Girondins de Bordeaux : « Je souhaite toujours un changement de gouvernance », réaffirme le maire Pierre Hurmic

INTERVIEW Le maire écologiste se défend de ne pas avoir tenu ses promesses avant une nouvelle réunion avec les supporters et dirigeants sur la situation du club ce mercredi

Clément Carpentier

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Pierre Hurmic, le maire écologiste de Bordeaux.
Pierre Hurmic, le maire écologiste de Bordeaux. — UGO AMEZ/SIPA
  • La mairie de Bordeaux organise ce mercredi sa troisième réunion du comité de concertation autour des Girondins de Bordeaux.
  • Très offensif envers la direction et l’actionnaire lors de la campagne électorale, Pierre Hurmic se défend de n’avoir rien obtenu depuis sa prise de fonction.
  • Il souhaite toujours un changement de gouvernance à la tête du club et espère avoir des éclaircissements d'ici cet été sur le possible rachat des Marine et Blanc. 

Qu’il est loin le temps où Pierre Hurmic était à deux doigts de monter à la tribune des Ultramarines, le plus grand groupe de supporters bordelais, lors d’un rassemblement contre la direction et l’actionnaire des Girondins. C’était le 27 juin 2020 à la veille du second tour de l’élection municipale. Depuis, l’élu écologiste est devenu maire et ses attaques contre les dirigeants des Marine et Blanc se font de plus en plus rares. Par exemple, il ne réclame plus à tue-tête la démission de Frédéric Longuépée, le PDG du club, ce qui lui avait valu à l’époque la sympathie de beaucoup de supporters.

Ce mercredi, il va retrouver les représentants des Ultramarines dans un contexte bien plus tendu au cours de la troisième réunion du comité de concertation dédié aux Girondins. Huit mois plus tard, ces derniers lui en veulent de plus en plus de n’avoir absolument rien obtenu de la part King Street, le fonds d’investissement américain propriétaire du club. Pierre Hurmic a donc décidé de sortir du bois et de se défendre auprès de 20 Minutes, alors que la situation des Girondins reste inquiétante.

Qu’attendez-vous de cette réunion ?

Beaucoup de choses ! Déjà, renouer le contact entre la mairie, le club et les supporters. Ce comité de concertation sera coprésidé par Alain Giresse et moi-même. L’objectif est de trouver une solution le plus rapidement possible et d’obtenir des éclaircissements face à une situation que je qualifie de préoccupante. J’ai la conviction que cela se passera mieux que la dernière fois [lors de la dernière réunion, le 8 octobre 2020, les représentants des Ultramarines avaient quitté celle-ci en raison de la présence d’Arnaud Poupard, responsable de la sécurité du club et bras droit de Frédéric Longuépée, qui sera cette fois-ci absent].

Où en êtes-vous aujourd’hui avec les Girondins ?

Je n’ai pas eu de discussions récemment avec le club ou les propriétaires. Je pense que ma prise de position sur le loyer du stade ne facilite pas les échanges [il a voté contre la baisse du loyer du Matmut Atlantique à cause de la crise sanitaire]. Pour moi, les conditions n’étaient absolument pas réunies. On n’est pas là pour alimenter les caisses du club avec de l’argent public surtout quand lui ne change pas de modèle. J’assume ce choix et je considère que je reste cohérent avec ce que j’ai dit par le passé.

Que répondez-vous aux supporters qui vous accusent de démagogie ou de récupération politique à propos du club ?

Ils me reprochent mes paroles au sujet de la démission de M. Longuépée mais je pense avoir là aussi été cohérent puisque j’ai tout de suite sollicité après mon élection un échange avec Daniel Ehrmann [responsable des Girondins pour King Street] . Je lui ai demandé la démission de Frédéric Longuépée et il n’a répondu qu’il ne l’envisageait pas du tout ! Donc, je l’ai bien demandée ! Après je n’avais pas 36.000 solutions : soit je raccrochais tout de suite, soit je poursuivais la discussion et lui demandais au moins des garanties financières sur le club. C’est ce que j’ai fait et King Street a répondu présent devant la DNCG [direction nationale du contrôle de gestion].

Souhaitez-vous toujours la démission de Frédéric Longuépée ?

Aujourd’hui, je n’en fais pas une question de personne. Ce serait trop facile. Je ne veux pas d’attaque personnelle même si j’ai demandé sa démission et que je ne l’ai pas obtenue. Mon rôle de maire est de tout faire pour que les Girondins se dirigent vers une nouvelle gouvernance. Je souhaite toujours un changement de gouvernance et j’ai l’impression que ce changement est sollicité par tout le monde.

Au final, huit mois plus tard, il n’y a pas eu de réelles avancées ?

Écoutez, j’ai fait une première tentative de conciliation, ça n’a pas marché. J’en fais une seconde et je pense avoir de meilleures garanties pour obtenir quelque chose. J’ai pris l’engagement de tout faire pour apaiser les relations et les supporters vont pouvoir parler directement avec des représentants du club. Donc, je considère que ce n’est pas rien faire ! Et puis je pense que remplacer Frédéric Longuépée par un clone de Frédéric Longuépée, ça ne réglera pas les problèmes. Moi ce que je veux ce sont des engagements sur un changement de gouvernance et sur le respect des supporters, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à maintenant.

Avez-vous été sollicité par rapport à un rachat du club ?

Non, non, pas pour le moment. Je connais des personnes intéressées par le rachat du club, je ne vous le cache pas mais de la part de King Street, je n’ai pas été sollicité ces derniers mois. Je crois savoir qu’il cherche un acheteur avec un prix autour de 100 millions d’euros. Je sais qu’ils sont très gourmands. Il y a aussi l’hypothèse du dépôt de bilan mais cela les priverait une grosse somme. Ce qui me rassure aujourd’hui, c’est que le dépôt de bilan ne s’accompagne plus d’une rétrogradation automatique. Après je pense qu’eux comme nous, on s’est fait rouler dans la farine par M. DaGrosa [président du fonds d’investissement GACP et copropriétaire du club jusqu’en octobre 2019].

Espérez-vous une vente rapide du club ?

Ce n’est pas moi qui décide. Une chose est sûre, je ne veux pas qu’on reste dans cette incertitude. Je souhaite un éclaircissement à ce sujet d’ici cet été !

Regrettez-vous l’opacité de King Street ?

Si clairement vous voulez savoir si je suis pour une solution à la marseillaise avec un dirigeant de King Street qui vienne s’expliquer, je vous réponds oui tout de suite ! Pour moi, un propriétaire de club doit se faire connaître, doit discuter directement avec les supporters, ça me paraît aujourd’hui être une bonne solution. Une très bonne solution même !

Où en est la vente du stade puisque vous aviez aussi la volonté de casser le PPP [partenariat public-privé] ?

Déjà, je tiens à rappeler qu’il s’agit d’une compétence de la métropole. Là aussi, je m’étais opposé à l’époque au transfert de celle-ci de la ville à la métropole. Le PPP est un contrat extrêmement complexe mais je vous promets qu’on y travaille, que des juristes bossent dessus actuellement. Je pense que les choses vont évoluer dans les prochains mois.

Pour vous, c’est aux Girondins de reprendre le stade ?

C’est ouvert. Mais j’ai toujours mis en avant le fait que les grands clubs européens sont propriétaires de leur stade. Je ne vois pas ce que de l’argent public vient faire là-dedans. Le grand stade est surtout aujourd’hui le grand mistigri. Il coûte trop cher à tout le monde. Il n’est pas du tout adapté. J’essaie de réparer les dégâts. Certains me reprochent de ne pas aller assez vite aujourd’hui mais c’est peut-être parce qu’eux sont allés trop vite à l’époque. Je rappelle que je m’étais aussi opposé à la construction de ce stade.

Les Ultramarines l’accusent de « démagogie » et de « récupération politique »

Le 29 juin 2020, Florian Brunet félicitait Pierre Hurmic pour son élection à la mairie de Bordeaux avec une petite photo du nouveau maire, prise pendant la campagne, tenant une affichette « Longuépée démission ». Huit mois plus tard, le porte-parole des Ultramarines a changé de ton : « Son discours et ses promesses n’étaient que de la démagogie et de la récupération politique. Tout est resté lettre morte. C’est terrible. On est extrêmement déçu. Il s’était engagé sur beaucoup de choses et notamment le logo, aujourd’hui rien n’a changé. » Autant dire que les Ultramarines participeront à la réunion de ce mercredi avec « un espoir très maigre » de voir les choses bouger.

Florian Brunet a prévu en tout cas de sensibiliser le maire sur la « cocotte-minute » que représentent les supporters aujourd’hui. Si pour le moment il n’y a jamais eu de débordements, le retour au stade pourrait être très chaud dans les mois à venir en cas de statu quo aux Girondins.