Ligue des champions : Le PSG est-il vraiment en train de gagner sa place « parmi les grands clubs » ?

FOOTBALL Les éliminations du Barça puis du Bayern Munich laissent penser que les Parisiens, finalistes la saison dernière, sont en train de franchir un cap au niveau européen

Nicolas Camus

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Neymar s'est bien amusé lors du quart de finale retour de la Ligue des champions entre le PSG et le Bayern Munich, le 13 avril 2021.
Neymar s'est bien amusé lors du quart de finale retour de la Ligue des champions entre le PSG et le Bayern Munich, le 13 avril 2021. — FRANCK FIFE / AFP
  • Après le FC Barcelone, le PSG a éliminé le Bayern Munich mardi soir en quart de finale de la Ligue des champions.
  • Quelques mois après avoir atteint la finale de la compétition, les Parisiens confirment qu’ils sont en train d’acquérir la stature des grands d’Europe.
  • Dans cette lente évolution, le dénouement des dossiers Neymar et surtout Mbappé dira beaucoup, dans un premier temps, du club qu’est devenu Paris.

L’impression était déjà là après le retour compliqué face au Barça au tour précédent, elle a encore gagné en clarté mardi soir, quand les Parisiens ont pu laisser éclater leur joie au terme de dernières minutes étouffantes qui ont paru des heures. Il n’y a pas si longtemps, ils ne seraient pas sortis vivants de cette fin de match. Il y a forcément un ballon qui aurait rebondi sur le mauvais pied et trouvé la mauvaise personne, Leroy Sané ne se serait pas trompé autant dans ses choix ou un Parisien aurait commis une faute idiote. On vous laisse le choix, mais le PSG aurait été puni de cette incroyable incapacité à se mettre à l’abri. Mais ça, c’était avant.

En sortant le Bayern Munich, quelques mois après l’avoir défié en finale, le PSG a confirmé qu’il était en train d’acquérir la stature des grands. Ça ne l’immunisera pas contre une rechute, un Demba Ba ou un Sergi Roberto peuvent toujours arriver, mais toutes les expériences des dix dernières années, jalonnées de grandes victoires et de terribles désillusions, font qu’il se retrouve aujourd’hui pour la deuxième saison d’affilée en demi-finale de Ligue des champions, ce qu’aucun club français n’avait réalisé depuis la réforme de la C1 en 1992.

« On vise encore plus grand », assure Neymar

« Le club ne cesse de grandir, de jour en jour, d’année en année, observe le titi Presnel Kimpembe. J’en suis la preuve, j’ai eu du mal à repartir après ce qu’il s’est passé il y a deux ans [sa main qui a précipité l’élimination en 8e de finale contre l’équipe B de Manchester United], mais quand on chute l’important est de savoir se relever et continuer la bagarre. Ce soir [mardi] ça a été un grand combat, une guerre même, on a réussi à la gagner et on en est fiers. »

A force d’expérience, l’ADN européen du club, dont on s’est tous amusés, est en train d’évoluer. « Oui, le PSG est une grande équipe, assène Neymar. On est en demi-finale, et on vise encore plus grand. » Le président Nasser Al-Khelaïfi, à la tête du projet QSI depuis le début, est encore le mieux placé pour en parler.

« Cette saison, on a gagné contre Manchester, contre Barcelone, contre le Bayern, qui est la meilleure équipe pour moi, ça veut dire beaucoup de choses, estime-t-il. On est vraiment là, on est parmi les grands clubs. »

Mais à quoi reconnaît un grand club, justement ? On en avait parlé il y a un peu plus de deux ans, alors que Paris se présentait avant le 8e de finale face à MU fissuré à tous les étages, pour arriver à la conclusion qu’il lui manquait principalement de la sérénité dans les moments-clés. « Le plus important est la stabilité de l’institution et la confiance des dirigeants dans le projet qui est porté par l’entraîneur », nous expliquait notamment un connaisseur du Barça, qui a vu grandir le club pas à pas.

Pochettino, austérité ou sérénité ?

On ne peut pas dire que le PSG soit encore un modèle de tout ça, avec, par exemple, le conflit très médiatique entre Leonardo et Thomas Tuchel, qui a abouti au licenciement du coach allemand dans un timing pour le moins surprenant. Ce dernier n’avait pas caché, sur la fin, sa lassitude de devoir jouer au « politicien du sport » dans un club perturbé par « de nombreuses influences qui vont bien au-delà des intérêts de l’équipe ».

De ce point de vue, la nomination de Mauricio Pochettino, un technicien capable de résister cinq ans à l’intransigeant boss des Spurs, Daniel Levy, ne doit rien au hasard. Alors que l’on pouvait lire sur le visage d’Unai Emery et Thomas Tuchel leur humeur du moment et leurs préoccupations, l’Argentin ne laisse transparaître aucune émotion. Ses conférences de presse, jamais enjouées, jamais alarmistes, quels que soient l’adversaire ou le contexte, sont bien souvent d’une platitude désespérante pour les suiveurs. Mais aucun risque, justement, que ça parte dans tous les sens.

Mauricio Pochettino, homme de peu de mots.
Mauricio Pochettino, homme de peu de mots. - CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Côté terrain, maintenant, il va falloir que ça suive. En attendant de savoir si cette saison le mènera au sommet tant convoité, le PSG doit préparer les suivantes. Et le projet passe forcément par les deux têtes de gondole, Neymar et Kylian Mbappé. Le dossier de leur prolongation, qui court depuis de longs mois maintenant, est primordial. Leur dénouement dira beaucoup du club qu’est devenu Paris.

« On est à un moment important pour le club »

C’est surtout vrai pour le Français, qui représente davantage l’avenir. Il ne restera sans doute pas toute sa carrière en France, mais le convaincre de rester encore deux ou trois ans avant d’aller d’enfiler le maillot du Real Madrid serait un tour de force remarqué. Cela signifiera qu’il part parce qu’il a fait le tour, pas parce qu’il croit le PSG incapable de se hisser à la hauteur de ses ambitions.

Mardi, à peine le coup de sifflet final retenti, Nasser n’y est pas allé par quatre chemins. « On peut gagner la Ligue des champions, on peut gagner tous les trophées en jeu. Kylian et Neymar n’ont pas d’excuses pour partir, parce qu’on a tout pour gagner ici. On est une grande équipe, aujourd’hui, avec tout le respect pour les autres, on est là avec eux », a lâché le président parisien au micro de RMC Sport.

Elle est pas passée loin celle-là Kyky.
Elle est pas passée loin celle-là Kyky. - FRANCK FIFE / AFP

Voir le joueur le plus bankable du monde partir cet été ne serait pas non plus un coup d’arrêt définitif au dessein parisien. Mais un ralentissement de plus, certainement. « On est à un moment important pour le club », résumait mardi Angel Di Maria. Quoi qu’il en soit, le rond de serviette à la table des géants n’est pas encore pour demain. « C’est un processus qui prend du temps, rappelait notre habitué du Barça. Il a fallu de la patience avant d’en faire un club qui marque une époque. »