Roland-Garros: Un revers de fou, le public derrière lui... Oui, il y a du neuf dans le 11e sacre de Rafael Nadal

TENNIS Rafael Nadal a gagné son onzième Roland-Garros, mais ne parlez pas de routine...

William Pereira

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Le champion reste champion
Le champion reste champion — Juergen Hasenkopf/BPI/S/SIPA

De notre envoyé à Roland-Garros,

Il y a beaucoup de « 1 » dans le nouveau sacre de Rafael Nadal à Roland-Garros. Il y en a un dans son classement ATP (1er), un autre dans le nombre de sets qu’il a laissé filer à Paris cette année (un seul), idem pour le nombre de break concédé dimanche en finale contre Dominic Thiem (battu 6-4, 6-3,) Et il y en a même deux dans ses onze titres à la Porte d’Auteuil, son 17e en Grand Chelem.

Le revoilà à seulement trois longueurs du maître Roger Federer, absent sur ocre et détenteur de 20 trophées majeurs. C’est énorme, on ne s’attardera pas à employer pléthore de superlatifs pour qualifier l’immensité de la performance (il compte autant de Roland que Borg et Laver de titres en GC). Mais le plus étonnant avec l’Espagnol, c’est sa capacité à apporter de la nouveauté dans sa routine de luxe. Car oui, il y a eu du nouveau dans cette ne sait-on combientième victoire.

Le public enfin derrière lui

Le syndrome de Stockholm s’emparerait-il enfin du court Philippe Chatrier ? Lui qui a si longtemps boudé son champion, jusqu’à faire preuve d’une surprenante froideur à l’occasion de la décima l’an passé, a pour la première fois depuis longtemps soutenu l’empereur de l’ocre pendant sa finale. On l’a ressenti dès son entrée sur le court, dimanche : les décibels se sont envolés bien plus haut pour le Majorquais que pour Thiem.

La platitude du personnage et son amour de la phrase lisse n’y sont peut-être pas étranger. C’est vrai qu’il est moins cool qu’un Stan Wawrinka, finaliste en 2017, mais pourtant pas moins français par alliance : on rappelle que l’Autrichien sort avec Kiki Mladenovic. La fin du dernier set, la peur de revoir Nadal se blesser et les nombreuses balles de match gâchées ont aussi dû jouer en faveur de l’Ibère, qui méritait bien que l’amour porté à Roland-Garros soit un jour réciproque. « Sentir le soutien du public c’est beaucoup d’émotions pour moi », s’est réjoui Rafa.

Nadal progresse lentement mais sûrement en français

L’enthousiasme naissant du public parisien pourrait tout autant venir des efforts linguistiques fournis par Rafael Nadal. On le savait capable de bafouiller en français depuis 2011 et une interview d’après-match au micro de Cédric Pioline. En 2018, il a décidé d’aller plus loin en faisant l’effort de répondre à chaque flash interview dans notre langue. Il y a du mieux, mais tout est relatif : l’Espagnol ne s’aventure pas au-delà des « c’était un match vraiment difficile, c’est un très bon joueur et un ami à moi ». On préfère toujours le français de tonton Toni.

Un revers toujours plus fort

Pour essayer de prendre le maître à défaut, Dominic Thiem a fait ce qu’il avait à faire pendant la finale : pilonner le revers de Nadal. Sauf que bon, ce dernier n’a plus 20 ans, ne court plus autant et ça vaut aussi pour le fait de tourner autour de son revers. Maintenant, il assume son ancien talon d’Achille. Six coups gagnants en finale avec cette nouvelle arme, onze fautes directes, soit seulement une de plus qu’en coup-droit. « J’essaye d’améliorer mon revers pour pouvoir ouvrir plus le jeu, pour changer plus vite de direction, pour essayer d’améliorer les coups gagnants », avait prévenu le champion en début de quinzaine.

Le roi des interruptions

En 2020, date à laquelle doit être livré le toit du court Philippe Chatrier, Diego Schwartzmann aurait peut-être battu Rafael Nadal en quarts de finale de Roland-Garros. Mais son match référence est arrivé deux ans trop tôt et l’Argentin, qui s’est rêvé en Soderling de Buenos Aires, doit aujourd’hui se contenter du statut de seul joueur à avoir envoyé le taureau dans les cordes. Mené un set et un break avant l’interruption pour cause de pluie, Nadal est revenu punir son adversaire en deux temps (mercredi soir puis jeudi midi) comme il l’avait fait en finale du tournoi de Rome avec Alexander Zverev.

En finale, face à Thiem, il a lui-même interrompu la partie à plusieurs reprises dans le troisième set pour se faire masser l’avant-bras. « J’ai senti une crampe au doigt mais pas une crampe normale, probablement à cause du bandage qui faisait pression et bloquait la circulation sanguine et je devais comprendre ce qui se passait et c’était effrayant car je ne pouvais plus bouger le doigt. C’était un moment un peu flippant et il fallait que je réagisse vite. », a expliqué l’Espagnol. Sans conséquences, puisqu’il a même réussi à breaker après ça. Ou comment le roi de l’ocre est aussi devenu celui des interruptions.

Premier titre à Roland sans Toni Nadal (enfin presque)

« Je ne vois pas Rafael gagner Roland-Garros sans Toni, je ne peux pas l’imaginer. Les deux pas l’un sans l’autre. » Miguel Angel Nadal, l’autre oncle et ancien défenseur du Barça, avait tort en nous disant ça en 2017 : il y a un bien un après Toni dans la vie de l’illustre neveu. Le numéro un mondial a officiellement remporté son premier tournoi du Grand Chelem depuis que son coach historique a cessé de l’entraîner et laissé les clés du navire à Carlos Moya. Enfin ça, c’est pour la version officielle : Toni a dans les faits passé beaucoup de temps avec Rafael à Paris pendant la quinzaine en se permettant même de superviser quelques entraînements, comme au bon vieux temps. Nouveau Rafa pour la onzième, mais pas trop quand même.