Euro 2024 : « Southgate nous aide à faire nos vidéos »… Les Augeyboyz cartonnent en trollant l’Angleterre
INTERVIEW•Deux frères supporters de la sélection anglaise, Charlie et Mikey Augé-de-Rancourt, égratignent via des vidéos hilarantes les Three Lions de Gareth Southgate, qui affrontent la Suisse ce samedi (18 heures) en quarts de finale de l’Euro 2024Propos recueillis par Jérémy Laugier
L'essentiel
- L’Angleterre affronte la Suisse, ce samedi (18 heures) à Düsseldorf, en quarts de finale de l’Euro 2024.
- Les galères dans le jeu de la sélection anglaise inspirent Charlie et Mikey Augé-de-Rancourt, deux frères londoniens comptant 3,2 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux.
- Les Augeyboyz, qui ont notamment publié dimanche dernier une vidéo devenue virale pour troller la tactique du sélectionneur Gareth Southgate, se confient à 20 Minutes.
«Lève la tête pour faire semblant de faire une passe vers l’avant alors que tu sais très bien que tu te tourneras vers l’arrière. » En égratignant Declan Rice mais surtout le sélectionneur Gareth Southgate, les Augeyboyz ont permis à tous les supporters anglais (et au-delà) de se marrer dimanche dernier avec leur vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux. Les si complices frangins londoniens Augé-de-Rancourt, Charlie (27 ans) et Mikey (25 ans), vivent depuis deux ans pleinement de leurs vidéos et podcast, avec 3,2 millions d’abonnés sur leurs réseaux (dont 2 millions sur TikTok).
Un projet né durant le confinement, avec comme première cible le VAR, et qui trouve sa dimension la plus hilarante lorsqu’il est question de ces Three Lions au jeu désespérant. Avant le quart de finale de l’Euro 2024 contre la Suisse ce samedi (18 heures), ils expliquent à 20 Minutes leur succès et le Southgate bashing qui fait rage outre-Manche.
Votre vidéo « Pass the ball backwards », publiée avant le 8e de finale contre la Slovaquie, a généré plus de 7 millions de vues sur TikTok et plus de 300.000 likes sur Instagram. Comment expliquez-vous un tel succès ?
Charlie : C’est juste incroyable ! On a compris depuis 2020 que les gens aiment ce type de vidéos comiques autour du football. Pour cet Euro, au-delà de cette dimension comique, notre point de départ, c’est de regarder les matchs de la sélection anglaise et de nous dire : « Que se passe-t-il en coulisses dans cette équipe ? » Ce qu’on propose résonne ainsi chez les fans de foot.
Mikey : On tient à ne jamais se prendre au sérieux On essaie simplement de faire rire.
Charlie : En fait, on utilise l’humour pour grossir un peu la situation réelle. Comment des joueurs créatifs comme Foden et même Bellingham pourraient-ils ne pas être frustrés quand on voit leurs performances avec la tactique de Southgate ? Attention, on n’a pas d’inside, on ne connaît aucun joueur de l’équipe personnellement. On pense juste qu’on peut s’amuser de nos matchs.
Comment traversez-vous justement cet Euro 2024 de folie des Three Lions, avec seulement deux buts inscrits en poules et une qualif quasi-miraculeuse en quarts ?
Charlie : Nous sommes souvent frustrés par ce qu’on voit à la télévision et on fait des vannes, mais nous aimons toujours l’Angleterre, quoi qu’il se passe. Nous sommes tellement excités chaque jour de match, même si on sait à quel point c’est dur de voir ce jeu sous Southgate si pragmatique, tout en sécurité. En France, vous êtes bien placés pour savoir qu’il ne faut pas nécessairement avoir un jeu excitant pour remporter un tournoi (sourire). Là, on se dit après chaque match de cet Euro : « On ne pourra pas être aussi mauvais à nouveau, hein ? » Et si, on l’est à chaque fois. Mais on est encore dans ce tournoi.
En poste depuis 2016, Gareth Southgate semble unanimement être le responsable de ce début d’Euro désastreux dans le jeu côté anglais…
Mikey : A chaque fois qu’un tournoi arrive, chaque supporter anglais est à fond à espérer un autre football de la part du sélectionneur. Et dès que ça commence, il n’y a plus que des critiques à son sujet.
Charlie : Son arrivée marque une amélioration par rapport aux sélectionneurs qui l’avaient précédé. Mais on attendait de lui qu’il nous fasse passer un cap supplémentaire. Avec cette finale de l’Euro 2021, de l’attente a été créée pour remporter un grand tournoi, tout comme avec la demie de la Coupe du monde 2018 avant. Et attention, je ne veux pas revenir sur l’arbitrage du quart France-Angleterre (2-1) lors de la Coupe du monde 2022.
Euh, deux ans après, vous pointez toujours davantage l’arbitre que le penalty hors cadre d’Harry Kane ?
Charlie : Oh oh oh, on ne parle pas comme ça d’Harry Kane, c’est un dieu ici. C’est selon moi le meilleur joueur du monde, je vous promets que je ne blague pas (sourire quand même).
Au-delà de Southgate, on a la sensation que la sélection anglaise n’a jamais permis à ses meilleurs joueurs d’être aussi performants en équipe nationale qu’en club, à l’image de Steven Gerrard et Frank Lampard dans les années 2000-2010…
Charlie : Le problème, c’est que les médias anglais ont toujours été prêts à sauter à pieds joints sur un sélectionneur qui n’alignerait pas tous ses joueurs majeurs. L’option la plus sûre pour un coach chez nous, c’est donc de titulariser tous les grands noms, comme Gerrard, Lampard mais aussi Scholes ensemble, même si l’équilibre n’était alors pas le bon. Les choses auraient pu être bien différentes à ce moment-là avec Michael Carrick dans le onze de départ dans un précieux rôle comme celui qu'occupe N’Golo Kanté avec l’équipe de France. De nouveau, nous avons plein de bons joueurs et un problème comparable : Southgate ne veut pas se priver de Foden, Saka, Kane ou Bellingham car les médias le massacreraient. Mais ça serait plus courageux de réfléchir à une animation plus complémentaire.
Mikey : Le plus gros souci est de laisser Phil Foden sur l’aile gauche et non de le placer dans l’axe. Jude Bellingham s’en sortirait pourtant aussi bien à un poste plus reculé que numéro 10.
Ne surévalue-t-on pas le potentiel de cette équipe anglaise à chaque tournoi ?
Charlie : Non, on a le meilleur joueur du championnat anglais (Foden), espagnol (Bellingham) et allemand (Kane), plus pleins d’autres bons joueurs autour, Cole Palmer, etc. Tout le monde ou presque s’attendait donc à ce qu’on l’emporte 3-0 contre la Slovénie, le Danemark et la Slovaquie, d’où les critiques envers le sélectionneur.
Lorsque Gareth Southgate fait référence en interview à Kalvin Phillips, qui n’a quasiment plus joué en club depuis deux ans, c’est de l’or en barre pour vous, non ?
Charlie : Oui, ça a choqué tout le monde de le voir remettre le nom de Kalvin Phillips sur le tapis. Quand on prépare nos vidéos, on réfléchit à des blagues, et là Southgate en a écrit une lui-même. On ne pouvait que faire référence à ça derrière. De nombreux supporters attendent son départ à la fin de l’Euro, mais il nous aide beaucoup à faire nos vidéos. On l’aimera donc toujours quoi qu’il arrive (sourire).
Savez-vous comment vos vidéos sont perçues par le monde du football ?
Charlie : On reçoit pas mal d’avis positifs. L’ancien gardien international Ben Foster trouve par exemple nos vidéos hilarantes. Même Usain Bolt nous suit et il nous a indiqué qu’il aimerait participer à nos vidéos. On pense que vu le succès de nos vidéos, les joueurs de la sélection les ont forcément vues aussi via leur famille et leurs potes.
Était-ce une douce folie dans les pubs anglais après le retourné décisif de Bellingham (90e + 5) contre la Slovaquie ?
Charlie : Oui, c’était une pure libération et même une célébration incroyable partout en Angleterre.
Mikey : Tout le monde était choqué dans un premier temps de voir ce but si tardif, avant de réellement exploser.
Charlie : Personnellement, je me disais que plus rien ne se passerait dans ce temps additionnel, et qu’on allait avoir droit à la même cata que contre l’Islande (1-2) à l’Euro 2016. Une autre génération allait échouer, des tas de questions allaient se poser autour de Southgate. Et d’un coup, on s’est retrouvé encore en vie. Le momentum a changé et notre magnifique Harry Kane a conclu ça en prolongation.
Vous dites-vous que tout est possible, avec cette partie de tableau très abordable face à la Suisse, puis au vainqueur de Pays-Bas – Turquie ?
Charlie : En Angleterre, une blague tourne beaucoup : Southgate n’est peut-être pas un génie tactique mais il l’est pour obtenir les meilleurs tirages dans les tournois. Après, la Suisse est forcément favorite en quarts, non pas au vu des effectifs mais sur la façon de jouer des deux équipes. Perso, ça me va de jouer un football terrible comme c’est le cas depuis le début de l’Euro si on remporte le tournoi. J’espère simplement qu’on n’aura pas de regrets après le match contre la Suisse. Quand je vois que d’après certains médias, Southgate voudrait nous sortir une défense à trois contre la Suisse…
Ah, comme Deschamps lors du précédent Euro, déjà face à la Suisse en 8es. C’était une brillante idée, les gars, rassurez-vous. Mais quel est selon les Augeyboyz le scénario rêvé sur ce quart de finale ?
Mikey : Imaginons que d’un coup, on se transforme en prime Barça et qu’on l’emporte 4-0 (rires).
Charlie : Je rêve de voir Southgate se présenter face aux supporters anglais pour faire la célébration de Jude Bellingham, les bras ouverts, après une victoire confortable. Ça serait brillant.
Les supporteurs anglais sont-ils tous par nature résolument optimistes, malgré les échecs à la pelle à l’Euro et à la Coupe du monde ?
Charlie : Pour une raison que je ne m’explique pas vraiment, j'y crois toujours avant une compétition. On se doit d’y croire même, et on se répète sans cesse : « It’s coming home, it’s coming home. »
Racontez-nous, ce « It’s coming home », repris dans tous les sens depuis près de trente ans, est-elle la chanson d’autodérision ultime ?
Charlie : Disons que les fans anglais aiment faire la fête, profiter de chaque moment et croire que la coupe pourrait cette fois revenir à la maison. C’est une grande chanson et à chaque tournoi international, la blague est de la chanter même si dans le fond, tu n’y crois pas vraiment. Ça crée une ambiance fantastique au stade. On pourrait avoir la pire équipe de tous les temps, on la chanterait quand même, c’est comme ça.
D’ailleurs, pensez-vous que vous serez encore vivants lorsque l’Angleterre remportera le deuxième grand tournoi de son histoire après la Coupe du monde 1966 ?
Charlie : Oui oui, j’espère bien être encore en vie dans dix jours quand on aura gagné cet Euro 2024 (Sourire).


















