PSG-OL : Pourquoi cette « superbe affiche » de Ligue des champions s’annonce-t-elle plus électrique que jamais ?

FOOTBALL FEMININ Onze jours après le report de leur match décisif en D1, en raison de trois cas de Covid-19 au PSG, Parisiennes et Lyonnaises se retrouvent ce mercredi (18 heures) pour un quart de finale européen aller haletant

Jérémy Laugier

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La latérale lyonnaise Ellie Carpenter, ici au duel avec la milieu offensive parisienne Sandy Baltimore, lors du précédent affrontement au Parc des Princes en novembre dernier.
La latérale lyonnaise Ellie Carpenter, ici au duel avec la milieu offensive parisienne Sandy Baltimore, lors du précédent affrontement au Parc des Princes en novembre dernier. — J.E.E. / SIPA
  • Incontournables dans le football féminin, le PSG et l’OL s’affrontent une nouvelle fois en Ligue des champions, ce mercredi (18 heures), lors d’un quart de finale aller au Parc des Princes qui s’annonce tendu.
  • Le 12 mars, l’OL a mal vécu le report de dernière minute de ce même choc, cette fois en D1, obtenu par les Parisiennes après trois cas de Covid-19 et une intervention de l’ARS.
  • Systématiquement dans l’ombre de l’OL depuis près de 15 ans, en France comme en Europe, les Parisiennes, actuellement leaders en D1, sont déterminées à enfin stopper cette hégémonie.

« J’aurais été tout autant agacé que le président Aulas. » Le coach parisien Olivier Echouafni a opté pour l’apaisement, lors de sa conférence de presse, à la veille d’un bouillant PSG-OL, ce mercredi (18 heures) en quart de finale de Ligue des champions féminine. Il y a 12 jours, le club parisien avait contacté l’Agence régionale de santé (ARS), en raison de trois cas de Covid-19 dans son effectif, pour obtenir in extremis le report de la véritable finale de D1, le 13 mars à Décines. S’en est suivi un communiqué du directeur général du football de l’OL Vincent Ponsot regrettant « le manque de transparence » parisien. « J’espère juste que le PSG n’a pas utilisé l’ARS pour "choisir" son calendrier », lançait-il après l’officialisation du report par la FFF.

Un épisode de plus dans « la longue histoire de cette superbe affiche », comme l’a qualifié mardi l’entraîneur lyonnais Jean-Luc Vasseur. Car s’il a quasiment tout le temps tourné du côté lyonnais (14 titres de champion consécutifs et 7 Ligues des champions depuis 2007, contre deux Coupes de France sur la même période pour le PSG), l’antagonisme entre les deux clubs anime chaque saison le football féminin français. « Il y a toujours eu une forte rivalité, ce qui est tout à fait légitime, confie Gérard Prêcheur, coach de l’OL de 2014 à 2017. Mais très sincèrement, tout s’est toujours passé dans un bon esprit. On ne se faisait pas de cadeau mais il n’y avait pas de déclaration provocatrice avant les matchs. »

« Sur le terrain, ce sont des guerrières »

L’omniprésence de cadres des deux clubs en équipe de France permet selon lui ce constat : « Les joueuses des deux camps se connaissent tellement bien et elles s’apprécient. Mais il n’y a plus de copines sur le terrain, ce sont des guerrières. » Certains épisodes ont tout de même exacerbé la rivalité comme cette vidéo de liesse dans le vestiaire parisien partagée par une joueuse sur les réseaux sociaux après une victoire en D1 en décembre 2016 (1-0). Remontées, les partenaires de Wendie Renard ont cette saison-là collé un 3-0 au retour aux Parisiennes, avant de les battre aux tirs au but au bout de finales de Ligue des champions (0-0 ; 7-6) et de Coupe de France (1-1 ; 7-6) tendues à souhait.

« C’est pourquoi je demandais à mes joueuses de ne pas rentrer là-dedans, de ne surtout pas mettre de vidéo provocatrice sur Internet », glisse Gérard Prêcheur. La venue à l’OL de quatre Parisiennes durant l’été 2016 (Kenza Dali, Kheira Hamraoui, Jessica Houara et Caroline Seger) a aussi contribué à pimenter encore davantage ces chocs, tout comme le refus de la FFF, en mars 2020, de reporter un Paris-Lyon comme le demandait l’OL, privé de trois internationales pour ce rendez-vous.

Quelques semaines après avoir été éliminées en demi-finale de Ligue des champions par l'OL d'Ada Hegerberg, en mai 2016, la latérale parisienne Jessica Houara et trois de ses partenaires s'étaient engagées avec le rival lyonnais.
Quelques semaines après avoir été éliminées en demi-finale de Ligue des champions par l'OL d'Ada Hegerberg, en mai 2016, la latérale parisienne Jessica Houara et trois de ses partenaires s'étaient engagées avec le rival lyonnais. - FRANCK FIFE / AFP

Un OL vraiment « moins imbattable » ?

Tel un Michael Jordan se sublimant en voyant de la provoc d’adversaires directs là où il n’y en a pas vraiment, les Lyonnaises ont l’art de transformer certaines déclarations de joueuses parisiennes en extra-motivation, comme avant la finale de la D1 en avril 2019. La milieu du PSG Grace Geyoro avait ainsi eu le malheur de déclarer dans Le Monde : « La victoire (1-0) en finale de la dernière Coupe de France a forcément été une libération après plusieurs années sans titre. On se sent de plus en plus puissantes face aux Lyonnaises, on a l’impression de leur tenir tête, on ne part plus avec cette peur. »

Aminata Diallo en avait rajouté une couche sur France Bleu Paris (« Plus les années passent et moins je vois les Lyonnaises imbattables ») et on a eu droit ce soir-là à un Lyon déchaîné. Un saignant 5-0 a donc bouclé un énième titre lyonnais cette saison-là, et la gardienne de l’OL Sarah Bouhaddi résumait ainsi le sentiment de son groupe :

Il n’y a pas eu photo ce soir, comme toute l’année. Elles ne nous voyaient plus imbattables comme il y a quelques années. Ça nous a fait tilt, ça nous a vexées. Nous, on n’a pas parlé dans la presse, on préfère travailler en silence. »

« Un minimum de respect pour tout ce qu’on a fait »

Bim, il suffit de pas grand-chose pour piquer l’ego de championnes, n’est-ce pas Wendie Renard ? « Il fallait avoir un minimum de respect pour tout ce qu’on a fait, déclarait après ce succès la capitaine lyonnaise. On n’a pas volé nos titres et on n’a rien voulu leur laisser ce soir. » Deux ans plus tard, le PSG a beau se rapprocher, à l’image de son enthousiasmant succès (1-0) au Parc des Princes en novembre, synonyme de première place en D1, l’OL ne compte toujours laisser que des miettes à son rival historique.

Le 20 novembre dernier, Sara Däbritz et Kadidiatou Diani ont savouré leur succès (1-0) en D1 contre l'OL d'Amandine Henry.
Le 20 novembre dernier, Sara Däbritz et Kadidiatou Diani ont savouré leur succès (1-0) en D1 contre l'OL d'Amandine Henry. - STEPHANE ALLAMAN/SIPA

« On a fait le bilan après cette défaite, nous sommes passés à côté de notre sujet à ce moment-là, assume Sarah Bouhaddi. On est passé à autre chose, on a travaillé et on va le démontrer mercredi. » Le PSG n’a pas pu disputer son 8e de finale de Ligue des champions retour à Prague (défaite 3-0 sur tapis vert mais qualification après le 5-0 de l’aller), en raison de l’isolement durant sept jours de tout le groupe. Dans ce contexte délicat, les deux équipes n’ont plus joué de rencontre officielle depuis deux semaines.

« On s’attaque à un monstre, à un ogre »

« Ce qui primait avant tout, c’était vraiment la santé des joueuses et du staff, insiste Olivier Echouafni. Nous avons été critiqués mais il faut se rendre compte de la situation dans laquelle on est. Il y avait sincèrement une grande frustration de la part du groupe de ne pas pouvoir glaner notre qualification sur le terrain à Prague. » La prometteuse milieu offensive Sandy Baltimore (21 ans), remise du Covid-19, vient renforcer une équipe parisienne qui ambitionne d’enfin prendre le pouvoir, en D1 comme sur la scène européenne. De manière aussi assumée qu’il y a deux ans ?

« Ça, ça revient à parler un peu trop, nuance la capitaine du PSG Irene Paredes. Nous restons concentrées sur ce match de Ligue des champions aller qui est très important. » Paris a retenu la leçon de 2019 et se garde donc bien de piquer à nouveau l’orgueil des quintuples championnes d’Europe en titre. « On s’attaque à un monstre, à un ogre », a même habilement glissé Olivier Echouafni. « Imaginez-vous que dans huit jours, l’un de ces deux grands clubs sera éliminé de la Ligue des champions, il n’y a pas de plus forte motivation possible que ça », conclut Gérard Prêcheur.