OL - Angers : Légende lyonnaise, Alexandre Lacazette a vécu sa « plus belle soirée dans le monde du football »
C’est Un Grand oui, mon général•L’attaquant et capitaine de l’Olympique Lyonnais a parfaitement soigné la fin de son aventure dans son club formateur samedi, en inscrivant un doublé contre Angers (2-0) synonyme de cap des 200 buts franchi et de nouvelle qualification européenneJérémy Laugier
L'essentiel
- Alexandre Lacazette a disputé son 391e et dernier match pour l’Olympique Lyonnais samedi, marquant son 200e et 201e but pour son club formateur lors d’une victoire 2-0 contre Angers, devant 56.517 spectateurs au Parc OL.
- Le joueur de bientôt 34 ans a reçu un vibrant hommage de la part des supporteurs et de ses coéquipiers, incluant une haie d’honneur rarissime en plein match lors de sa sortie.
- Dans son discours d’après-match, l’attaquant lyonnais Lacazette a déclaré, les yeux humides : « Lyon sera toujours dans mon cœur, cette ville et ce club. »
Au Parc OL,
Chaque supporteur lyonnais de plus de 25 ans se souvient d’avoir partagé à Gerland les larmes de Juninho en 2009 et celles de Lisandro Lopez en 2013. Le temps a filé, l’enceinte est totalement différente, et on ne parle plus de recrues sud-américaines chaleureusement adoptées mais d’un pur gone de Mermoz. Et ce 17 mai 2025 au Parc OL de Décines trouve pleinement sa place dans la liste des soirées à adieux vibrants.
Car après tout, parmi les 56.517 spectateurs venus assister à un OL-Angers guère sexy sur le papier, en plein contexte anxiogène autour de l’avenir du club, combien au juste étaient avant tout là pour saluer une dernière fois Alexandre Lacazette, et accompagner sa quête de 200e but en rouge et bleu ? Sûrement une grande proportion, vu qu’on parle du deuxième meilleur buteur de l’histoire de l’OL derrière Fleury Di Nallo, avec 201 buts (et 54 passes décisives) en 391 matchs, grâce à son ultime doublé contre le SCO samedi (2-0).
Trois occasions vendangées avant ce 200e but
Des tifos dévoilés en avant-match par tout le stade à son nom hurlé à tue-tête dès la composition des équipes, tout comme pour un Rayan Cherki au départ à peine moins acté cet été, tous les yeux étaient rivés sur le prolifique et fidèle attaquant lyonnais. Celui-ci avait quitté l’OL en 2017 (pour cinq années à Arsenal) après avoir inscrit son 100e but en Ligue 1 lors de la dernière journée du championnat contre Nice (3-3).
En voyant son compteur lyonnais être bloqué à 199, toutes compétitions confondues, on l’imaginait une nouvelle fois aller chercher un compte rond ultra-symbolique, tel le 100e but de « Juni » contre Caen en mai 2009. Mais non, Alexandre Lacazette s’est offert un énième doublé qui a mis du temps à se dessiner.
C’est simple, à chaque ballon dangereux touché dans la surface par le joueur de bientôt 34 ans, un frisson palpable envahit toutes les tribunes du Parc OL. Mais à trois reprises (18e, 20e et 27e), celui qui a vécu une saison contrastée manque des balles en or de 200e but. Et puis la 55e minute de ce match à enjeu dans la course à l’Europe change pour de bon les livres d’histoire de l’OL.
La tentation d’une première panenka
Une ferveur folle a accompagné le penalty signalé par Stéphanie Frappart, pour une intervention non maîtrisée de Melvin Zinga sur Thiago Almada. Ballon sous le bras, Alexandre Lacazette attend quelques secondes avant de franchir le cap légendaire. « Ça fait un moment que mes potes me parlent de panenka et j’ai hésité, sourit-il. Mais je n’avais jamais fait ça et je me suis dit que ça n’était pas le moment de se louper. Il fallait assurer donc j’ai fait mon pas comme d’habitude. Et puis c’est l’émotion : je réalise que ça fait 200, qu’il y a ce but que j’attendais. »
Et il n’y avait pas que lui. Alors qu’il reproduisait la pose géniale ayant suivi son missile lors d’un OL-AS Roma (4-2) de la Ligue Europa 2017, Alexandre Lacazette est vite rejoint par tous ses coéquipiers. « Oui, tout le groupe l’attendait aussi pour moi, c’est touchant, apprécie le capitaine lyonnais. Ça montre que je suis apprécié humainement. »
Comment pourrait-il en être autrement au vu de la personnalité de leader positif du gaillard, capable de porter sur son dos un groupe à l’agonie en décembre 2023 (dernier de Ligue 1), pour le hisser en Ligue Europa cinq mois plus tard, mais aussi de garder une attitude exemplaire lorsque son statut d’intouchable s’effrite cette saison, en raison d’une efficacité en berne et de la concurrence de Georges Mikautadze ?
Une haie d’honneur rarissime en plein match
S’il a gaspillé des wagons de caviars de Rayan Cherki en 2024-2025, Alexandre Lacazette conclut cette fois l’un de ses centres parfaits pour stopper son compteur lyonnais à 201 (2-0, 72e). Et puis arrive la séquence que tout le monde attendait, à savoir son remplacement par son successeur désigné, Lyonnais comme lui, Georges Mikautadze. Fait rarissime : ses coéquipiers mettent en place une haie d’honneur au niveau de la ligne médiane pour sa sortie, interrompant pendant quelques secondes la rencontre. Un hommage à la hauteur de son œuvre lyonnaise, de 2010 à 2017 puis de 2022 à 2025.
Car OK, il n’a plus remporté le moindre titre à l’OL depuis l’âge de 21 ans, avec cette Coupe de France 2012 et ce but partagé avec Lisandro contre les amateurs de Quevilly en finale (1-0). Mais Alexandre Lacazette a eu le mérite d’être la figure majeure de périodes à des années-lumière de l’hégémonie du Grand Lyon des années 2000.
Fer de lance de trois périodes kiffantes
Et plus encore que les images fortes à la pelle, comme le triplé pour le dernier derby à Gerland (3-0 en novembre 2015), le premier but de l’histoire du Parc OL contre Troyes (4-1 en janvier 2016) ou le quadruplé face à Montpellier pour ponctuer une remontada de l’espace (de 1-4 à 5-4 en mai 2023), le Général Lacazette reste le fer de lance des trois derniers plus gros kifs de supporteurs lyonnais peu gâtés depuis 2008 (en excluant le Final 8 de Ligue des champions 2020 à Lisbonne à huis clos).
- La saison 2014-2015 où il est totalement on fire en Ligue 1 (27 buts en 33 matchs) aux côtés de Nabil Fekir, Samuel Umtiti, Corentin Tolisso et de nombreux autres jeunes de la « formidable académie » lyonnaise. Elu meilleur joueur du championnat cette année-là (une rareté hors PSG depuis l’arrivée de QSI), Alexandre Lacazette pousse Paris version Zlatan Ibrahimovic dans ses retranchements pour le titre de champion de France (- 8 points au final). Dix ans plus tard, Lyon pointe à 27 longueurs du PSG…
- La deuxième partie de saison 2015-2016, avec une remontée incroyable au classement (de 9e à 2e), pour les débuts à la fois de Bruno Genesio comme entraîneur principal et d’un Parc OL flambant neuf. Lacazette plante 15 de ses 21 buts de cette saison démente à partir de janvier. Avec en apothéose un triplé lors de l’orgiaque Lyon-Monaco (6-1), synonyme de deuxième place dans un nouveau stade assourdissant.
- La fin de saison 2023-2024 avec Pierre Sage se révèle être encore plus zinzin, d’une relégation en Ligue 2 statistiquement actée début décembre à une place en Ligue Europa arrachée dans le money time de la dernière journée contre Strasbourg (2-1). Grâce à un penalty de notre inévitable Général, évidemment. A la peine avec Fabio Grosso, le buteur maison est transfiguré par la révélation « Stone Wise » (16 buts sur ses 18 derniers matchs).
Une écharpe « Merci Alex, Lyonnais pour toujours »
En comparaison, et malgré le dénouement tristement épique à Old Trafford en Ligue Europa (5-4), cette dernière saison est certes un peu fadasse dans son livre. Mais la dernière soirée à Décines change beaucoup de choses, rien que lorsqu’on voit son émotion d’emmener dans ses bras ses enfants, qui portaient un maillot floqué « Papa 10 » pour le coup d’envoi.
A 23h23 samedi, on a encore franchi un cap niveau « fichu pollen », avec un Parc OL plongé dans le noir et un petit film consacré aux exploits d’Alexandre Lacazette projeté sur les écrans géants. L’écharpe « Merci Alex, Lyonnais pour toujours », le sublime maillot collector des 75 ans remis dans un cadre par les dirigeants Michael Gerlinger et Matthieu Louis-Jean, avec la mention « merci Alex », ou encore un tableau représentant un lion, tout rend fébrile notre Guadeloupéen, invité à un discours en direction des spectateurs.
« J’espère que les jeunes s’en inspireront »
« J’ai toujours aimé ce club depuis tout petit, rappelle-t-il. Merci à vous, les supporteurs. Dans les moments difficiles, vous avez toujours été là. On a parlé, et comme dans une famille, dans les moments durs on peut tout réparer et aller de l’avant. Je souhaite beaucoup de bonheur et de joie à l’Olympique Lyonnais. Lyon sera toujours dans mon cœur, cette ville et ce club. »
Il ne manquait plus qu’un Rayan Cherki idéal en capo/animateur de soirée pour exhorter tout le stade à relancer le fameux chant « Alexandre Lacazette, Lacazette, Lacazette… » aux allures d’ultime passe décisive de sa saison. Clairement pas perçu comme l’un des principaux espoirs du centre de formation de l’OL à son arrivée dans le grand bain en 2010 en tant qu’ailier droit, Alexandre Lacazette est revenu en fin de soirée, face aux médias, sur son parcours de footballeur pro sinueux.
Notre dossier sur Alexandre Lacazette« Je ressens énormément de bonheur, de joie et de fierté ce soir. C’est la plus belle soirée que j’ai eue dans le monde du football. J’espère que les jeunes s’en inspireront : j’ai eu un parcours différent, avec un contrat pro venu tard. Mais je n’ai jamais rien lâché, j’ai travaillé et j’ai réussi à faire une belle carrière avec l’Olympique Lyonnais. » Modeste et avec le sens de la retenue jusqu’à cette conclusion idéale samedi, qualification européenne à la clé pour le club, Alexandre Lacazette n’ose pas avancer l’incontestable : il fait partie des légendes de son club de cœur.



















