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Et si la meilleure ambiance du monde se trouvait au trou 1 de la Ryder Cup?

Ryder Cup 2018 : «Le niveau de décibels sera incroyable», même Tiger Woods attend de découvrir l’ambiance au départ du trou n°1

GOLFComment le premier coup de la compétion s’est transformé en moment frisson guetté par le public et les joueurs…
Julien Laloye

Julien Laloye

Une tribune immense de laquelle on peut presque voir trois parties en même temps sur le Golf National. La plus grande jamais construite pour une Ryder Cup, attirant ce commentaire pince-sans-rire du Suédois Henrik Stenson, membre de l’équipe européenne : « La compétition grandit. Dans quelques années, on aura peut-être des tribunes qui flottent dans le ciel. »

6.500 places qui seront prises d’assaut tôt vendredi matin par une horde de fans qui connaissent la chanson. La meilleure expérience d’une Ryder Cup, fans et joueurs confondus, passe par le départ au trou n°1. Une claque sensorielle unique dans un sport habituellement feutré, où les volontaires portent des petits panneaux « silence » sur le parcours, prêts à dégainer à chaque fois qu’un fan impudent ouvre la bouche pour bailler.

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« Il y en a qui ont encore les genoux qui cognent »

« Un truc incroyable, se souvient Thomas Levet, joueur en 2004. On dit toujours que c’est extraordinaire, mais c’est encore supérieur à ce que les mots peuvent décrire. On n’a qu’une trouille, c’est de rater son premier coup. Moi, j’ai tapé le plus long drive de ma carrière cette fois-là, mais il y en a qui en ont encore les genoux qui cognent. » Même l’immense Tiger, l’homme qui ne peut pas faire un pas sur un parcours sans être poursuivi par une nuée de fidèles collés à leur prédicateur, se souvient de son premier tee de Ryder Cup :

« Je jouais avec O’Meara, qui avait insisté pour que je prenne le premier coup sur les trous impairs. Pour une raison acoustique, il y avait tellement de proximité que ça raisonnait, je me souviens d’un niveau sonore très élevé. J’avais réussi à taper au milieu du fairway, c’était un grand soulagement et aussi une grosse bouffée d’adrénaline. Je pense que le niveau de décibels ici sera même un peu plus élevé. Nous, les joueurs, on adore ça. »

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Certains plus encore que d’autres. En 2012, sur le parcours de Medinah, Bubba Watson et Ian Poulter ont fait passer « l’épreuve du tee n°1 » dans une autre dimension, en encourageant les spectateurs à beugler comme des avions en escadrille lors de leur mise en jeu. Cela vous laisse de marbre ? Imaginez seulement le Chatrier se mettant à brailler pile pendant le premier service de Nadal en finale de Roland-Garros pour avoir une idée du blasphème. Présents à Paris, les deux hommes en gardent un souvenir ému, dans des propos rapportés par l’Equipe.

Bubba Watson

« « Le truc, c’est qu’il ne faut pas considérer la Ryder comme un tournoi ordinaire. C’est une épreuve qui vise à promouvoir le jeu de golf, à le rendre plus populaire et plus cool aux yeux des jeunes. Donc, la question était : comment créer une atmosphère différente ? Pourquoi ne pas jouer avec une foule en fusion ? » »

Ian Poulter

« « C’était sans conteste l’une des minutes les plus intenses que j’ai jamais vécues sur un golf. Il fallait provoquer ce moment complètement fou. C’était une déclaration de ma part comme de celle de toute l’équipe européenne. Bubba l’avait fait la veille, je ne pouvais pas le laisser nous refaire ce genre de choses impunément. » »

Sans trop le dire, la Fédération a organisé le décor autour du nouveau mythe de la Ryder. La tribune en contre plongée, donc, et deux premiers trous en hauteur pour accentuer l’impression visuelle. « J’ai assisté à des éditions où on ne voyait plus rien à partir du 5e rang, sourit Pascal Grizot, vice-président de la FFG. Les deux premiers trous sont formés de buttes artificielles qui donnent la sensation d‘être dans un stade de foot, où les gens peuvent tout voir. »

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Enlevez-nous Vegedream (et Magic System)

On s’y est posés quelques fois dans la semaine pour sentir le potentiel du truc. Bilan ? Une certaine montée en puissance qui présage de jolis frissons à partir de vendredi, même si on ose espérer que la sono évitera de balancer du Vegedream pour saluer l’arrivée des joueurs le long de la petite pente d’une centaine de mètres menant au départ du 1.

Une tentative maladroite de rappeler que la compétition se déroule en France, comme l’ensemble des tentatives du genre dans la place, d’ailleurs (génial ce menu du restaurant presse où on nous sert de la bouillabaisse et de la soupe à l’oignon comme si on était un tour-opérateur chinois en repérage à Montmartre). Passons.

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La tribune géante du 1 a commencé à avoir une vraie tronche d’immeuble en fusion jeudi matin lors de l’entraînement de l’équipe européenne, bien aidée par l’arrivée massive de supporters britanniques, qui devraient représenter 30 à 35 % de l’affluence du week-end.

Saluons ici l’un des nombreux paradoxes de la Ryder Cup, où l’on entend des types qui ont une chance sur deux d’avoir voté en faveur du Brexit hurler des « Europe Europe » à en crever le deuxième tympan de Dubuisson, alors que le public français a encore un peu de mal à entonner le refrain, comme s’il se sentait coupable d’encourager Jean-Claude Juncker à taper un bon coup de bois 3 en faveur de l’évasion fiscale des multinationales.

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Le rôle importantissime des supporters britanniques

Cette timidité de façade devrait s’effacer avec l’arrivée des fameux « Gardiens de la Coupe », ces drôles de gugusses affublés d’un pantalon bleu et jaune décoré des étoiles de l’UE, chargés d’assurer l’ambiance pour la Team Europe. On ne les a pas encore croisés sur le parcours, mais on est en mesure de vous révéler un scoopinou signé Bob Easton, l’un des joyeux lurons, joint brièvement avant son départ pour Paris.

« On a prévu d’adapter la chanson qu’on avait inventée pour Dubuisson il y a quatre ans avec le nom du capitaine [Thomas Bjorn]. Les gens devraient reconnaître l’air facilement, du moins on espère ». Pour les paroles, cela donne à peu près ça

  • Thomas, allez allez !
  • More points s’il vous plaît !
  • Salut, santé (levez vos verres)
  • Let’s beat the U-S-A !
  • We follow Thomas Bjorn
  • The new Napoleon !
  • Thomas, allez allez !

Pour le reste, comptons sur les joueurs européens, bien plus à l’aise pour aller chercher le public que leurs collègues d’Outre-Atlantique, un peu crispés dès qu’ils sortent de chez eux.

Ce sont des petits détails, souvent : les joueurs européens, par exemple, signent autant d’autographes qu’ils le peuvent tout au long de leurs parties d’entraînement, quand les Américains indiquent qu’il faudra patienter jusqu’au dernier trou pour les voir dédicacer les grosses balles blanches tendues par des mômes en admiration. Quoi d’autre ? Un mot de français glissé par-ci, par-là par Poulter, une animation façon capo tribune d’Henrik Stenson…

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Tout cela peut dégénérer, parfois, comme l’expliquait mercredi un Tiger Woods un peu dépassé par son temps : « Applaudir ça ne se fait plus car les gens ont le téléphone dans les mains. Du coup, ils crient. Ils crient fort même… Surtout en fin de journée, quand il a fait chaud, et qu’ils ont beaucoup bu ». La consommation d’alcool est devenue un vrai problème autour des tournois, on y avait d’ailleurs consacré un long papier cette année, mais c’est un triste constat surtout valable aux Etats-Unis.

Qui a oublié le post légendaire du frère de Danny Willett, retenu en 2016, à propos des fans américains, « des mecs gras, irritants, remplis de cookies et de bière qui ressemble à de la pisse, qui font des pauses entre deux bouchées de hot-dog pour pouvoir gueuler "Baba booey" jusqu’à ce que leurs visages deviennent complètement rouges » ?

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Les supporters européens se tiennent davantage, c’est un fait reconnu par les joueurs de « Team USA » eux-mêmes : « La question des fans ne peut pas expliquer pourquoi nous ne gagnons pas en Europe depuis 25 ans, raconte Phil Mickelson. Ils nous ont toujours traités avec beaucoup de respect ».

Avec du respect et une ferveur décuplée par le bonheur incommensurable de faire la nique aux Américains. Dernier conseil de Thomas Levet : « La potion du spectateur, c’est du thé, du citron, et du miel parce que vous allez gueuler comme jamais dans votre vie. » Hâte de voir ça, non ?