Bundesliga : « C’est pas du foot, c’est un artifice »... Vous êtes nombreux à refuser de suivre la reprise du foot allemand

VOUS TEMOIGNEZ Nos lecteurs ne seront pas nombreux à suivre la reprise de la Bundesliga ce week-end

William Pereira
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Le Bayern et le Borussia Dortmund reprennent le chemin des terrains ce week-end
Le Bayern et le Borussia Dortmund reprennent le chemin des terrains ce week-end — Matthias Schrader/AP/SIPA

« Je pense que ça serait intéressant de se tourner un peu plus vers le championnat allemand. » Lorsqu’au printemps 2019, il nous vantait les bienfaits de la Bundesliga, bras croisés dans la salle de presse des installations du Stade de Reims, David Guion ne se doutait pas qu’un an plus tard les aficionados français se tourneraient vers le « fussball » sous le coup d’une pandémie dévastatrice.

Nul doute qu’il aurait préféré que cela se fasse en d’autres circonstances, mais nous y voilà donc. La BuLi sera samedi le premier championnat européen majeur à rouvrir ses portes avec, excusez du peu, un savoureux derby de la Ruhr (Dortmund-Schalke 04).

Le huis clos rebute

Excitante à première vue, cette reprise l’est tout de suite un peu moins si on prend en considération le huis clos imposé par le contexte sanitaire. L’absence de 12e homme est un frein à l’expérience football en tant que joueur mais aussi comme téléspectateur, si bien que la plupart des lecteurs de 20 Minutes ayant répondu à notre appel à contributions ne se voient pas vibrer devant la reprise du foot ce week-end. « Même si j’aime beaucoup le foot, témoigne Mathieu, l’intérêt de ce sport réside énormément dans le son émanant des tribunes, du public, les plans de coupes de supporters filmés par les caméras. Or, le huis clos dégrade énormément le spectacle et enlève à mon sens une grande part de l’intérêt de ce sport. Je pense donc qu’il ne doit pas devenir la norme au risque de finir par détourner les téléspectateurs du spectacle que doit constituer un match de football. »

Cette réticence n’est pas prémonitoire et découle au contraire d’un vécu. Elle prend ses racines au Parc des Princes, où le PSG s’était qualifié début mars pour les quarts de finale de Ligue des champions dans un stade sourd-muet contre le Borussia Dortmund. « Le match du PSG contre Dortmund m’a apporté la plus grande émotion à la fin du match, quand il y a eu la communion avec les fans dehors, et pourtant je suis fan du PSG depuis des années et j’attendais un retour en 1/4 de finale », écrit ainsi Antoine. Mathieu abonde. « Souvenez-vous du match retour PSG – Dortmund : qu’a-t-on retenu de ce match en termes de football ? Rien. La seule chose qui est restée en mémoire était la célébration des joueurs parisiens avec leurs supporters à la fin du match ! »

La crainte d’un sous-spectacle pour la reprise outre-Rhin est d’autant plus fondée que l’image festive de la Bundesliga tient autant dans son football offensif que dans un taux de remplissage des stades avoisinant les 90 % à l’année (89,3 % en 2019, dont 100 % pour le Bayern et 98,99 pour le BVB). N’oubliez donc pas de vous mouiller la nuque avant d’allumer la télé samedi.

Des gladiateurs envoyés dans l’arène pour le plaisir du peuple

Au-delà de la morosité ambiante, nos lecteurs sont aussi très nombreux à mettre en exergue des arguments d’ordre moral. « En ces temps de pandémie les priorités devraient être ailleurs », argue Thierry, qui en profite pour féliciter le foot français d’avoir « su s’arrêter à temps ». Itou pour Gilles, laconique : « la Bundesliga, comme tout événement sportif, est hors-sujet dans ce contexte pandémique ». Plus disert, Antoine dénonce le sacrifice irresponsable des athlètes sur l’autel du bonheur collectif.

« J’ai l’impression qu’on met la santé, les soignants, les malades et tous les gens qui vivent une crise de côté juste pour jouer au foot. Ça me dégoûte. C’est pas le moment de jouer au foot. J’ai aussi l’impression qu’on manque de respect aux joueurs, aux staffs et à tous les gens qui bossent dans le milieu en les mettant dans l’arène. C’est des gladiateurs, on les ‘’sacrifie ‘’ pour le bonheur du peuple. Pour moi, c’est pas du foot, c’est un artifice. Alors ce week-end, ça sera sans BuLi pour moi. On regardera du foot quand ça sera du foot, pas du pseudo-spectacle. »

Entre le scepticisme des premiers et l’éthique des seconds, on retrouve Hatim, content de retrouver « un championnat passionnant tourné vers l’attaque » et surtout Alexis, dont le plaidoyer transpire l’amour du foot allemand et prédit un week-end à placer sous le signe du plaisir coupable. « La Bundesliga est un championnat dont j’aime regarder les affiches, autant pour le jeu spectaculaire que pour les ambiances généralement sympathiques. En outre, les horaires des matchs en après-midi sont parfaits pour récupérer de la cuite de la veille ou digérer le poulet de chez mamie. Voire pour accompagner l’apéro du samedi soir pour l’affiche qui démarre à 18h30. Manger des mini-saucisses en regardant Monchengladbach-Francfort est un cocktail exquis. Néanmoins, je suis un peu gêné par cette reprise qui paraît précipitée vis-à-vis de la situation sanitaire. Surtout lorsqu’on voit que certaines équipes ont des cas positifs. Mais je risque d’occulter mes scrupules dès les premières secondes où Jean-Charles Sabatier prononcera un nom allemand avec un accent parfait. »

Pas de doute, la nature reprend ses droits chez les junkies de la Bundesliga. Pas dit en revanche que le caractère unique de ce week-end de football suffise à faire pencher la tête du plus grand nombre vers les stades allemands.