OL : « Très talentueux » mais « faible mentalement », pourquoi l’ex-espoir Farès Bahlouli est-il en D3 ukrainienne ?

FOOTBALL Considéré au centre de formation de l’OL comme aussi prometteur qu’Anthony Martial, Farès Bahlouli vient de s’engager, à 25 ans, au FC Metal Kharkiv, après un (énième) rebond manqué à Lyon Duchère (National) l’an passé

Jérémy Laugier

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De débuts en Ligue 1 en 2013 avec son club formateur à une étonnante aventure au FC Metal Kharkiv (D3 ukrainienne).
De débuts en Ligue 1 en 2013 avec son club formateur à une étonnante aventure au FC Metal Kharkiv (D3 ukrainienne). — PASCAL PAVANI/AFP & Instagram FC Metal Kharkiv
  • Perçu comme « très talentueux » lorsqu’il a signé son premier contrat professionnel à l’OL à 18 ans, Farès Bahlouli n’est jamais parvenu à s’imposer dans son club formateur.
  • Après deux autres expériences manquées en Ligue 1 à l’AS Monaco et au Losc, mais aussi quelques mois sans même jouer à Lyon Duchère (National) l’an passé, le milieu offensif de 25 ans s’est engagé le 10 mars avec le FC Metal Kharkiv, un club de D3 ukrainienne.
  • Son « surpoids » fréquent est une des principales raisons évoquées pour expliquer le surprenant parcours d’un « garçon charmant », en qui continuent de croire des centaines de fidèles « bahloulistes » du côté de Lyon.

Edit le 2 avril 2020 avec ajout en encadré de l'article d’un droit de réponse de Farès Bahlouli

Le Ballon d’or 2004 Andreï Shevchenko, qui a joué un mauvais coup aux Bleus mercredi avec sa sélection ukrainienne (1-1), ne se doutait sans doute pas que son vol entre Kiev et Paris contenait en soute un étonnant carton. A l’intérieur, une centaine de maillots du FC Metal Kharkiv, obscur club de D3 ukrainienne, destinés à être remis à un supporter de l'OL vivant en Bretagne. Kamoulox ? L’explication est pourtant limpide : ceux-ci sont tous accompagnés du flocage cyrillique du nouveau numéro 9 du FC Metal, Farès Bahlouli. A savoir l’une des belles promesses de « la formidable académie » lyonnaise, qui, à seulement 25 ans (et 31 matchs de Ligue 1), tente de relancer de manière improbable sa carrière de footballeur professionnel.

Ils sont même 850 « bahloulistes » prêts à acheter le maillot ukrainien du jeune milieu offensif. Le twitto Jean Fion (30 ans), qui a déjà participé en décembre 2014 à la chanson Sans Farès (sur l’air de La Tendresse de Bourvil), est à l’origine de cette commande de maillots en direct avec le FC Metal Kharkiv. Capable, comme de nombreux nostalgiques du Farès Bahlouli période Plaine des jeux de Gerland, de se repasser sept ans après la compilation d’un  Vesoul-OL (CFA, ex-National 2), il symbolise la hype qui n’a jamais cessé d’entourer l’ancien international espoir tricolore (2 sélections).

« Sur cette génération 1995, il y avait vraiment Anthony Martial et lui »

Formateur emblématique de l’OL, Armand Garrido a entraîné Farès Bahlouli en U17 nationaux. « C’est un garçon sur qui on plaçait beaucoup d’espoirs, un joueur très talentueux, qui sentait le jeu, qui avait le pied qu’il fallait, explique-t-il. Sur cette génération 1995, il y avait vraiment Anthony Martial et lui qui avaient ce qu’il fallait pour viser le haut niveau. Farès était capable de faire basculer les matchs, comme à Annecy où il nous avait permis de gagner à la fin avec une reprise de volée du droit en pleine lucarne. C’était vraiment un geste technique d’un autre monde. »

Farès Bahlouli n'a été titulaire qu'une seule fois en Ligue 1 avec l'OL, le 24 août 2013 face à Reims (0-1).
Farès Bahlouli n'a été titulaire qu'une seule fois en Ligue 1 avec l'OL, le 24 août 2013 face à Reims (0-1). - Pascal Fayolle-SIPA

Des louanges partagées au club, où il se retrouve souvent surclassé en jeunes, avant de signer professionnel et d’être lancé dans le grand bain de la Ligue 1 par Rémi Garde à tout juste 18 ans, en mai 2013 contre le PSG (0-1). « Si les U19 avaient besoin d’un renfort, on disait au coach "Prends Farès il en est capable", pareil avec la réserve, puis le groupe professionnel », se souvient Armand Garrido. Mais celui-ci a déjà conscience d’un frein possible à cette belle ascension annoncée.

18 % de masse graisseuse à l’AS Monaco durant l’été 2016

« Il fallait être derrière lui et le bousculer, mais comme c’est le cas pour beaucoup de jeunes talentueux à 15-16 ans, confie-t-il. Il fallait aussi être attentif à sa consommation de Coca, kebabs et McDo. Ça n’était pas propre à Farès Bahlouli non plus, mais on voyait qu’il n’avait pas le droit à l’écart, contrairement à d’autres. » Comprendre que le garçon a tendance à vite prendre du poids. Si bien qu’après 14 apparitions (326 minutes au total) en pros à l’OL, il se rend en cure à Merano (Italie) pour y perdre 8 kg, à seulement 19 ans.

En manque de temps de jeu dans son club formateur, il opte pour un transfert (3,5 millions d’euros) à l’AS Monaco durant l’été 2015. Sa carrière ne décolle pas davantage en Principauté, avec 11 matchs disputés (2 buts) en 2015-2016, et trois véritables souvenirs laissés avant un prêt (sans jouer) au Standard de Liège la saison suivante : un sublime lob du milieu de terrain… avec l’équipe réserve, son accolade pour célébrer le premier but professionnel d’un certain Kylian Mbappé (le 20 février 2016 contre Troyes), puis surtout le résultat de tests physiques réalisés durant l’été 2016 à l’ASM et relayés en masse sur les réseaux sociaux. Farès Bahlouli se distinguait alors avec ses 18 % de masse graisseuse, contre 4,8 % pour Valère Germain ou 8,2 % pour Fabinho et Thomas Lemar par exemple.

Avec l'AS Monaco, Farès Bahlouli a au total inscrit 2 buts en 11 apparitions en 2015-2016, comme ici en 32e de finale de Coupe de France face à Saint-Jean Beaulieu (10-2). VALERY HACHE
Avec l'AS Monaco, Farès Bahlouli a au total inscrit 2 buts en 11 apparitions en 2015-2016, comme ici en 32e de finale de Coupe de France face à Saint-Jean Beaulieu (10-2). VALERY HACHE - AFP

« Il a réussi l’exploit de reprendre du poids chez nous »

C’est avec le Losc, qu’il rejoint en janvier 2017, que le natif de Lyon joue « le plus » (19 apparitions et 1 but en deux ans). Son dernier match professionnel remonte d’ailleurs au 1er avril 2018, lors d’un Losc-Amiens (0-1). En janvier 2020, soit près d’un an après sa dernière rencontre officielle (11 minutes contre Sedan avec la réserve du LOSC en N2), le club de Lyon Duchère (National) pense flairer le joli coup et le signe pour six mois. « On a découvert un garçon charmant, sympa, d’une grande humilité avec tout le groupe, et tout nous semblait réuni pour le relancer », indique le président du club lyonnais Mohamed Tria. Pourquoi n’a-t-il donc pas joué la moindre minute avec « La Duch' », avant l’arrêt du championnat en mars en raison du Covid-19 ? Mohamed Tria, qui n’a pas envisagé un instant prolonger son contrat, est on ne peut plus clair sur ce point.

Nous avions un engagement moral à son arrivée pour qu’il perde au plus vite 10 kg. Il a réussi l’exploit de reprendre du poids chez nous alors qu’on avait fait venir un coach spécifique pour lui, Bob Tahri. Au bout d’un mois et demi, Bob a abandonné en me disant qu’il n’arriverait à rien avec lui. Farès a donc toujours été en surpoids ici, et dès qu’il fallait courir un peu à l’entraînement, ça devenait un problème. Il n’avait même pas assez de mobilité pour disputer un match avec notre réserve en N3 (5e division). Je l’ai trouvé faible mentalement. J’ai le sentiment que ce garçon est trop vite tombé dans le luxe. »

« S’il en est là, c’est qu’il a des manques »

Armand Garrido, qui s’est à plusieurs reprises perdu entre l’emploi de l’imparfait et du présent, pour évoquer avec nous les qualités de son ancien protégé, s’interroge : « Son parcours est chaotique. Le talent est là, alors pourquoi ça ne passe pas ? Il lui a peut-être manqué de véritables remises en question. J’entends souvent qu’Hatem Ben Arfa aurait pu faire une plus belle carrière. Mais celle de Farès Bahlouli est jusque-là nettement moins belle que la sienne. Son talent mérite beaucoup mieux que ça. Mais il a la carrière qu’il se crée, et s’il en est là, c’est qu’il a des manques. »

Farès Bahlouli, ici lors d'un entraînement avec son nouveau club du FC Metal Karkhiv.
Farès Bahlouli, ici lors d'un entraînement avec son nouveau club du FC Metal Karkhiv. - Instagram FC Metal Kharkiv

Sa carrière pro est-elle d’ailleurs déjà pour de bon derrière lui, même à 25 ans ? « Si je viens ici, en Ukraine en D3, pour reprendre du plaisir, revenir en forme et tout, c’est que j’y crois encore, assurait l’intéressé dans L'Equipe mercredi. Sinon, j’aurais arrêté depuis longtemps. » « J’espère que les Ukrainiens ont d’autres recettes que les nôtres, sourit Mohamed Tria. Ce choix montre en tout cas encore son humilité. » Car tout cinglant soit-il concernant son « surpoids », le président du club duchérois souhaite comme tout le monde que Farès Bahlouli retrouve le haut niveau. En attendant, le FC Metal Kharkiv envisagera peut-être bientôt la création d’une boutique en ligne pour fournir les centaines de fidèles « bahloulistes » lyonnais.

Droit de réponse

À la suite de la parution de cet article, Farès Balouli tient à préciser ceci : « M. Mohamed Tria, président du Sporting club de Lyon (ex-Lyon-Duchère), se permet de parler de moi en usant d’allégations mensongères et diffamantes. Je tiens à souligner que lorsque j’ai signé à l’AS Lyon-Duchère le 31 janvier 2020, j’ai moi-même décidé, avec mes conseillers, de solliciter Bob Tahri pour une réathlétisation et ce n’est en aucun cas le club qui a été à l’origine de cette initiative. Il est extravagant de lire des propos sur ma vie privée et sur ma santé alors que j’ai le droit au respect pour la première, et au secret pour la seconde. Compte tenu des résultats (que je regrette) du club que M. Tria préside, je pense qu’il a plus à faire que de commenter ma carrière et surtout ma vie privée de la sorte. Je me laisse bien évidemment le temps de la réflexion pour donner ou pas une suite judiciaire à ces propos ».