Bayern Munich - PSG : Bon, cette fois, on change (vraiment) tout du sol au plafond ?
football•Le club parisien a été éliminé dès les 8es de finale de la Ligue des champions pour la cinquième fois sur les sept dernières éditionsNicolas Camus
L'essentiel
- Le PSG est éliminé dès les 8es de finale de la Ligue des champions après sa défaite sur la pelouse du Bayern Munich (2-0) mercredi soir.
- C’est la cinquième fois en sept ans que le club parisien se fait sortir aussi tôt de la compétition, un bilan qui fait tache et qui n’est pas à la hauteur des investissements des propriétaires qataris.
- Cette sortie de route, plus que logique sur les deux matchs, a exposé les faiblesses du PSG, qui serait peut-être inspiré de revoir son fonctionnement depuis la base.
De notre envoyé spécial à Munich,
Ce n’est ni la remontada, ni l’humiliation par la B de Manchester United, ni le sabordage en règle de Bernabeu. Mais dans un sens, c’est peut-être pire. Car si le PSG version QSI a connu des éliminations scandaleuses en 8e de finale de la Ligue des champions, il pouvait toujours se dire que c’était un accident, la faute de l’arbitre, d’une main qu’on ne siffle qu’à eux ou d’une erreur de Donnarumma qui n’arrivera plus. Pas cette fois.
Battu à l’aller comme au retour, Paris a pris une bonne leçon par un Bayern loin d’être transcendant mais qui maîtrise ces matchs-là à la perfection. L’effet miroir est douloureux. « La différence, c’est que ça fait très longtemps que le Bayern est un grand club, c’est inscrit dans son ADN », notait Kingsley Coman en zone mixte après la rencontre. Quelques minutes plus tard, Kylian Mbappé y passait aussi en coup de vent. Le temps de délivrer cette phrase : « J’avais dit au début de cette saison de Ligue des champions qu’on allait faire notre maximum. Et bien notre maximum, c’est ça, c’est la vérité. » Crue et cruelle. Et si, du coup, c’était l’occasion de faire reset ? Car le constat est là, Paris n’y arrive pas.
C’est la cinquième fois sur les sept dernières éditions que le club ne passe pas l’hiver, et forcément, ça fait tache. La finale de 2020, puis la demie de la saison suivante, laissaient entrevoir l’idée d’une progression. Deux ans après, retour à la case départ. Au PSG, les entraîneurs passent (Ancelotti, Blanc, Emery, Tuchel, Pochettino), certains remportant d’ailleurs la C1 peu de temps après, de nouveaux joueurs arrivent, achetés et payés une blinde, les directeurs sportifs vont et viennent. Pour quels résultats ? Les duettistes Galtier-Campos, à qui Nasser Al-Khelaïfi a accepté de donner les rênes l’été dernier, touchent les mêmes limites que leurs prédécesseurs.
Les deux hommes sont fragilisés. Campos parce qu’il a raté ses deux mercatos, Galtier par les résultats bruts et ses tergiversations. Déjà éliminé de la Coupe de France par l’OM, son PSG n’a plus que la Ligue 1 à jouer alors que mars commence à peine. Le tout sans avoir réussi à imprimer un style clair, après avoir commencé la saison à trois derrière, puis avoir tenté toutes les variantes possibles du 4-4-2 et du 4-3-3, pour revenir récemment à son idée de départ.
Questionné sur son avenir, mercredi soir, l’ancien coach de Nice n’a pas surpris dans sa réponse. « C’est trop tôt, a-t-il balayé. Mon avenir dépend forcément de ma direction, de mon président. Il y a évidemment de la déception. Je maintiens le cap, je reste focus sur la fin de saison, avec énergie et détermination. » Les rumeurs ne vont sans doute pas manquer de revenir très vite, d’autant que Zinédine Zidane, fantasme absolu de Doha, est toujours libre.
Entraîneur du PSG, un dur métier
En attendant, le PSG dégage toujours la même impression d’une équipe qui manque de cohérence, d’un fil directeur. Mais ça ne peut pas être la faute uniquement de l’entraîneur. Thomas Tuchel le sous-entendait (et même un peu plus que ça) avant de se faire débrancher, il n’est pas facile d’exercer son métier à Paris. Le technicien peut alerter sur des manques sans que la direction ne l’écoute, avant de lui coller dans les pattes des joueurs dont il n’a pas envie ou besoin.
Un remodelage de l’effectif s’impose, en tout cas. Nasser avait décrété l’été dernier « la fin du bling bling et des paillettes ». Il est peut-être temps, alors, d’arrêter de faire des folies avec Neymar et Messi pour revenir à un collectif mieux bâti. Pour le premier, c’est un peu tard, puisqu’il a encore été prolongé il y a quelques mois, jusqu’en 2027. Les portes de sortie ne sont pas nombreuses, de toute façon, pour un joueur qui coûte très cher en salaire et qui n’a plus les chevilles très étanches à force de se les faire flinguer. Pour l’Argentin (bientôt 36 ans), il suffirait de ne pas trop pousser pour qu’il active son année optionnelle.
Enfin, tout ça n’est valable que si Kylian Mbappé reste. Il est le phare, la pierre angulaire du projet parisien. Et même si ses déclarations après son 201e but record contre Nantes ont dû plaire aux dirigeants, cette nouvelle désillusion européenne pourrait le faire réfléchir. L’Espagne est déjà prête à le re-re-re-envoyer à Madrid. Il n’y a qu’à voir comment les confrères se sont rués sur lui quand il est apparu dans la zone mixte pour lui poser LA question, un truc du genre « alors, est-ce que ça remet en cause ton futur ici ? » Réponse en español de l’intéressé : « Non, je suis tranquille, la seule chose qui m’importe c’est cette saison, gagner le championnat, et après on verra. »
Nasser Al-Khelaïfi en danger ?
Au-delà du cas des trois stars, il va falloir songer à la profondeur de banc. Mercredi, Galtier n’avait qu’un demi-Mukiele et Bitshiabu pour faire la maille derrière, et d’autres choix que de lancer Soler ou Ekitike devant pour renverser le score. Un peu léger à ce niveau, surtout quand le Bayern gardait tranquillement au frais Sané, Gnabry et Mané.
« Ils ont un grand effectif, bâti pour gagner la Ligue des champions », a reconnu Kyks. En creux, pas nous. Milan Skriniar, renfort de poids pour la défense, devrait bien signer en juin, mais il ne sera pas suffisant. Au passage, faut-il garder Marquinhos et Verratti, présents depuis le début et représentatifs malgré eux de ce PSG loseur devant l’éternel ? Le chantier est ouvert.
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Celui de la présidence le sera-t-il également ? On aurait tendance à penser que non, pourtant la question peut se poser. L’émir Al-Thani ne semble pas près de lâcher le club malgré les échecs répétés, selon L’Equipe. Mais il pourrait finir par lâcher Nasser al-Khelaïfi. Les fiascos parisiens sont d’abord les siens. C’est lui qui décide du sportif, et qui en répond à Doha. Pour le moment, il est toujours passé entre les gouttes, parvenant à convaincre les propriétaires qu’il était sur le bon chemin pour installer le PSG parmi les grands clubs européens. Son crédit s’épuisera-t-il un jour, alors que le rachat possible de Manchester United pourrait modifier les priorités qataries ? L’été prochain peut marquer un tournant pour le PSG, ce qu'on a l'impression de raconter tous les ans.


















