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Bordeaux-Strasbourg : Marginalisé, Benoit Costil continue malgré tout d’avancer aux Girondins
FOOTBALL•Le gardien international compte bien sauver le club avant de régler ses comptesClément Carpentier
L'essentiel
- Les Girondins reçoivent Strasbourg ce dimanche (15 heures) à l’occasion de la 31e journée de Ligue 1.
- Une nouvelle fois Benoit Costil sera dans les cages. Malgré un été tumultueux, l’international français réalise une très bonne saison et garde le cap dans sa bulle.
- Il espère toujours participer à l’Euro avec l’équipe de France alors que son avenir chez les Marine et Blanc reste très incertain.
Edit du 2 avril 2020 avec le démenti du club à lire en encadré de l'article. 20 Minutes confirme toutefois son information émanant de plusieurs sources concordantes.
« Vous faites ch… ! Put… ! »… Ce coup de gueule de Benoit Costil envers ses coéquipiers après la réduction du score dijonnaise à la 90e minute alors que les Girondins se dirigeait ce jour-là vers une large victoire en Bourgogne a pu apparaître excessif sur le moment. En réalité, il ne l’est pas du tout, surtout quand on connaît un peu le bonhomme. Au-delà de gâcher son 13e clean-sheet de la saison, le gardien bordelais connaît trop ces petits détails qui font la différence au haut niveau pour laisser passer ce genre de relâchement. Encore plus quand votre équipe est enfin en train de mettre fin à une terrible série noire (huit matchs sans victoire) avec une moyenne de deux buts encaissés par match pendant celle-ci.
L’exigence du très haut niveau, le portier international, lui, l’a. Il sait ce que c’est. Il a l’expérience pour lui à 33 ans. Et c’est sûrement grâce à elle que Benoit Costil n’a pas plus dégoupillé à un moment donné cette saison. Pourtant, il en a vu de toutes les couleurs. Il aurait pu complètement lâcher mais ce n’est pas lui. Il réglera ses comptes le moment venu avec qui de droit. Pour l’instant, ce « professionnel hors pair », comme le qualifie son entraîneur Jean-Louis Gasset, n’a qu’un objectif : maintenir le club en Ligue 1 alors que les Girondins reçoivent ce dimanche (15 heures) Strasbourg avec sept points d’avance sur la zone rouge à huit journées de la fin du championnat
Des coups de poignard dans le dos
Ensuite, il sera temps de revenir sur cette saison pas comme les autres. De remettre tout à plat ou de partir car Benoit Costil n’a pas oublié ce qu’il s’est passé l’été dernier. Toujours cash en coulisse comme face au micro, il n’est pas le genre à pardonner du jour au lendemain. Ce serait trop facile pour sa direction qui a tenté pendant des semaines de le marginaliser, lui, le capitaine de cette équipe qui n’a cessé de défendre l’institution depuis son arrivée en 2017. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il était l’homme de confiance de Paulo Sousa.
Fidèle au coach portugais jusqu’au bout, il a évidemment très peu goûté son départ l’été dernier. Et encore moins celui de l’entraîneur des gardiens et ami, Paulo Grilo. Pas forcément dans le fond puisque comme le souligne l’un de ses amis, à Bordeaux « il a connu plus d’entraîneurs (Gourvennec, Bedouet, Poyet, Ricardo, Sousa et Gasset) que de saisons » ! Benoit Costil a fini par s’habituer à cette grande instabilité aux Girondins. Non, il a été marqué par la forme et le manque de respect du club envers celui qui l’a entraîné pendant plus de deux et demi. Ce jour-là, le portier refusera de répondre à Frédéric Longuépée qui cherche à le joindre sûrement pour s’expliquer. Un crime de lèse-majesté pour le PDG des Girondins. La rupture est consommée entre les deux hommes.
Dans le même temps, Frédéric Longuépée demande à son nouvel entraîneur Jean-Louis Gasset de retirer le brassard à Benoit Costil. Pas question d’avoir un capitaine pro-Sousa, il faut un joueur plus neutre comme Laurent Koscielny. Son entourage :
« Cela n’a pas été très agréable à vivre. Benoit [Costil] avait en plus eu un rôle primordial quelques semaines plus tôt dans les négociations de contrat liées à la crise du Covid-19. C’est décevant mais les mesquineries, ça existe partout » »
Gasset, lui, assure le service après-vente : « J’ai eu une discussion sur le brassard, je préfère qu’il soit porté par un joueur de champ et il ne m’a jamais dit qu’il avait envie de partir ». Pourtant, l’ancien gardien du Stade Rennais « a bien regardé ce qu’il se passait autour et écouté certains intérêts » car après les épisodes Grilo et du brassard, il y a eu celui de Stéphane Ruffier. Avec cette rumeur, entretenue par Jean-Louis Gasset lui-même, de l’arrivée possible du futur ex-portier des Verts à Bordeaux pour le remplacer. Là aussi son entourage reconnaît que « cela n’a pas été agréable à entendre d’autant plus qu’il n’a strictement rien à envier à Stéphane Ruffier. Il a été touché par tout ça mais il sait aussi faire la part des choses. » L’expérience aide toujours à avaler les couleuvres.
Il tient son rang dans la tempête
A partir de ce moment-là, Benoit Costil décide tout de même de se mettre dans sa bulle. Leader naturel, il se met en retrait dans le vestiaire, ne donne plus aucune interview, se concentre uniquement sur ses performances individuelles : « Il n’a pas changé. C’est toujours le même, juste à une époque il a été utilisé à toutes les sauces par le club. Parfois, il n’avait pas envie d’y aller mais il le faisait pour l’institution », tempère un proche. Coup de chance pour les Girondins, le contact passe bien avec Fabrice Grange, le nouvel entraîneur des gardiens. Très bien même. Malgré cet été tumultueux, tout ça finit par se traduire sur le terrain. Le gardien bordelais réalise une excellente première partie de saison. Il est même rappelé par Didier Deschamps à l’automne. Jusqu’à fin janvier, il est le troisième meilleur gardien au pourcentage d’arrêts en Ligue 1 derrière Navas et Maignan.
Jean-Louis Gasset parle alors « d’un grand professionnel » qui « est dans les cinq meilleurs gardiens français » et qui « le mérite ». « Benoit [Costil] est parfait, ajoute le coach bordelais, tout ce qu’il fait me va très bien. Il n’y a jamais eu de doutes. Je n’ai pas senti de mal-être ». Si depuis deux mois les Girondins traversent une période beaucoup plus compliquée, le gardien international tient toujours le cap, à l’image du dernier match à Montpellier où il a évité un véritable naufrage à son équipe. En net progrès dans l’utilisation de son jeu au pied ces dernières saisons, il « a encore progressé physiquement avec Fabrice Grange et il n’a jamais été aussi affûté » selon son entourage. Au final, il est sûrement le Bordelais le plus régulier cette saison.
Un avenir (très) incertain à Bordeaux
A 33 ans, ce n’est donc pas encore l’heure de ranger les crampons pour l’homme aux 355 matchs de Ligue 1. « Il se voit encore jouer quelques années, explique un ami, il est encore très passionné, il a soif et il est toujours à fond ». Dans un coin de sa tête, Benoit Costil espère toujours aller à l’Euro en juin avec l’équipe de France même si « ça va être difficile maintenant car il savait très bien que cela allait se jouer entre Areola et lui [l’ex-Parisien a été retenu lors de la dernière liste], rappelle un proche. S’il est pris, ce sera une bonne surprise. » Une bonne surprise, le gardien espère encore, un jour, en avoir une des Girondins et de son projet sportif.
Sous contrat jusqu’en 2022, il ne sait pas de quoi sera fait son avenir aujourd’hui. « Il n’y a aucune priorité à ce jour », répond son clan. Benoit Costil n’a d’ailleurs pas encore rencontré la direction pour faire le point sur ce sujet : « Aujourd’hui, il évite de se poser des questions. De toute manière, ça ne sert à rien de se poser des questions sur le projet sportif car vous n’aurez pas de réponse ! Le plus important, c’est lui et ses performances ».


















