Car c’est bien là l’essentiel, en ce dimanche de finale. Avant la compétition, Elohim Prandi avait confié qu’il pourrait se sentir vraiment joueur de l’équipe de France quand il aurait un titre. Ce n’est sûrement pas comme ça que le voient ses coéquipiers, mais si on se met à sa place, on comprend l’idée.