Girondins de Bordeaux : Pourquoi King Street se sépare-t-il de son associé GACP ?

FOOTBALL L'actionnaire majoritaire du club a officialisé le rachat des parts de son associé américain

Clément Carpentier

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Frédéric Longuépée devient PDG des Girondins de Bordeaux.
Frédéric Longuépée devient PDG des Girondins de Bordeaux. — NICOLAS TUCAT / AFP
  • King Street détient désormais 100 % des Girondins de Bordeaux un an après le rachat de celui-ci avec GACP.
  • Le fonds d’investissement américain a décidé d’écarter son associé pour des raisons financières et de management.
  • L’actionnaire va devoir maintenant régler au plus vite le conflit avec les supporters.

Ça s’appelle siffler la fin de la récréation. Avec dans le rôle de l’instituteur King Street (86.4 % du capital) et des élèves, les membres de GACP (13.6 % du capital). Un peu plus d’un an après le rachat des Girondins de Bordeaux, le premier des deux fonds d’investissement américains a décidé de racheter les parts du second : « un accord en vue de l’acquisition (de ses parts) a été signé » communique ce lundi le club.

Beaucoup diront ne pas être surpris par cette décision entre un actionnaire majoritaire qui finance et un minoritaire qui manage. Et mal en plus. En tout cas, d’un point de vue extra-sportif. La sanction ne pouvait qu’être l’exclusion. Peu importent les bons résultats de l’équipe de Paulo Sousa sur le terrain. Finances, organigramme, supporters… King Street a fini par dire « stop ».

  • Stop à la gabegie financière

Les dirigeants de King Street s’intéressent plus à la dernière ligne du bilan comptable qu’au classement des Girondins en Ligue 1 (7e). Et ils ont beau gérer un portefeuille d’actifs de plus de 20 milliards dollars, ils comptent leurs sous comme tout le monde : « Ils n’ont pas découvert le pot aux roses il y a quelques semaines. Ils étaient au courant de la situation depuis mars au moins mais ce qui est incroyable dans cette histoire, c’est leur naïveté pour s’engager dans un tel projet au départ », explique un témoin de la vente à 20 Minutes.

Le club cumule aujourd'hui un déficit entre 30 et 35 millions d’euros, selon nos informations, et King Street a été obligé de faire une première lettre de confort (c’est-à-dire se porter garant) lors de son passage devant la  DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion) en juin dernier. Tout ça en ayant pourtant eu une balance excédentaire de 28 millions d’euros lors du mercato estival.

Si cet argent a servi à effacer le déficit structurel du club et à payer l’augmentation de 11 millions d’euros de la masse salariale, cela fait au final un sacré trou dans la caisse. Il est également reproché à GACP son train de vie depuis un an : « On a vu passer des notes de frais… Et pourtant, on était au courant de la situation mais on se rassurait en se disant qu’ils étaient les propriétaires. C’est simple seul Joe DaGrosa avait son propre appartement sinon tous les autres allaient au Grand Hôtel de Bordeaux. Il y avait aussi les voyages à répétition alors je vous laisser imaginer les chiffres », explique un membre du club.

  • Stop à la guerre des egos

Cela ne pouvait plus durer. La rupture était totale entre Frédéric Longépée et Hugo Varela. Le président délégué du club choisi par King Street et le patron du sportif issu de GACP ne se parlaient plus à part lors de discussions en groupe. Une sorte de guerre froide entre les deux têtes pensantes du projet. La cohabitation n’était plus possible et tout cela remonte finalement aux choix initiaux des hommes et notamment du président délégué.

L'entente cordiale est terminé entre Joe DaGrosa, Hugo Varela et Frédéric Longuépée.
L'entente cordiale est terminé entre Joe DaGrosa, Hugo Varela et Frédéric Longuépée. - NICOLAS TUCAT / AFP

Pour que cela soit fluide, il aurait fallu que tout le monde soit du même bord. Or, Hugo Varela, le bras droit de Joe DaGrosa, voulait Vincent Tong-Cuong avant que GACP se rabatte sur Jean D'Arthuys et que finalement, King Street mette tout le monde d’accord en choisissant Frédéric Longuépée. Le terrain était donc glissant dès le départ. Il est devenu impraticable au fil des jours entre un intermédiaire portugais mettant en place un projet sportif coûteux mais réussi (Macia, Sousa, Adli, Koscielny ou Maja) et un dirigeant français intransigeant financièrement.

Hugo Varela a également vu au fil du temps sa relation avec Paulo Sousa se dégrader. L’entraîneur des Girondins lui reprochant sa proximité avec la presse ou sa présence gênante dans certains transferts. Hugo Varela n’était plus en odeur de sainteté au château du Haillan au point qu’Eduardo Macia, le directeur du recrutement ou encore Antoine Gobin (salarié GACP qui a élaboré le plan à cinq ans pour le club) jouaient au messager entre toutes les parties.

  • Stop au double jeu de GACP avec les supporters

On sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher. Alors comme un an plus tôt, Joe DaGrosa a tenté le coup. Sentant le vent tourner au fil du temps, le dirigeant américain a abattu sa dernière carte : celle des supporters et de l’opinion. Lui « le gentil, le bon gars » comme disent les observateurs face au « méchant » Frédéric Longuépée. Le président de GACP a tout d’abord laissé entendre que la responsabilité du frileux mercato des Girondins incombait à King Street avant de laisser s’enfoncer son président délégué dans le conflit avec les Ultramarines tout en le soutenant publiquement du bout des lèvres. Un double jeu très dangereux.

Mais Joe DaGrosa a oublié deux choses : « Même s’ils ne le diront jamais, les membres de King Street et Longuépée ne sont pas dupes. Ils se sont vite rendu compte de la manipulation. Et puis si les supporters l’ont suivi au départ, ils ont rapidement vu que leur club allait droit dans le mur et que GACP n’était pas tout blanc dans cette affaire », rappelle un proche du dossier à 20 Minutes. D’ailleurs lors de la réception de Nîmes, l’un des leurs membres a été pris à partie et traité « d’escroc et de voleur » par des supporters sur les dents.

L’issue était donc courue d’avance. Il ne devait en rester qu’un et, comme souvent, le plus gros a fini par manger le plus petit. Les Girondins n’échappent pas à la règle. Reste à savoir ce que va faire King Street. Dans le communiqué publié ce lundi soir, le fonds d’investissement américain précise deux choses importantes :

  • « King Street et la direction du club souhaitent à cette occasion, rassurer l’ensemble des parties prenantes sur son engagement dans la durée au sein du club »
  • « King Street Capital Management réaffirme également son soutien et sa totale confiance à Frédéric Longuépée, qui occupera dorénavant la fonction de Président Directeur Général. »