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Comment l’improbable Eric Roy sublime Brest sur le podium de la Ligue 1

Ligue 1 : « C’est une belle revanche »… Comment l’improbable Eric Roy sublime Brest sur le podium

FOOTBALLLoin des bancs de touche durant douze ans, l’ex-entraîneur niçois signe un retour époustouflant en Ligue 1, en ayant transformé le Stade Brestois (17e à son arrivée) en un bluffant troisième du championnat, avant le choc à Paris dimanche (20h45)
Jérémy LaugierWilliam Pereira

Jérémy Laugier, William Pereira

L'essentiel

  • Qui aurait pu imaginer que pour la 19e journée de Ligue 1, le Stade Brestois se déplace dans la peau d’un troisième du championnat au Parc des Princes, dimanche (20h45) pour y défier le PSG ?
  • Cette folle aventure a démarré il y a tout juste un an, lorsque le club breton, qui cherchait à sortir de la zone rouge (17e alors), a misé à la surprise générale sur Eric Roy. Celui-ci n’avait alors plus la moindre expérience sur un banc de touche depuis l’OGC Nice… de 2010 à 2011.
  • Grâce notamment à son « management participatif », l’ancien consultant pour France Télévisions (56 ans) a transfiguré Brest, au point d’en faire un sérieux candidat à une qualification européenne.

Que celui qui avait misé un centime dessus au début de la saison vienne récupérer son pactole. Il fallait avoir du flair pour débusquer la sensation de la cuvée Ligue 1 2023-24, cachée derrière le 15e budget du championnat (48 millions d’euros), un stade vétuste de 15.000 places et une équipe de no names supposés batailler pour le maintien.

Sauf que ce Stade Brestois reste sur une incroyable série de huit victoires et un nul depuis quasiment trois mois, et qu’il s’est faufilé sur le podium de notre L1 avant de défier le Paris Saint-Germain, dimanche au Parc des Princes. On n’ira pas jusqu’à vous vendre que le 12e titre de champion de France du PSG est menacé par ces irréductibles Finistériens, mais l’AS Monaco, l’OM, le LOSC et le RC Lens ont du souci à se faire dans leur quête de Ligue des champions.

On pourrait louer la saison frisson de Pierre Lees-Melou, actuel leader du classement des notes de L’Equipe devant Kylian Mbappé, et approché en vain par le Stade Rennais cet hiver. Mais si l’épopée brestoise devait porter un nom, ce serait celui de son entraîneur, Eric Roy. Avec une question majeure : comment un technicien de 56 ans, dont la seule expérience remonte à l’Antiquité (2010-2011), a-t-il pu transformer Brest, destiné à la descente (le club était 17e de Ligue 1 à son arrivée en janvier 2023) en un sérieux prétendant au podium ? La réponse se trouve sans doute du côté de son management, qui tranche clairement avec celui de son prédécesseur Michel Der Zakarian, et qui lui a permis de conquérir d’emblée son groupe.

La « remontada » contre le RC Lens comme « match fondateur »

« Il a toujours la volonté que les joueurs l’accompagnent, et pas dans quelque chose de strict, donc l’équipe l’a suivi naturellement, racontait il y a deux semaines le milieu brestois Hugo Magnetti sur le site de la Ligue 1. A son arrivée, il nous a tous reçus un par un et j’ai senti une vraie écoute de sa part. Ce n’est pas du tout un entraîneur venu avec des idées arrêtées, et c’est ce qui a fait la différence selon moi. Il a changé le Stade Brestois. »

Lorsqu'on est troisièmes de Ligue 1 avec le 15e budget du championnat, on est forcément radieux, non?
Lorsqu'on est troisièmes de Ligue 1 avec le 15e budget du championnat, on est forcément radieux, non? - Mourad ALLILI/SIPA

Après avoir su sauver le club en Ligue 1 grâce à une phase retour canon l’an passé (14e, neuf points d’avance sur le premier relégué), Eric Roy a prolongé son œuvre dès la première journée de la saison suivante. Brest-Lens, 13 août : menés 0-2 par le vice-champion de France après 22 minutes de jeu à Francis Le Blé, les Bretons avaient signé une incroyable remontée pour l’emporter 3-2. Un « match fondateur », selon Eric Roy.

Eric Roy récompense ses joueurs en restos et jours de repos

Et le symbole d’une gestion de groupe spéciale, que l’entraîneur détaillait en septembre sur RMC Sport : « Je veux être dans un management participatif. Il faut que les joueurs décident entre eux le nombre de points qu’ils peuvent prendre avant une série de matchs, qu’ils y croient. C’est important qu’ils aient une visualisation de ce qu’ils sont capables de faire ». En l’occurrence, ils ont indiqué avant la reprise viser six points sur quatre premières journées de Ligue 1 délicates (contre Lens, Le Havre, Marseille et Rennes). Bilan : sept points récoltés sur la période pour « Eric the King » et ses hommes.

« Cette saison, on s’accorde sur ce type d’objectifs pour une période de quatre ou cinq matchs, confirme Hugo Magnetti. Et dès que l’on atteint un objectif, le coach nous offre un restaurant tous ensemble, ou on obtient des jours de repos supplémentaires. Ça contribue à instaurer cet esprit familial. » Une manière de fonctionner qui ne date pas d’hier, à en croire le milieu de terrain Abdelrafik Gérard, qui était au RC Lens lorsque Eric Roy a débarqué en 2017, en tant que manager général, au sein d’un club alors 19e de Ligue 2.

Le meilleur entraîneur du football français et Didier Deschamps.
Le meilleur entraîneur du football français et Didier Deschamps.  - Claude Paris/AP/SIPA

Un « licenciement abusif » pour conclure son histoire à l’OGC Nice

« Il a demandé aux joueurs de lui présenter leurs objectifs personnels, et il a cherché à les mettre en cohérence avec ceux du club, qu’il voulait faire ressortir du fond de la Ligue 2, explique le joueur de 30 ans, formé au PSG. Il voulait bousculer les mentalités au club. Et quand on regarde la suite de l’histoire pour le RC Lens, on se dit qu’il a bien tenu son rôle pendant un an et demi. » Franck Haise a d’ailleurs confié l’année passée qu’Eric Roy avait pesé dans son choix de rester avec la réserve du RC Lens, alors qu’il était sollicité, à l’été 2018. On connaît la suite pour le manager des Sang et Or, propulsé sur le banc de l’équipe première en février 2020. Une chance que n’a pas souvent eu Eric Roy, hormis à Nice en mars 2010. A l’époque, le Gym avait fait appel à son directeur sportif pour tenter de redresser un club 17e en Ligue 1 (tiens, tiens).

Equilibré sur le plan comptable (23 victoires, 24 nuls et 23 défaites), son bilan sur la Côte d’Azur, à la tête d’une équipe ayant souvent erré entre la 15e et la 17e place, reste très mitigé. Il sera prié de quitter le banc pour rejoindre les bureaux en occupant une fonction exclusive de manager général des Aiglons, à partir de novembre 2011. C’est simple, Eric Roy a tout connu ou presque avec le club de sa ville natale, y compris une victoire aux prud’hommes pour « licenciement abusif » en 2013. Parmi ses rôles : ancien joueur, entraîneur, manager général, directeur sportif mais aussi directeur du marketing, de la communication et des relations publiques, ainsi que du développement.

Eric Roy s'est retrouvé entraîneur pour la première fois en mars 2010, sur le banc de touche de l'OGC Nice.
Eric Roy s'est retrouvé entraîneur pour la première fois en mars 2010, sur le banc de touche de l'OGC Nice. - BEBERT BRUNO/SIPA

« Les gens ont fini par plus le voir comme un manager général »

« A Nice, ils lui ont fait faire toutes les tâches, c’est tout juste s’il n’a pas été speaker, sourit l’ancien président emblématique lensois Gervais Martel, qui l’a croisé à la Gaillette en 2017. Il connaît sur le bout des doigts le fonctionnement d’un club pro grâce à toutes ces expériences. » Dans sa construction d’entraîneur, ces multiples casquettes lui ont autant apporté qu’elles l’ont desservi, surtout à l’heure de trouver un banc, malgré quelques touches à Lille (en 2015), à Lorient (en 2016) et déjà à Brest (en 2019 et 2021), où le directeur sportif Grégory Lorenzi le tient en haute estime.

« Les gens ont fini par plus le voir comme un manager général, un directeur sportif, un homme de bureau, alors que son kif à lui, c’est le terrain, indique le journaliste Fabien Lévêque, qui a partagé le micro avec Eric Roy sur France Télévisions de 2019 à 2022. Etre consultant lui offrait toujours une certaine visibilité. Il existait encore, mais pas du bon côté du terrain. Brest est arrivé au bon moment pour lui, alors qu’il ne croyait plus trop à une nouvelle chance sur un banc en L1. Aujourd’hui, il prouve à tout le monde qu’on l’avait oublié un peu trop vite. C’est une belle revanche, parce que partout où il est passé, il a fait un super taf. » »

« Surpris des proportions » prises par ses commentaires lors de Nantes-Nice

Son expérience en tant que consultant échappera un peu à la règle. Au mieux anecdotique, au pire controversée, à l’image de sa finale de la Coupe de France 2022 entre Nantes et Nice (1-0). A l’époque, il avait brillé par sa partialité en s’en prenant, entre autres, à l’arbitrage de Stéphanie Frappart : « L’histoire du penalty, c’est n’importe quoi. On va décider du gagnant d’une finale sur ce penalty-là. C’est complètement nul ».

NOTRE DOSSIER SUR LA LIGUE 1

« Il était surpris des proportions que ça avait pris dès le soir du match, explique Fabien Lévêque. C’est son cœur qui a parlé et il n’y avait pas de quoi s’emballer pour ça. » A l’inverse de la première partie de saison de Brest, exaltante à souhait, qu’Eric Roy avait d’ailleurs prophétisée. Lors de sa présentation devant la presse en janvier 2023, il s’était marré en répondant à une question sur ses objectifs à la tête du club : « La Ligue des champions dès cette saison ». De la boutade à la réalité, une seule année est passée.