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Le silence des ultras pour PSG-OM ? Plus qu’une bouderie, un divorce assumé

PSG - OM : Le silence des ultras lors du Classico ? Plus qu’une bouderie, un divorce consommé

FOOTBALLLe Classico PSG-OM de dimanche soir au Parc des Princes s’annonce glacial en tribunes, les ultras parisiens ayant décidé de poursuivre leur mutisme pour protester contre la politique du club et le manque de grinta des joueurs
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • La contestation des ultras, née de l’élimination face au Real Madrid et la déculottée contre Monaco, ne s’arrêtera pas aux portes du Classico PSG - OM de dimanche.
  • Si Mbappé et Pochettino espéraient une sorte d’union sacrée face au rival marseillais, leur appel n’a pas été entendu.
  • Réclamant un virage à 180° du projet parisien, ceux-ci attendent des actes de la part de la direction avant d’envisager un début de réconciliation.

S’il y en avait bien un qui pouvait sauver l’ambiance du Classico au Parc, dimanche soir, c’était bien Kylian Mbappé. Mais même lui a échoué, preuve que la cause était perdue d’avance. Malgré son appel du pied lancé au micro de Canal après la rouste clermontoise - « On aimerait que les supporteurs soient avec nous. On comprend leur déception. S’ils sont avec nous ce sera magnifique, si ce n’est pas le cas, on fera quand même notre boulot » –, le caïd du XVe n’a pas été entendu.

En effet, si le Collectif Ultra Paris n’a pas officiellement communiqué avant PSG-OM, nous pouvons d’ores et déjà confirmer l'information du Parisien : Auteuil restera mutique, fidèle à sa ligne de conduite depuis l’élimination face au Real et le fiasco à Monaco.

Rien d'étonnant. La bâche retournée dans le parcage clermontois, les chants « Et on s’en bat les couilles ! » après le péno de Neymar, et la désertion du CUP avant même le coup de sifflet final étaient autant d’indices prouvant que la réconciliation n’est pas pour tout de suite. Le club espérait que la venue de l’OM suffirait à créer une sorte d’union sacrée, une parenthèse dans la contestation, il n’en sera rien, preuve que le malaise est plus profond et que la fracture dépasse de loin la petite querelle de couple. Contacté par 20 Minutes, le PSG préfère de son côté « faire comme les supporteurs : on ne commente pas ».

Monaco, la faute de trop

Pour Aymeric, ce fidèle parmi les fidèles (47 ans au compteur dont 40 de présence en virage au Parc des Princes), la pilule est toujours bloquée dans la trachée. « Depuis ce 9 mars et cette énième honte ressentie, ça ne passe pas ! Ces gestes suspects de notre capitaine d’ordinaire irréprochable ne passent pas. Ces visages de victimes masquant ceux des guerriers espérés ne passent pas. Ces soi-disant stars et génies du ballon rond qui marchent avec notre maillot sur le dos, sans la moindre révolte face à la difficulté, ça ne passe pas. »

Depuis quelques jours, l’attitude des ultras et le silence annoncé contre l’OM ont fait naître des critiques sur les réseaux sociaux. Comme quoi ce serait une honte de ne pas animer le stade quand on reçoit l’ennemi Porte d’Auteuil. Un point de vue que ne partage absolument pas l’ancien gardien parisien Jérôme Alonzo.

Pourtant, des broncas à vous faire trembler des mollets, il en a connu quelques-unes le Jérôme. « La défaite à Madrid, dans l’absolu elle m’emmerde, mais ça reste du football et ça peut arriver. En revanche, ce qui se passe à Monaco juste après, c’est pas normal, juge le consultant Prime Vidéo. Partant de là, les victoires contre Lorient et Clermont ne peuvent pas permettre un pardon, il faut bien comprendre ça. J’entends les gens dire " ouais mais ils ont mis 5-1 et 6-1, les supporteurs font chier ". Mais non, il faut faire preuve de plus d’intelligence, de réflexion. Leur colère ne va pas disparaître parce que tu tapes Clermont 6-1, il faut arrêter de rêver, ça ne marche pas comme ça. »

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« Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on n’a eu aucun retour du club depuis le communiqué, nous glisse-t-on dans l’entourage du CUP. Alors que le communiqué était clair, un peu piquant certes, mais circonstancié. Quand il y a une grève et des revendications, normalement on négocie et on essaye d’en sortir par le haut. Là, comme le club fait le mort, ça serait ridicule de se mettre à chanter alors que rien n’a évolué. »

Un silence impardonnable pour les supporteurs

Au vrai, la cassure entre les ultras et les joueurs ne tient pas tant à l’élimination face au Real qu’à l’apathie générale et à l’absence de communication qui ont suivi. Aymeric : « Ont-ils eu une seconde conscience de notre peine, des heures noires que nous subissons depuis, nos frustrations et de la honte qui ne nous lâche pas ? Pas de prises de conscience, pas de mea culpa, pas de communication, aucun respect, rien ! Et il faudrait en plus jouer " l’union sacrée " et faire comme si de rien n’était… ».

« Les mecs ne demandaient pas grand-chose, poursuit un proche des ultras. Un petit " désolé pour ceux qui ont fait le voyage, on a merdé ". Un petit regret, un truc un peu sincère, un minimum de considération. Mais bon, si ça ne leur vient pas, ça ne leur vient pas… J’ai l’impression qu’ils ne comprennent pas qu’il y a le public mondialisé, celui des likes sur Instagram, et un public plus proche, plus vrai, plus attaché et donc aussi plus exigeant. » Si Jérôme Alonzo comprend parfaitement la colère des supporteurs, c’est qu’en son temps aussi il s’est retrouvé dans ce genre de situation.

Si beaucoup de banderoles n'ont pas passé la fouille contre Bordeaux, certaines ont tout de même pu être déployées.
Si beaucoup de banderoles n'ont pas passé la fouille contre Bordeaux, certaines ont tout de même pu être déployées.  - Alain JOCARD / AFP

Mais ils géraient ça d’une tout autre manière : « Nous, on nous passait plus de trucs, d’une part parce qu’on était moins bons – on perdait contre Guingamp, ils gueulaient mais ils disaient "ben ils ne sont pas très bons les pauvres, on va pas leur jeter des pierres non plus " – et d’autre part parce qu’on essayait de comprendre la contestation, on essayait d’aller discuter avec eux après les matchs ». « Là, peu de voix se sont élevées après Madrid et Monaco pour dire " on est désolé ", poursuit-il. A part Kylian, comme toujours. Les autres se sont barrés en sélection et on ne les a plus jamais entendus. Même les dirigeants ne sont toujours pas exprimés ! ».

C’est vrai qu’à part quelques sorties médiatiques sur feu la Superligue ou sur les dettes abyssales du Barça, Nasser Al-Khelaïfi se montre bien discret. Quant à Leonardo, si quelqu’un a eu de ses nouvelles, qu’il n’hésite pas à nous écrire. « A l’époque nos présidents ne se cachaient pas et venaient nous pourrir quand ça n’allait pas. C’est bien beau d’aller voir les arbitres après les matchs, mais après Monaco, t’es allé voir tes joueurs pour leur dire qu’ils sont en dessous de tout ?, s’agace Alonzo. Je ne crois pas. Ce silence radio, c’est dingue… Je crois que les supporteurs du PSG peuvent tout comprendre pour peu qu’on accepte au moins de leur dire un peu ce qu’il se passe. »

Le rejet d’un projet, l’absence d’un président

Comme le fait remarquer notre ancien membre du CUP en évoquant ce qui s’est passé en tribune lors de la réception de Bordeaux au Parc, « la seule considération et communication du club à notre égard, ça a été de nous envoyer les CRS et les gorilles afin de bloquer nos bâches, nos banderoles et nos mots de révoltes et de regrets. »

Longtemps idyllique, la relation entre le CUP et NAK – qui a beaucoup œuvré à l’époque pour faire revenir les ultras en virage, il faut le dire – semble elle aussi battre de l’aile. Alonzo détaille : « Pourquoi en veulent-ils à Al-Khelaïfi ? Parce qu’il n’est plus là, tout simplement. Avec ses 12.000 casquettes différentes, il y a un véritable éloignement physique qui crée un problème. Les gens ont besoin d’un chef qui prend les balles, d’un chef à qui parler. Or ce chef-là n’existe plus aujourd’hui. Cette sensation d’abandon les rend malade. » C’est exactement ce que disait le communiqué des ultras après Madrid.

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Enfin, last but not least, l’échec de cette saison 2021-2022 malgré un recrutement d’or et d’argent a fait naître un véritable rejet du projet qatari. « Le PSG n’est plus un club de foot, ils en ont fait une marque : la marque PSG comme ils disent. Mais nous, on ne veut plus de bling-bling et d’une équipe qui ressemble plus à la vitrine du Juste Prix qu’à onze mecs prêts à tout pour faire honneur à leur club, leurs supporteurs », souffle Aymeric.

On le voit, la rédemption ne passera pas simplement par une victoire contre l’OM dimanche, quand bien même « elle peut être une pierre sur le chemin vers la paix des braves », dixit Alonzo. Elle passera surtout par une refonte globale du projet parisien cet été, si elle veut bien arriver.