OL-OM : Qui sont les responsables de ce fiasco total pour la Ligue 1, et quelles conséquences à cette « soirée noire » ?

FOOTBALL Interrompu à la 5e minute de jeu dimanche après le jet d’une bouteille d’eau sur Dimitri Payet, le match entre Lyonnais et Marseillais a donné lieu à une sinistre soirée pour le football français

Jérémy Laugier
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Les joueurs marseillais filent aux vestiaires du Parc OL, avant même 21 heures, ce dimanche, et ils n'en sortiront que pour prendre l'avion.
Les joueurs marseillais filent aux vestiaires du Parc OL, avant même 21 heures, ce dimanche, et ils n'en sortiront que pour prendre l'avion. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • L’OL et l’OM ne se sont affrontés que 5 minutes, dimanche soir à Décines (0-0). La faute à une bouteille d’eau lancée depuis le virage nord, et qui a percuté le visage de Dimitri Payet.
  • Après près de 2 heures d’un pesant imbroglio, Ruddy Buquet a finalement décidé de ne pas reprendre le match, dans un Parc OL comptant 56.000 spectateurs pour l’occasion.
  • Les enseignements ont été nombreux sur cette soirée lunaire, et les conséquences pourraient s’annoncer lourdes pour l’OL, alors que « la commission de discipline de la LFP se réunira en urgence » dès ce lundi.

Au Parc OL,

Des chansons lunaires ont jailli du virage sud du Parc OL dimanche soir, entre un hommage au beaujolais et Le Chasseur de Michel Delpech (oui oui, ces fameuses oies sauvages). Les seuls instants fraîcheur d’une soirée interminable et désastreuse pour la Ligue 1, à l’occasion d’un choc OL-OM ayant vrillé dès la 4e minute de jeu. Pour le tout premier corner de la rencontre, Dimitri Payet est visé par plusieurs projectiles, côté virage nord. Une bouteille d’eau percute alors en plein visage le capitaine marseillais, qui s’effondre au sol, provoquant la stupeur de ses coéquipiers.

Comble de la rivalité virant à la haine mal placée, le principal groupe de supporteurs lyonnais scande alors durant de longues minutes « Payet, Payet, on t’enc… » pour raccompagner tous les joueurs aux vestiaires, en raison d’une interruption du match immédiatement décidée par Ruddy Buquet. Peu de temps après, le virage sud s’y met à coups de « Et Ludivine [le prénom de la compagne de Payet], et Ludivine est une sal… » de très mauvais goût à l’encontre d’un joueur « touché psychologiquement », de l’avis de son président Pablo Longoria. 20 Minutes vous raconte quatre des principales leçons d’une soirée à rebondissements (mais sans ballon), et historiquement frustrante pour un Parc OL blindé (56.000 spectateurs).

Aulas pointe du doigt la « volte-face » de Ruddy Buquet

Bien malin celui qui se souvient de la dernière apparition médiatique (à chaud) d’un arbitre français en activité. Rien que sur ce point, ce choc entre Olympiques faisait figure de petit événement. Après avoir temporairement renvoyé tout le monde aux vestiaires à 20h50, Ruddy Buquet a fait officialiser l’arrêt définitif du match à 22h41 dimanche. Le temps de sonder chacun des 22 acteurs avant de caler une visio avec Vincent Labrune et Pascal Garibian ? « Ma décision sportive a toujours été de ne pas reprendre le match, assure M. Buquet sur Prime Vidéo, mais il était évoqué des risques de troubles à l’ordre public qui ont été pris en compte dans un premier temps. »

Vous voyez venir le genre de dilemmes à 25 équations, avec par exemple l’évacuation sans encombres d’un stade bouillant, qui s’est projeté durant les deux semaines de trêve internationale sur cette affiche cruciale. « Ma décision in fine a été d’arrêter définitivement la rencontre, pour des raisons sportives évidentes », poursuit l’arbitre français. Comme souvent, on pouvait compter sur Jean-Michel Aulas pour nous plonger dans les coulisses de cette affaire-là : « On avait imaginé avec le préfet que le match puisse reprendre, et M. Buquet avait décidé cette reprise ce match » au terme d’une réunion de près d’une heure avec les présidents des deux clubs, les arbitres, le préfet, la vice-procureure, et un représentant de la direction centrale de la sécurité publique (DDSP). Une version confirmée par la préfecture sur les réseaux sociaux

Dimitri Payet est d'après son président « touché psychologiquement », après avoir à nouveau été la cible de projectiles dans un match disputé à l'extérieur. PHILIPPE DESMAZES
Dimitri Payet est d'après son président « touché psychologiquement », après avoir à nouveau été la cible de projectiles dans un match disputé à l'extérieur. PHILIPPE DESMAZES - AFP

A 22h05, le speakeur annonce donc la reprise à venir de la partie, avec la consigne martelée de l’interdiction du moindre incident, qui serait cette fois fatal aux Lyonnais. L’OL s’échauffe une dizaine de minutes, ce que refuse de faire l’OM. C’est là que Jean-Michel Aulas se montre chaud bouillant.

Il y a eu un certain nombre de pressions, des réactions extrêmement violentes de la part des Marseillais, qui ne comprenaient pas, et qui exigeaient que M. Buquet aille demander des nouvelles de Dimitri. Puis l’arbitre a demandé à revoir le préfet et il a inversé sa décision en invoquant la sécurité des joueurs. Ce qui est très désagréable pour les 56.000 spectateurs, c’est surtout la volte-face devant la Ligue et les représentants de l’Etat, avec cette décision qui n’appartient qu’à l’arbitre. »

Définitivement en roue libre, JMA a fini sa soirée de folie en s’invitant chez RMC Sport pour hurler sur Daniel Riolo dans l’After Foot, qu’il qualifie tour à tour de « chenapan » et de « voyou », 

La LFP et le préfet d’Auvergne-Rhône-Alpes se renvoient la balle

On a aussi eu droit à un inattendu ping-pong burlesque entre la LFP et la préfecture d'Auvergne-Rhône-Alpes. A quelques minutes d’intervalle, il y a ainsi eu un tweet du préfet : « La décision de reprise du match n’appartient pas au préfet. Elle appartient au seul arbitre ». La LFP de Vincent Labrune n’était pas du même avis, au vu d’un communiqué étonnamment réactif : « La Ligue regrette dans ces conditions la décision de reprise de la rencontre OL-OM par le préfet de région ». Un désaccord exposé aux yeux de tous dont il sera peut-être question, ce lundi, avec « la réunion en urgence » de la commission de discipline de la LFP.

Trois mois après Nice-OM, des sanctions (cette fois) exemplaires ?

Après des sanctions jugées modestes en pagaille depuis le début de la saison (Nice-OM, OM-PSG, le derby Lens-Losc…), n’y aurait-il pas un avant-goût d’impitoyable jurisprudence dans ce dangereux jet de bouteille ayant entraîné une mascarade de 2 heures ? « C’est une bouteille d’eau qui va peut-être permettre de prendre conscience qu’il y a encore d’autres décisions à prendre, admet Jean-Michel Aulas. A l’instant T, je ne vois pas lesquelles on peut prendre en plus, car le stade est hyper sécurisé. On ne va pas mettre des filets partout pour un individu alors que 100 % des gens viennent au match avec des intentions non belliqueuses. Comme souvent, c’est quand les incidents sont les moins virulents et collectifs qu’on prend des décisions. Il ne faut pas frapper à l’emporte-pièce les gens qui organisent bien les choses. »

La majeure partie des supporters lyonnais sont restés dans les tribunes du Parc OL en espérant (en vain), que le choc contre l'OM reparte dimanche soir.
La majeure partie des supporters lyonnais sont restés dans les tribunes du Parc OL en espérant (en vain), que le choc contre l'OM reparte dimanche soir. - Laurent Cipriani/AP/SIPA

Un sens de l’organisation qui ne semble pas vraiment optimal en ce moment du côté du Parc OL, entre l’envahissement (très facile) du terrain en plein match de Ligue Europa par deux « Daltons », en début de mois, et une certaine légèreté dans le dispositif de sécurité mis en place dimanche, surtout au niveau des poteaux de corners, lieu symbolique des tentatives d’intimidation pour certains ultras. L’OGC Nice, qui avait ajouté un envahissement de terrain aux jets de projectiles contre l’OM, avait hérité de trois matchs à huis clos et d'un point de pénalité (plus un avec sursis), mais le match avait été à rejouer sur terrain neutre. Il est d'ailleurs intéressant de se replonger dans l'analyse qu'avait alors JMA, trois jours après les incidents de ce Nice-Marseille du 22 août (et donc avant la décision finale des sanctions).

Je fais partie des gens qui pensent que la seule sanction possible pour freiner cet état de fait, que ce soit au niveau des joueurs, des dirigeants, des supporters, c'est la pénalité en points. C'est la seule qui fait vraiment peur.»

Le barème devra-t-il forcément être celui de l'été malgré l’escalade de la violence en L1 depuis la reprise, ou une nouvelle jurisprudence peut-elle sanctionner l'OL d'une défaite sur tapis vert contre son rival marseillais ? Pablo Longoria a eu le mérite de ne pas entrer dans ce jeu-là dimanche. Heureusement, serait-on tenté de dire, au vu de cette soirée de crash de la Ligue 1.

Le président de l’OM a confimé en 4 minutes d’interview, dans l’auditorium du Parc OL, qu’il pouvait être concis et mesuré : « La position du club était claire durant cette soirée noire : respecter la décision de l’arbitre. L’ensemble du football français doit réfléchir à ces questions sur l’avenir du football. On a un championnat dont le niveau s’est élevé cette saison. On doit se poser les bonnes questions pour sortir de cette dynamique qui dépasse les limites et qui commence à être très dangereuse. » Vous le sentez venir le live de 8 à 23 heures pour vous raconter ce lundi les 217 rebonds/réactions post-OL-OM ?