Ryder Cup 2018: Mais qu’est-ce qu’on a fichu pour ne pas avoir de joueur français au départ?

GOLF Aucun golfeur tricolore n’a réussi à intégrer l’équipe européenne qui défendra ses chances faces aux Etats-Unis à Paris le week-end qui vient...

Julien Laloye

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Victor Dubuisson quand il jouait au golf.
Victor Dubuisson quand il jouait au golf. — GLYN KIRK / AFP

Paris, début septembre. Moment de gênance absolue dans le studio 105 de la Maison de la Radio qui accueille le grand raout du golf français dix jours avant la Ryder Cup. Une consœur japonaise prend la parole dans un français hésitant et s’époumone comme une diablesse. En substance, elle interpelle les huiles de la Fédé venues faire le service avant-vente. « Mais comment la France, le pays de l’élégance et de la beauté, n’est pas capable de présenter un joueur capable pour disputer la plus grande compétition du sport le plus élégant du monde? ».

Elle prend ça tellement à cœur qu’on ne sait plus où se mettre. Presque envie d’aller la consoler en lui disant qu’en tant que glorieux représentant de la France de René Coty, pays du parfum, des Parisiennes, des macarons, et de la campaillette, on saura surmonter l’humiliation.

Christophe Muniea, DTN de la FFG, déjà chauffé sur le sujet en amont, contient son agacement comme il peut. Le discours ne manque pas de surprendre :

« La Fédération ne peut être considérée comme responsable de cet échec, sachant qu’elle ne gère les joueurs que deux ans avant leur passage en pro, puis jusqu’à trois ans après. On a formé des champions du monde amateur, mais on n’a pas la main sur la carrière des athlètes professionnels. Bien sûr, on cherche le champion français, et la Fédé doit tout mettre en œuvre pour retrouver l’effet accélérateur d’un Dubuisson, mais ce qui fait que Woods est revenu de tout, par exemple, c’est sa motivation, ça n’appartient qu’à lui. Mettre l’absence de joueurs français sur le dos d’une défaillance de la Fédération serait une erreur de diagnostic. Evitons les analyses simplistes ».

Reconnaissons qu’on a tendance à faire simple. La France sait qu’elle organisera la Ryder Cup depuis 2011, et pour la première fois dans l’histoire d’une épreuve centenaire, le pays hôte de la compétition ne présentera pas un golfeur de sa nationalité au départ du trou n°1 le vendredi matin. Une faillite collective autant qu’individuelle « On a eu Alex Levy (89e joueur mondial) dans le coup jusqu’au mois de mai, mais il n’a pas passé l’été comme il fallait, regrette Thomas Levet, sélectionné en 2004. Pour être en Ryder Cup, dans les 12 meilleurs Européens, il faut réussir un été dément. Il aurait fallu qu’Alex construise son année autrement et fasse les six mois qu’il a faits à la fin ».

Dubuisson pas assez fiable

Ou que Victor Dubuisson (17e mondial en 2014 - année où il est d'ailleurs sélectionné pour jouer la Ryder Cup, désormais 259e) ne se pète pas le tympan dans un avion à la mi-saison, même si dans le cas du Cannois, dernier tricolore retenu en 2014, on soupçonne un problème plus vaste. Le garçon disparaît parfois pendant six mois pour s’adonner à la pêche, et on raconte sur son compte des anecdotes à dormir debout. Notre préférée ? Il lui arriverait de se pointer à l’aéroport de Nice pour un tournoi avant de changer d’avis puis de rentrer chez lui parce que ça le gonfle d’attendre pour enregistrer ses clubs. Passons. Dubuisson ou Levy ne partagent pas seuls le poids de l’échec du golf tricolore, qui avait vu les choses en grand à l’époque pour démocratiser la pratique et permettre l’éclosion de grands champions: augmentation du nombre de licenciés (de 400 à 700 000), créations de parcours de proximité sur le modèle des 5 000 cours de tennis dans les années 80, baisse des tarifs.

Sept ans après, « la France n’est toujours pas un pays de golf, assène Franck Riboud, organisateur du tournoi d’Evian chez les filles. Je vais être méchant avec mon pays, mais la Ryder Cup ne changera rien à l’affaire. La France n’a pas la culture du golf ». Façon de dire que la perception de ce sport n’a pas assez évolué dans l’Hexagone ces dernières années. Dans l’ordre

  • >> C’est trop cher (42 euros en moyenne pour faire un parcours)
  • >> C’est trop long (comptez bien 3h pour un 18 trous)
  • >> C’est trop loin (les urbains ont rarement un golf à côté de chez eux)

 

Thomas Levet entre dans le détail

« En France, il manque deux choses. Des parcours beaucoup moins chers ou beaucoup plus cher pour ceux qui peuvent se les offrir. Notre panoplie de « green-fees » [ticket d’entrée pour un 18 trous] n’est pas assez étendue. J’ai des amis sportifs qui tapent la balle dans tous les sens, ils n’ont pas les moyens ni le temps de perdre 10 balles dans la journée. Ils veulent un parcours simple où ils retrouvent la balle facilement et peuvent enchaîner rapidement. Il faut créer plus de golfs de compétition mais aussi des parcours plus accessibles pour le joueur débutant qui se sentira plus libre ».

La Fédération répond qu’elle a fait le boulot. Panier moyen en baisse (1 000 euros l’année contre 5 000 à prix constants par rapport aux années 80), mise à disposition de parcours de proximité en nombre, partenariat avec l’Education Nationale pour « amener le golf dans la vie des Français ». Une piste de progression ? Le manque d’exposition médiatique de la discipline en France. Diffuseur historique du golf, Canal s’est senti obligé de faire un geste pour offrir un peu de temps d’antenne en clair pendant le week-end, le service public ne s’étant pas proposé pour faire découvrir la Ryder Cup au grand monde.

Une occasion en or

Coïncidence, on entreprend à ce propos Pascal Grizot, l’homme qui a ramené la Ryder Cup à la France et vice-président de la Fédé de golf, au moment où il réclame une accréditation en catastrophe pour Nelson Montfort trois mois après la deadline (on ne juge pas Nelson, c’était pareil pour nous). « Concernant l’intérêt de la manifestation, la présence de Woods, de Mickelson, de Justin Rose n°1 mondial, ça a cent fois plus d’impact que la présence d’un Français sur le parcours. Mais clairement, j’attends que le Ryder nous aide à augmenter le nombre de golfeurs en France [800 000 pratiquants, contre le double au Royaume-Uni]. Des journalistes vont découvrir pour la première fois le golf et j’espère qu’ils sauront retranscrire cette passion. » Si le futur Tigre Bois tricolore lit 20 minutes, c’est une affaire réglée.