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PSG : « Climat anxiogène » et manque de confiance… Qu’est-ce qui cloche avec les jeunes Parisiens ?
FOOTBALL•La volonté d’Edouard Michut de quitter le PSG exprime la difficulté pour les jeunes de s’imposer dans la capitale. Un problème structurelNicolas Stival
L'essentiel
- Déçu par son faible temps de jeu et son éviction du groupe dimanche contre Troyes, Edouard Michut (19 ans) souhaite quitter son club formateur.
- La frustration du milieu de terrain international U19 est loin d’être un cas isolé alors que Xavi Simons, considéré comme la perle du centre, a également peu joué en équipe première.
- La nature du projet du PSG, fondée sur le recrutement de stars indéboulonnables, explique en partie ces difficultés.
Il ne manquait plus que ça au PSG. Après l’ambiance de Toussaint en plein printemps malgré le dixième titre de champion de France, les incertitudes quant à l’avenir de Mauricio Pochettino et (surtout) de Kylian Mbappé, voici la polémique sur la faible utilisation des jeunes. A vrai dire, rien de nouveau, tant la question ressemble à un « marronnier », comme les reportages sur les fournitures scolaires à chaque rentrée de septembre. Mais le sujet est revenu brutalement dans l’actualité en l’espace de quelques heures, via Pochettino et Edouard Michut.
Dimanche, Paris – déjà officiellement titré depuis 15 jours – a aligné une équipe de stars pas toutes très motivées lors du match nul contre Troyes (2-2). Si le milieu offensif Ismaël Gharbi (18 ans) a fait sa première apparition (furtive) en L1, à la 89e minute, Xavi Simons (19 ans) et Edouard Michut (19 ans) ont suivi le spectacle depuis les tribunes.
Oubliées, les belles déclarations sur Prime Video du technicien argentin, le 17 avril après le match contre l’OM (2-1), au sujet du lancement de quelques Titis lors d'une fin de saison en pente douce, « pour le futur du club et leur futur à eux ». « Je n’ai pas dit qu’ils allaient jouer, j’ai dit qu’ils auraient peut-être des minutes, a pinaillé Pochettino dimanche soir. La place pour les jeunes n’est pas grande. Ils doivent mériter ces moments de jeu. »
Dès lundi, le clan Michut laissait filtrer ses envies d’ailleurs. « Avant, l’excuse, c’était le groupe trop conséquent, après cela a été le changement d’entraîneur, lâchait un proche sur France Bleu Paris. Mais là, quand on voit qu’il est en tribune pour le match de Troyes… »
« Un coup de massue »
Ancien défenseur formé au PSG, qu’il a quitté à 21 ans en 2011 à l’aube de l’ère QSI, Tripy Makonda comprend tout à fait les états d’âme de la bleusaille. « Je ne lance pas totalement la pierre à Pochettino sur ce sujet, mais il a fait une erreur de communication, souligne le consultant pour France Bleu Paris, contacté par 20 Minutes. C’est normal qu’on entende que Michut veuille partir. Tu donnes un espoir aux joueurs et derrière… Psychologiquement, ils prennent un coup de massue. J’ai été dans leur situation. Même si on fait de bons entraînements, et de bons matchs à l’étage inférieur, on a envie d’avoir une certaine considération, une récompense en fin de saison. »
Cette frustration emmagasinée au fil des mois se ressent dans le clan de Michut où l’on évoque un « traitement catastrophique » de l’international U19, sous contrat jusqu’en 2025 : « La question à se poser, c’est : "comment un garçon qui voulait faire toute sa carrière au PSG a désormais envie de partir le plus loin possible ?" Il a 19 ans, il veut jouer au football. » Avec 160 minutes compilées en six matchs (L1 et Coupe de France), on est loin du compte, forcément.
Le milieu défensif de 21 ans Eric Junior Dina-Ebimbe (14 apparitions, fin de contrat en 2023) et Simons (8, libre au mois de juin) sont à peine mieux lotis. « C’est dommage que les jeunes ne puissent pas participer, ponctuellement, à certains matchs, reprend Makonda. Simons par exemple, qui est en avance sur Michut, aurait pu davantage intégrer la rotation. Avec les blessures d’Herrera et Paredes, les difficultés de Gueye au retour de la CAN et celles de Wijnaldum, il aurait pu développer une connexion avec Verratti. Cela l’aurait mis en confiance et on aurait vu son potentiel. »
Une politique illisible
Ancien gardien puis directeur sportif du PSG (1991-1998), Jean-Michel Moutier (67 ans) élargit le débat. « Il faudrait se poser la question de ce qu’on fait de la formation. L’équipe de National 2 a été supprimée [en 2019]. Maintenant, à 19 ans, soit les jeunes signent pro, soit ils s’en vont. Le club aurait pu disposer d’un club filiale avec une vraie stratégie. Ou alors, la FFF devrait mettre en place une compétition U21 ou U23, comme en Angleterre. »
Certains clubs britanniques, comme Manchester City ou Chelsea, collectionnent aussi les jeunes adultes qu’ils prêtent aux quatre coins de l’Europe, sachant que les garçons en question ont à peu près autant de chances de s’imposer durablement en équipe première que de gagner au Loto. C’est tout sauf éthique (la FIFA s’est d’ailleurs penchée sur le sujet) mais au moins, il y a une logique derrière. Pas comme à Paris.
« Il n’y a pas de plan stratégique avec ces jeunes pour leur permettre d’avoir une vision à long terme », déplore Makonda. Moutier, désormais retraité, tape plus fort : « Cela fait 11 ans que QSI est arrivé et que le projet est de gagner la Ligue des champions. Mais à part empiler les stars, la vision sportive sur le long terme, je ne la vois pas. » Et qui dit stars, dit ego et statuts particuliers… Pour ne pas perdre le soutien d’une partie du vestiaire et déclencher une polémique jusqu’à Ushuaïa, Pochettino ne peut ainsi pas se permettre de sortir Lionel Messi, même en petite forme comme trop souvent cette saison.
La frustration de Coman
« Il faut mettre le fanion du PSG au-dessus des joueurs, pour qu’il y ait du respect à tous les étages », milite Tripy Makonda. Si Adrien Rabiot, il y a quelques années, puis Presnel Kimpembe ont pu s’imposer à la maison, beaucoup d’autres ont trouvé le bonheur loin du « climat anxiogène » (selon Makonda) du Camp des Loges, de Maignan à Diaby en passant par Coman ou Nkunku, élu ce mardi joueur du mois en Bundesliga pour la quatrième fois de la saison, grâce à ses performances avec le RB Leipzig. « Je connais un peu Coman, et à Paris, il avait le sentiment que pour être considéré, il fallait venir de l’extérieur », lâche Moutier.
Si la direction parisienne semble vouloir revoir cet été tout le fonctionnement d’un club seulement 8es de finaliste de la C1 et champion morose, l’avenir pourrait s’écrire sans les Simons, Michut, Dina-Ebimbe ni le défenseur El Chedaille Bitshiabu (16 ans, trois matchs cette saison, sous contrat jusqu’en 2024), lui aussi très courtisé à l’étranger. Seul Gharbi a annoncé vouloir rester.
Quant au cas de l’attaquant Arnaud Kalimuendo (20 ans, sous contrat jusqu’en 2024), il reste mystérieux après deux ans de prêt réussi en Artois. « J’ai souvent commenté les matchs de Lens, et je pense qu’il aurait fait du bien dans la rotation du PSG, assure Makonda. C’est un avant-centre pur, et Icardi a souvent été blessé en plus de ses soucis extra-sportifs, alors qu’on sent bien que la position préférentielle de Mbappé est à gauche, et que Messi aime bien redescendre. »
Bref, l’avenir de Kalimuendo est aussi flou que l’horizon à court terme du PSG, dont Leonardo vantait récemment les résultats du centre de formation et plus largement la politique dans le domaine : « Cette année, on a lancé en pro quatre jeunes nés après 2003, assénait le directeur sportif dans L'Equipe , début mars. Seul Rennes a fait mieux en L1, avec cinq. » Les clubs allemands, à l’affût dès qu’un jeune Français pointe le bout du short, s’en régalent d’avance.



















