OM : Ambitions, calme et amour du club… Que retenir de la conf du nouveau président marseillais Stéphane Richard ?
UN NOUVEAU SHERIFF A L’OM•A quelques heures de la réception de Metz au Vélodrome, le propriétaire de l’OM Frank McCourt a présenté son nouveau président,A.L.G.
A Marseille, les révolutions de palais s’enchaînent à un rythme effréné. Ce qui aurait dû être un jour somme toute lambda du côté de l’OM, si la saison s’était déroulée comme escomptée par les dirigeants, avec un soleil radieux et une réception tranquille du FC Metz au Vélodrome, s’est transformé en nouveau branle-bas de combat, avec la venue du propriétaire américain Frank McCourt et la présentation du nouveau président Marseillais, Stéphane Richard.
Diplômé de HEC et ancien élève de l’ENA, Stéphane Richard est passé notamment par l’Inspection des finances, le cabinet du ministre socialiste de l’Industrie Dominique Strauss-Kahn, l’ex-Compagnie générale des eaux ou encore Veolia Environnement. Il a également été le directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo et Christine Lagarde au ministère de l’Economie et a surtout dirigé Orange, dont il a longtemps été perçu comme « l’insubmersible » patron, capable de résister aux alternances politiques pendant plus d’une décennie, de 2011 à 2022.
Condamné dans l’affaire du Crédit Lyonnais avec Tapie
L’opérateur était à l’époque encore sous le choc de la « vague de suicides », la mort brutale de 35 salariés, parfois au travail, entre 2008 et 2009. Mais il avait dû lâcher les commandes de l’ancien opérateur historique après sa condamnation dans l’affaire de l’arbitrage controversé entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais. Après une relaxe générale en juillet 2019, Stéphane Richard avait été condamné en appel à un an de prison avec sursis et 50.000 euros d’amende pour complicité de détournement de biens publics. Il était directeur de cabinet de la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, au moment de l’arbitrage.
En 2025, à l’issue d’un troisième procès, l’infraction a été requalifiée en « négligence » et il a finalement été condamné à six mois de prison avec sursis et à 15.000 euros d’amende. Après Pablo Longoria le scout/recruteur au profil purement sportif, place donc à un gestionnaire au profil de technocrate qui nous fait plus penser à Jacques-Henri Eyraud qu’à Pablito.
« Marseille a besoin d’un très fort leader avec une expérience exécutive, surtout dans le moment présent avec beaucoup de défis à affronter pour le football français, a posé McCourt au moment de faire les présentations. Quelqu’un qui connaisse Marseille, qui a vécu ici. Quand j’ai étudié les différents candidats et que j’ai compris que Stéphane était intéressé - je le connaissais depuis un moment à l’époque où il était PDG d’Orange - il cochait toutes les cases. La décision était assez simple pour moi au final. On a été capable de tout faire de manière rapide et efficace. L’OM a besoin de ce leadership pour ramener la sérénité et le calme au sein du club. »
Des études à Marseille avant de filer à Paris
C’est un euphémisme dans un club qui aura une nouvelle fois changé de coach en cours de saison, après le départ de Roberto De Zerbi en février dernier, et dont les résultats en dents de scie ont creusé un gouffre entre l’équipe et ses supporters. Des tensions que l’arrivée d’Habib Beye n’aura pas franchement permis de calmer pour le moment. Et pour y parvenir, l’ancien dirigeant d’Orange a annoncé d’emblée qu’il n’avait pas de « grigri » mais « de la bouteille » pour gérer les situations de crise.
« Je viens ici avec l’esprit de m’y consacrer complètement, ce n’est pas pour faire carrière, la grande partie de ma carrière est plutôt derrière moi. C’est avec cet esprit de service. Et je pense que le meilleur grigri est l’expérience. J’ai vécu dans ma vie beaucoup de situations de crise, compliquées, ça durcit le cuir et permet de mieux gérer le stress. Je ne crois pas à la malédiction du président (sourire). » Le futur nouvel homme fort de l’OM, qui ne prendra officiellement ses fonctions qu’en fin de saison, le 2 juillet prochain très exactement, a rappelé sa connaissance et son amour de la ville, lui qui y a fait ses études avant de monter faire carrière à la capitale.
« C’est une grande émotion pour moi parce que mes deux passions convergent : Marseille, où j’ai grandi, et le foot. J’ai passé mon bac à Marseille, puis je suis monté à Paris pour ma classe préparatoire. J’ai gardé des liens très forts avec cette ville, la seule maison que je possède aujourd’hui est à Marseille, j’y ai beaucoup d’amis, c’est une ville que je connais intimement, a-t-il listé. Je sais ce que représente l’OM. Toute la ville pense et respire pour l’OM. Je suis footeux, j’ai suivi toutes les épopées du club. Réunir mes deux amours, Marseille et le foot, c’est une sorte de dream job. »
Et quoi de mieux, après avoir montré patte blanche, qu’un peu de démagogie à bas coût en envoyant un petit tacle aux vilains pédants de la capitale, que tout président se doit (semble-t-il) de ne pas porter dans son cœur pour être accepté à Marseille : « J’ai une connaissance de l’esprit de Marseille. Je sais comment on voit Marseille dans la capitale - où j’ai vécu 40 ans. Il y a des clichés, un peu de ricanements, et ça, ça m’insupporte. »
Une relation à rebâtir avec les supporters
Mais ce n’est pas sur son degré d’inimitié avec les sphères du pouvoir parisien, où il a passé le plus clair de sa vie comme il le dit lui-même, que sera jugé Stéphane Richard, mais sur sa capacité à relever un club qui boîte bas depuis trop d’années maintenant. « Le club est à la croisée des changements et des changements vont être opérés », a-t-il annoncé, tout en précisant qu’il ne comptait pas être un président éloigné des questions sportives et qu’il s’entourerait de personnes compétentes pour l’aider dans sa tâche.
« Je ne suis pas un technicien du foot, je m’appuierai sur des professionnels aguerris », a-t-il prévenu. Mais ce ne sera pas avec Mehdi Benatia, lequel quittera ses fonctions en fin de saison. « Mehdi était prêt à partir plus tôt, je l’ai appelé, on a discuté ensemble et je lui ai demandé de rester jusqu’à la fin de la saison », a précisé Mc Court.
« L’ambition est d’inscrire l’OM dans le petit groupe des clubs européens qui ont vocation à jouer la Ligue des champions tous les ans. Mais ce n’est pas seulement une question de moyens », ensuite rappelé Richard, en prenant l’exemple de… Liverpool, concassé par le PSG deux jours plus tôt. « Certains clubs ont mis des moyens colossaux, comme Liverpool l’été dernier, tout ça pour se retrouver… Je ne dirais pas dans une situation d’échec, il ne faut pas exagérer, mais il y a beaucoup de déception. La qualification en Ligue des champions est capitale pour l’avenir du club. Et avec les supporters, il y a un dialogue à réinventer à reprendre. »
Notre dossier sur l'OMS’il a assuré vouloir s’inscrire dans la durée à la tête de l’OM, ce fut aussi le cas de Frank McCourt, interrogé sur une éventuelle vente du club, plus gros serpent de mer du vieux port de Marseille, qui a réitéré son amour pour cette ville et ce club qu’il ne compte pas quitter de sitôt. « J’ai grandi à Boston. Marseille ressemble à Boston quand j’étais jeune. Je ne sais pas si je cherchais quelque chose en particulier mais je pense que c’est Marseille qui m’a trouvé. Quand j’ai eu l’opportunité d’acheter le club, ça m’a plu, j’étais touché. […] Mon ambition est d’être propriétaire de l’OM pendant très longtemps, on verra ce que nous réserve le futur. Le plus important ce n’est pas ce qui est le mieux pour moi ce qui est le mieux pour l’OM. » Et a priori, il se nomme Stéphane Richard.



















