Reprise du RC Strasbourg : « Les garçons ont le même poids qu’avant mais avec un peu de gras autour du muscle », explique Thierry Laurey

FOOTBALL Pourquoi le Racing a été le premier club de  Ligue 1 à retrouver les terrains ? L'entraîneur Thierry Laurey se justifie et parle transferts

Thibaut Gagnepain

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Finies les parties de "jeu du loup" entre Thierry Laurey et Dimitri Liénard, comme ici en septembre 2019 !
Finies les parties de "jeu du loup" entre Thierry Laurey et Dimitri Liénard, comme ici en septembre 2019 ! — Photo PATRICK HERTZOG / AFP/Paint
  • Mardi, ils ont été les premiers à retrouver les terrains. Avec ceux du Stade Rennais, les joueurs du RC Strasbourg sont les seuls à avoir repris l’entraînement. Comment cela se passe-t-il ? Leur entraîneur, Thierry Laurey, détaille l’organisation.
  • Ce choix de reprendre avant les autres, le technicien l’apprécie. Les autres clubs de l’élite ont-ils tort de retarder leur retour ? « On estime que c’est mieux de reprendre trois semaines avant de couper un peu, plutôt que de s’arrêter trois voire trois mois et demi avant de repartir pour une préparation de dix semaines », répond Thierry Laurey, sans donner de leçon.
  • L’entraîneur alsacien balaye également toute l’actualité de son club. Comme le départ de deux de ses adjoints, de trois joueurs en fin de contrat, les éventuelles arrivées cet été…

Pas de contact, pas de tir, des petits groupes sur des terrains séparés… Mardi, les joueurs du RC Strasbourg ont été les premiers en Ligue 1 à retrouver le terrain. Dans des conditions très particulières. Leur entraîneur, Thierry Laurey, s’explique sur cette reprise et se projette sur la saison prochaine.

Comment allez-vous après deux mois sans terrain ?

Très bien, pas de problème ! Le temps a été un peu long par moments mais ça va. J’ai profité de cette période pour regarder pas mal de matchs, pas forcément les nôtres, et de nombreux joueurs. Sinon, nous étions restés à Strasbourg et on avait la chance d’avoir un jardin et une piscine. Les conditions étaient agréables et j’en ai aussi profité pour aller courir de temps en temps avec mon épouse.

Depuis mardi, vous avez retrouvé votre équipe pour une « reprise individualisée ». Pourquoi avoir fait le choix du retour à l’entraînement ?

Pour différentes raisons. La première, c’est que les joueurs nous l’ont demandé. Pendant le confinement, on faisait des entraînements en visioconférence. C’était plutôt bien mais pour ceux qui sont en appartement, ça va cinq minutes. On a donc trouvé des solutions pour que ce retour sur les terrains puisse avoir lieu.

Comment cela se passe-t-il concrètement ?

Déjà, on a testé les joueurs et tous étaient négatifs. Leur température est reprise à chaque fois. Ils sont par petits groupes de six. Les garçons arrivent à des horaires décalés et ont des parkings et des terrains différents. Une fois sortis de leur voiture, ils sont en tenue et vont directement sur le terrain avec leur bouteille d’eau personnelle. Puis ils repartent comme ça et lavent leurs affaires à la maison, à l’ancienne !

Et l’entraînement en lui-même, à quoi ressemble-t-il ?

Il n’y a pas de séance collective, donc pas de contact, de jeu, d’opposition. Pas de frappe au but et de jeu de tête non plus, et on ne touche pas le ballon à la main. Il y a aussi des distances à respecter, de 8 à 12 mètres entre chaque joueur. Mais ils touchent le ballon, travaillent, changent d’appui… On essaie de faire des exercices très ludiques, sur lesquels les garçons vont retrouver des gestes de footballeurs. Même quand on y va tranquillement, ils ont mal aux jambes à la fin ! On a voulu mettre ça en place d’abord pour savoir où ils en étaient sur l’aspect athlétique.

Justement, où en sont-ils ?

Physiquement, le groupe est loin d’être en forme. On pensait qu’il y aurait un petit delta de l’ordre de 15-20 % au niveau musculaire mais c’est un peu plus élevé. On reprend progressivement. En gros, si je dois caricaturer : vous prenez 25 joueurs qui sont blessés pendant deux mois et vous devez les remettre tous en forme. C’est assez complexe.

Certains ne sont pas revenus avec quelques kilos en trop ?

Du tout ! Ils n’ont pas pris de poids mais leur masse musculaire a diminué. Les garçons ont été sérieux mais quand on ne s’entraîne pas régulièrement, le corps se ramollit un peu. Pour imager, ils ont le même poids qu’avant mais avec un peu de gras autour du muscle.

Seul le Racing et le Stade Rennais ont fait jusque-là le choix de reprendre. Vous pensez que les autres clubs de Ligue 1 ont tort ?

On estime que c’est mieux de reprendre trois semaines avant de couper un peu, plutôt que de s’arrêter trois voire trois mois et demi avant de repartir pour une préparation de dix semaines. Surtout que quand on va revenir fin juin, on ne sait pas encore où on en sera dans les conditions sanitaires. On a choisi cette option mais on ne prétend pas détenir la vérité. On a eu cette réflexion car Marc (Keller, le président du club), en tant qu’ancien footballeur, partage la vision du staff et des joueurs. Je pense que ça va faire beaucoup de bien à tout le monde. On est tous contents de se retrouver.

L’actualité du Racing a aussi été marquée cette semaine par le départ de deux de vos adjoints, David Ducourtioux et Jean-Yves Hours. Pourquoi tant de mouvements ?

Pour David, c’est un choix familial. Ses enfants sont en Corse et il souhaitait y repartir. Sinon, on a estimé, et moi le premier, qu’il était bien d’avoir un discours différent pour éviter de tomber dans une routine.

Les noms de deux anciens de la maison, Jean-Marc Kuentz et Stéphane Cassard, sont évoqués pour les remplacer. Confirmez-vous ?

Je connais les deux et je confirme qu’ils font partie de la liste réduite qu’on a établie. Mais il y a d’autres profils, j’ai reçu pas mal de demandes de la part d’entraîneurs. On va décider dans les heures ou les jours qui viennent.

Au niveau des joueurs, cela bouge aussi avec les départs de Benjamin Corgnet, Jérémy Grimm et Abdallah Ndour. Êtes-vous à l’origine de ces non-reconductions de contrats ?

On discute toujours à trois pour ces dossiers, avec le président (Marc Keller) et Loïc Désiré (le responsable du recrutement). Kader (Mangane, le coordinateur sportif) donne aussi son avis de temps en temps. Il s’avère que pour ces trois garçons, nous étions tous raccords. Je les remercie pour ce qu’ils nous ont apporté.

Attendez-vous des arrivées en retour ?

Oui, forcément. Pour l’instant, on a des pistes mais toutes les conditions ne sont pas réunies pour que les signatures s’effectuent rapidement. Il va par exemple falloir attendre la fin de certains championnats.

Avez-vous ciblé des postes précis ?

Au milieu, on devra chercher, et derrière aussi car on veut remodeler un peu l’effectif. Devant, on va voir comment on s’organise car on a déjà recruté Medhi Chahiri (Red Star) cet hiver. Pour être honnête, ça ne bougera pas trop et on ne va pas révolutionner l’équipe. Mais il est évident que s’il doit y avoir des mouvements de joueurs sous contrat, il faudra s’adapter.

Cela veut-il dire que vous craignez des départs non programmés ?

Non mais on sait que ça peut arriver. A tout moment, des clubs peuvent arriver et faire de grosses offres. Quand on regarde de près, heureusement que Monaco est venu pour Fofana en janvier. Sans ça (15 millions d’euros), on aurait peut-être aujourd’hui des difficultés financières. Le but du jeu n’est pas non plus de brader tout le monde mais de gérer l’effectif tranquillement pour garder une certaine unité.

Vous ne seriez donc pas contre garder une année de plus le prometteur défenseur Mohamed Simakan…

Lui et d’autres ! Aujourd’hui, on a une équipe cohérente donc je ne veux pas laisser partir qui que ce soit. Mais si quelqu’un doit nous quitter, on s’adaptera.

Un élément emblématique arrivera en fin de contrat la saison prochaine, Dimitri Liénard. Êtes-vous favorable à une prolongation ?

Pour l’instant, ce n’est pas dans les plans mais je ne fais aucun souci par rapport à lui. On a noué une relation forte et ça ne m’inquiète pas du tout, comme pour d’autres joueurs.

Dernière question, le Racing a finalement terminé à la 10e place de Ligue 1 après l’arrêt du championnat. Est-il à sa place ?

Il faut croire… Mais si on avait joué la 28e journée au lieu de voir notre match être reporté, le classement n’aurait peut-être pas été le même. Il suffisait, c’est facile à dire, de battre le PSG 1-0 et on se retrouvait sixième. C’est embêtant mais cette dixième place nous satisfait, surtout qu’on était dernier à la 10e journée. Notre prochain objectif ? C’est prématuré de spéculer sur ce que sera la saison prochaine.