Niveau, budget, stade... Lyon Duchère peut-elle vraiment viser une montée en Ligue 2?

FOOTBALL « Mes joueurs sont à huit matchs de devenir professionnels », résume l’entraîneur lyonnais Karim Mokeddem. « 20 Minutes » décrypte les forces et faiblesses du rêve duchérois…

Jérémy Laugier

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Le gardien de but Jean N'Djalkonog et l'attaquant Farez Brahmia, ici après un succès (2-0) contre Créteil-Lusitanos le 17 mars.
Le gardien de but Jean N'Djalkonog et l'attaquant Farez Brahmia, ici après un succès (2-0) contre Créteil-Lusitanos le 17 mars. — Lyon Duchère AS

Après avoir validé l’accession en National en fin de saison passée, Karim Mokeddem annonçait « ne pas être certain que le niveau allait y être beaucoup plus élevé qu’en CFA ». L’entraîneur duchérois avait vu juste, si on en croit le brillant parcours de ce promu, 4e à huit journées de la fin, à seulement trois points du leader Dunkerque. Prête à amorcer son sprint final vers la Ligue 2 vendredi (20 heures) contre Sedan, La Duchère a-t-elle vraiment les moyens de rejoindre le niveau professionnel ?

Oui, La Duchère a le niveau pour un deuxième exploit consécutif

A la trêve hivernale, Karim Mokeddem a constaté que « seuls Boulogne (1-2) et Marseille Consolat (0-0) nous avaient vraiment bougés ». De quoi remonter progressivement le curseur des ambitions du promu. « L’objectif était d’assurer le maintien fin mars pour jouer librement en avril et mai, confie le technicien. Là, mes joueurs sont à huit matchs de devenir professionnels, c’est aussi simple que ça. »

Un statut que seulement cinq joueurs de l’effectif ont déjà connu dans leur carrière, parfois très brièvement. La dynamique actuelle est excellente avec trois succès de rang et une seule défaite lors de la phase retour (0-2 contre Belfort).

Oui, La Duchère a un supplément d’âme

Le 28 mai 2015, Lyon Duchère avait sauvé sa peau en CFA lors de la toute dernière journée à Rodez (1-2) grâce à un but de Jérémy Romany à la 89e minute. Pas moins de 12 joueurs de l’effectif actuel ont vécu ce changement de trajectoire à la Leicester, ou de manière plus modeste comme Boulogne, monté en L1 en 2009 après s’être maintenu in extremis en L2 en 2008.

« On s’est construit dans le dur », confirme Karim Mokeddem, qui sait que son groupe a un petit supplément d’âme pouvant s’avérer précieux avant d’affronter quatre concurrents directs au podium, dont trois à domicile (le 3e de National disputera un barrage face au 18e de L2). « L’insouciance et même l’insolence sont toujours notre force cette saison », martèle-t-il.

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Oui, La Duchère aura un budget et un statut pour la Ligue 2

Au vu de la configuration extrêmement serrée du championnat (neuf équipes se tiennent en neuf points), la direction du club a commencé à se projeter en janvier sur une éventuelle configuration en Ligue 2. « Tout est prêt pour passer du statut associatif à celui de SASP comme l’exige le monde professionnel », indique ainsi le président Mohamed Tria, pas vraiment inquiet quant au passage devant la DNCG.

Avec 1,7 million d’euros cette saison, « La Duch’» fait pourtant partie des cinq plus petits budgets du National. « Mais les droits télé nous rapporteraient entre 4,5 et 5,5 millions d’euros », précise-t-il. De même, Karim Mokeddem souligne « l’importance de la préparation invisible » bien meilleure en 2017, avec des départs systématiquement la veille des matchs et en TGV. Le club a solidifié sa base depuis quelques années, avec 600 licenciés et des U19 ayant atteint ce mois-ci les 8es de finale de Coupe Gambardella.

Non, La Duchère n’a (pour l’instant) pas de stade de Ligue 2

Le plus gros point d’interrogation du club reste son stade. Si Balmont a une capacité de 5.600 places, la vétusté de ses vestiaires a déjà nécessité une dérogation en National. Autant dire qu’il ne passera pas à coup sûr le cap de la Ligue 2 dans son état actuel. Tout en espérant « une réhabilitation de Balmont pendant un an », Mohamed Tria explore donc de nombreuses pistes depuis trois mois (Gueugnon, Bourg et l’ancien Matmut Stadium de Vénissieux « déjà démonté » ne sont plus d’actualité), et en a retenu deux.

S’il préfère ne pas en dire davantage pour le moment, Gerland, désormais antre du LOU en Top 14, semble être une de ces deux hypothèses. Une alternance serait-elle envisageable entre deux sports différents ? Cela aurait un certain sens pour La Duchère, puisque l’équipe première s’entraîne depuis plusieurs saisons sur le terrain numéro 8 de la Plaine des jeux de Gerland, à deux pas du stade.

Non, La Duchère n’a pas (assez) de relations avec la Ville et l’OL

Pour obtenir un stade conforme en cas d’accession en L2, le club aura notamment besoin de l’appui de la Ville de Lyon. Le dialogue est actuellement au point mort. « Un stade, ça se finance et il faudrait savoir qui va payer, lâche Mohamed Tria. Nous ne voudrions pas être le plus petit budget de Ligue 2 en étant un club d’une grande métropole comme Lyon [la subvention était de 300.000 euros cette saison]. Pour l’instant, je n’ai pas encore voulu ouvrir les hostilités… »

Le président duchérois attend de voir comment ses joueurs négocient les deux prochaines journées de National avant de se lancer. Une chose semble certaine : il n’obtiendra pas de coup de main de son homologue Jean-Michel Aulas et de l’OL. « Nous sommes dans l’indifférence totale. C’est ce qui m’inquiète, j’ai toujours peur des actes souterrains, confie Mohamed Tria, ferme quant à l’avenir de son club. Il serait en tout cas hors de question de devoir renoncer à une montée en L2. »

Non, La Duchère ne s’est pas encore trouvé un public

On ne peut pas dire que l’accession au National ait créé une ferveur populaire au stade Balmont. Celui-ci sonne la plupart du temps désespérément creux, en peinant à rassembler 500 spectateurs. La mutation réussie de la Duchère n’a pas encore levé une image tenace de quartier difficile. « Plus de ferveur chez nous ne ferait pas de mal », reconnaît Karim Mokeddem, notamment impressionné par l’ambiance mise par les supporters de Concarneau.

« On a joué une demi-heure là-bas à 11 contre 10 (0-0 en janvier) mais j’avais l’impression qu’ils étaient 12 ou 15. Avec ce public, nous serions montés dès le mois de mars ! », sourit l’entraîneur lyonnais. S’il faut attendre le 19 mai à Epinal pour goûter à la L2, ce ne serait pas si mal quand même, non ?