OL - RC Lens : « C’est une honte »… Comment Lyon a-t-il pu s’effondrer au moment de valider la Ligue des champions ?
Alerte « Choooooooooke » à Décines•Face à une équipe lensoise largement remaniée et tournée vers la finale de la Coupe de France, l’Olympique Lyonnais a été ridiculisé dimanche (0-4). Une rouste qui lui coûte une qualification directe en Ligue des championsJérémy Laugier
L'essentiel
- L’OL a subi une énorme défaite à domicile contre Lens dimanche (0-4), lors de l’ultime journée de Ligue 1. Les coéquipiers de Corentin Tolisso n’ont pas profité du surprenant revers lillois face à Auxerre (0-2) pour chiper sur le fil la troisième place au Losc.
- En position idéale deux semaines plus tôt après un convaincant succès sur le Stade Rennais (4-2), la bande à Paulo Fonseca finit donc sa saison sur deux défaites inattendues aux allures de crash.
- L’Olympique Lyonnais devra donc passer par un tour préliminaire puis un barrage en août, s’il veut retrouver la Ligue des champions, sept ans après sa dernière qualification dans l’épreuve reine.
Au Parc OL,
Les supporteurs lyonnais prenaient goût au feu d’artifice euphorisant, qui ponctue chaque 34e journée de Ligue 1 depuis deux ans. Le 19 mai 2024 ? Lanterne rouge promise à la relégation cinq mois plus tôt, l’OL de Pierre Sage boucle une folle remontée par un penalty décisif d’Alexandre Lacazette, au bout du temps additionnel contre Strasbourg (2-1), avec la 6e place et une qualification inespérée en Ligue Europa à la clé.
Rebelote le 17 mai 2025 contre Angers (2-0), cette fois avec Paulo Fonseca sur le banc, le 200e but lyonnais de Lacazette pour sa grande dernière avec son club formateur… et un nouveau rebondissement heureux dans les derniers instants (via Strasbourg-Le Havre 2-3), synonyme de 6e place. Imaginez donc ce que donnerait une 4e place laissant entrevoir un retour en Ligue des champions, et ce moins d’un an après une rétrogradation administrative prononcée en Ligue 2…
Une défense à trois sortie de nulle part
Alors non, le paradoxe est là car ce 17 mai 2026 restera un millésime de feu d’artifice ultra-morose au Parc OL. Les Lyonnais auraient finalement pu se contenter d’un match nul contre une équipe A'/B du RC Lens, assuré de finir 2e et tourné vers sa finale de la Coupe de France cinq jours plus tard, sauf qu’ils ont totalement explosé en vol (0-4). Soit la défaite la plus saignante de l’OL à domicile en championnat… depuis août 1989 ! Un naufrage absolu que n’aurait même pas imaginé le milieu sang-et-or Adrien Thomasson.
Celui-ci n’a ainsi pas cherché à feindre la motivation relative du groupe de Pierre Sage dimanche soir : « Ça n’est pas simple de préparer ce match à quelques jours d’une telle finale. Mais on est des professionnels et on a fait comme si on jouait quelque chose d’important. On voulait bien finir ce championnat, ne pas le fausser, et ne pas perdre deux fois contre cette équipe. Et puis on savait que la pression serait sur Lyon ».
La thèse de la faillite dans l’approche de l’évènement a réellement pris forme après l’ouverture du score de Wesley Saïd (0-1, 20e). « On s’est écroulé après le premier but », admet Matthieu Louis-Jean, directeur technique de l’OL. Le dauphin du PSG a alors pris un malin plaisir à transpercer avec une facilité folle la défense lyonnaise, modifiée à la surprise générale par Paulo Fonseca, avec trois axiaux (Kluivert, Niakhaté, Mata) pour la première fois depuis des plombes.
« Un non-match au pire des moments »
A la fragilité psychologique s’est donc ajouté un couac tactique, tant ce 3-4-3 calqué sur le dispositif de Pierre Sage a tâtonné pour LE rendez-vous crucial de cette fin de saison, supposé permettre aux Lyonnais de sécuriser un retour en Ligue des champions après sept ans d’absence. Wesley Saïd de nouveau (0-2, 32e) puis Florian Sotoca (0-3, 45e+1) et Florian Thauvin (0-4, 53e) ont puni l’apathie de l’OL, à des années-lumière de sa prestation contre Rennes (4-2), deux semaines plus tôt, pour remonter sur le podium avec panache.
« Il faut avouer que ce soir, on n’a pas été à la hauteur, reconnaît le défenseur Clinton Mata. Le match a été catastrophique du début à la fin. On est passé à côté, on a échoué, c’est une honte ce qu’on a proposé ce soir. » Le capitaine Corentin Tolisso, également en travers malgré sa grande saison, est aussi cash : « On s’est fait manger du début à la fin. Il y avait une équipe qui ne jouait rien du tout en face et on avait la possibilité d’aller directement en Ligue des champions, mais ça ne s’est pas vu sur le terrain. On perdait tous les duels et les Lensois ont été d’une efficacité redoutable. En première mi-temps, ils marquaient quasiment dès qu’ils tiraient ».
Plus facile de se montrer efficaces lorsqu’on multiplie les situations à 3 contre 2, aurait-il pu préciser. Comment l’OL a-t-il donc pu signer un tel choke embarrassant, une semaine après un craquage presque aussi problématique à Toulouse (2-1), équipe pourtant assurée de finir dans l’anonymat du ventre mou ?
« On a fait un non-match au pire des moments, je ne saurai pas comment l’expliquer. On l’avait bien préparé, on était vraiment déterminé, la mentalité était là. Il nous a peut-être manqué un peu d’expérience collectivement. C’est ce match à Toulouse qui laisse beaucoup de regrets. Car au final, si on avait gardé le nul 1-1, on aurait été qualifiés en Ligue des champions aujourd’hui, même si c’est plus simple de dire ça maintenant. Ce jour-là, on s’est précipité pour absolument gagner, alors qu’on aurait pu mieux gérer le match en voyant qu’on n’était vraiment pas bons là-bas. »
« Ça pourrait être pire, non ? », lance Louis-Jean
Les regrets du soir, pour les 58.227 supporteurs présents au Parc OL et sidérés par le « spectacle », viennent surtout du succès inattendu (0-2) dans le même temps d’Auxerre à Lille (3e, avec un point d’avance sur l’OL au final), dont auraient pu profiter les Lyonnais. C’est finalement l’OM qui a évité à son rival le scénario catastrophe d’une 5e place en dominant Rennes (3-1). De quoi étrangement pousser joueurs, entraîneur mais aussi dirigeant lyonnais à vite positiver en tirant le bilan devant les médias.
« Aujourd’hui, on est 4es et on ne va pas se plaindre, glisse ainsi Clinton Mata. Quand on prend un peu de recul, il faut aussi se dire qu’on revient de loin. » OK, jolie pirouette pour passer en quelques secondes de la « honte » ressentie au fameux storytelling du groupe limité navigant à vue l’été dernier au moment de reprendre l’entraînement. Visiblement, le manque d’intensité et la résignation bien trop vite affichés dimanche soir ne prennent pas le pas sur la fameuse « résilience » du club louée par Matthieu Louis-Jean.
« On avait cette 3e place qui était là, mais c’est comme ça, on va se contenter de la 4e, enchaîne-t-il. C’est une très belle saison, on est fiers de ce qu’on a fait, dans l’année zéro d’un nouveau projet. Tout le monde partait un peu dans l’inconnu et on va faire les barrages pour la Ligue des champions, ça pourrait être pire, non ? On n’était pas armés pour jouer sur tous les tableaux cette saison, on l’a vu avec cette période de 9 matchs sans victoire. »
Paulo Fonseca, « serial chokeur » de notre Ligue 1 ?
Certes, il y a eu cette phase incroyablement down, mais la folle dynamique des 13 succès de rang juste avant ne laissait pas augurer les trois déconvenues majeures à la maison (Lens en Coupe, le Celta Vigo, puis donc de nouveau Lens en L1) qui auraient pu permettre de rester dans le coup pour un triplé Coupe de France-Ligue Europa-qualif directe en C1. Là, le bouquet final de la saison a fait « pschitt », et avec le même néant de proposition contre le Celta Vigo (0-2) et face à Lens dimanche, cette fois sans l’excuse d’avoir été « trop vite réduits à dix ».
A l’annonce du speaker d’un « show pyrotechnique pour marquer cette saison incroyable », juste avant 23 heures, on voyait le visage sonné de l’irréprochable révélation Afonso Moreira, quasiment en pleurs après ce finish cata. Finalement, le virage nord a donné le ton en déployant après le coup de sifflet final une banderole très positive : « De l’académie aux leaders du vestiaire, en passant par le staff et les joueurs en prêt, merci pour votre mentalité et implication ». Le cœur n’y était pas vraiment, mais les ultras lyonnais ont alors ovationné Corentin Tolisso et Paulo Fonseca, émus au micro face à eux.
L’entraîneur portugais, qui commence à gentiment se construire une réputation de « chokeur » en chef dans le « money-time », entre ses deux fins de saison à Lille (en 2023 et 2024) ou encore la prolongation irréelle avec l’OL à Manchester United au printemps dernier (de 2-4 à 5-4), a plus que quiconque tenu à positiver dès dimanche soir. « En fin de compte, je pense qu’on a fait une magnifique saison, estime-t-il. C’était difficile d’imaginer la 4e place quand on a commencé la saison en 2e division. Je suis très heureux du grand travail de tout le monde au club. Et je crois que nous pourrons avoir une équipe plus forte la saison prochaine, même sans grand investissement ».
Tolisso annonce rester à l’OL
Corentin Tolisso pointe avec plus de lucidité la délicate lecture de cette saison lyonnaise : « Si en début de saison, on nous avait annoncé qu’on ferait 4es, on aurait tout de suite signé. Mais au vu de l’espoir qu’on a donné à nos supporteurs et qu’on avait aussi, en étant 3es à deux journées de la fin… On a tué nos chances tout seuls à Toulouse et contre Lens. Mais on fera tout en août pour remettre l’Olympique Lyonnais en Ligue des champions ».
Notre dossier sur l'OLEt puis dans le grand flou que pourrait constituer le mercato estival à venir, bien au-delà de la fin de prêt d’Endrick, une bonne nouvelle est justement venue de Corentin Tolisso. Interrogé sur sa possible dernière apparition sous le maillot lyonnais, dimanche face à Lens, à bientôt 32 ans, et avec une fin de contrat en 2027, le capitaine a fermement répondu : « Non, pas du tout, ce maillot est beaucoup trop beau pour que je ne le remette pas la saison prochaine ». Le meilleur motif pour justifier le maintien du feu d’artifice de Décines était donc là.



















