RC Strasbourg : « Le but, c'est de prévenir les blessures », un doctorant fait sa thèse au centre de formation du club alsacien

FOOTBALL L'étude va durer trois ans et pourrait bénéficier à l'équipe professionnelle

Thibaut Gagnepain

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Thomas Hurreau, Anasthase Massamba, et François Keller (de gauche à droite) entourent Caroline Dreyer, la présidente de SATT Conectus qui a participé a rapprocher l'Université de Strasbourg au Racing.
Thomas Hurreau, Anasthase Massamba, et François Keller (de gauche à droite) entourent Caroline Dreyer, la présidente de SATT Conectus qui a participé a rapprocher l'Université de Strasbourg au Racing. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Depuis le début de la saison, un doctorant, Anasthase Massamba, qui est aussi préparateur physique, a débuté sa thèse à la Racing Mutest Académie, le centre de formation du RC Strasbourg.
  • Le but ? Recueillir le maximum de données sur la fatigue et les blessures des joueurs. Cela passe par le GPS mais aussi des questionnaires.
  • A terme, cela pourrait conduire à encore mieux adapter les entraînements et prévenir les blessures. et pourquoi pas servir à l’équipe pro.

 

Depuis le début de la saison, les jeunes joueurs de la Racing Mutest Académie, le centre de formation du RC Strasbourg, ont pris une nouvelle habitude à chaque fin d’entraînement. Ils vont tous voir le préparateur physique attribué à leur équipe et lui communiquent une note, de 1 à 10.

« Ils doivent nous dire comment ils ont ressenti la séance en terme de fatigue. Plus la cote est élevée, plus ils l’ont trouvé dure », explique Anasthase Massamba. C’est lui, déjà titulaire d’un Master en Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) qui est à l’origine de l’étude. Elle s’inscrit dans le cadre de sa thèse, réalisée sous l’égide de Thomas Hurreau, maître de conférences à l’Université de Strasbourg.

« Le processus va s’étaler sur trois ans »

« Le but, à terme, c’est de prévenir les blessures des joueurs », résume le chercheur, sans vouloir précipiter les choses. Le processus va s’étaler sur trois ans. « Cette année, on va d’abord être dans le recueil de données, qu’elles soient subjectives comme celles-ci, ou objectives avec l’appui des GPS. » Les appareils, qui équipent déjà le groupe professionnel, ont ainsi été fournis à l’équipe réserve de Nationale 3 et aux U19 nationaux.

« Au total, sur un entraînement, on peut compiler jusqu’à une centaine d’indices », compte Anasthase Massamba en évoquant le nombre de kilomètres parcourus, la vitesse de pointe mais aussi la fréquence cardiaque etc. Sans oublier, donc, la fameuse note que glissent les joueurs au préparateur physique.

« Le week-end, ils doivent aussi remplir un quiz sur leurs sentiments de la semaine écoulée », ajoute le doctorant, qui s’appuie sur 65 questions. Exemple : « Étiez-vous détendu ? Triste ? Joyeux ? Anxieux ? ». Avec un choix possible parmi cinq à chaque fois : « pas du tout, un peu, modérément, beaucoup, extrêmement. »

Anasthase Massamba avec ses tableurs. Il recueille les notes de la centaine de jeunes de la Racing Mutest Académie.
Anasthase Massamba avec ses tableurs. Il recueille les notes de la centaine de jeunes de la Racing Mutest Académie. - T. Gagnepain / 20 Minutes

« Au début, c’est sûr que beaucoup de jeunes ont eu des doutes et hésitaient à répondre honnêtement, avoue Anasthase Massamba. Mais quand on leur a montré que c’était dans leur intérêt de ne pas mentir vu la complexité des calculs, ils ont compris. »

Un gain pour l’équipe pro ?

Pas la peine de craindre une mise sur le banc ! Même si un attaquant avoue la difficulté d’une séance, cela ne l’empêchera pas forcément de jouer le match suivant. « Ça nous donnera juste une alerte car s’il cote 9 là où il où cotait 7 pour le même entraînement deux semaines plus tôt, peut-être faut-il le décharger un peu », indique Thomas Hurreau, qui espère ainsi individualiser au mieux les préparations physiques.

« Ça, on ne pourra le faire que quand on aura croisé toutes nos données avec les blessures contractées par les joueurs. Là aussi, on note depuis le début de saison où et dans quelles conditions les joueurs se font mal, si c’est avec contact ou non etc., poursuit le spécialiste de la fatigue neuromusculaire. Avec tout ça, j’espère qu’on pourra définir des marqueurs précis et dire, attention, il faut éviter tel exercice pour lui ou réduire tel effort. »

Le Racing pourrait alors mieux prévenir les potentiels forfaits des joueurs. « Etre moins blessé leur permettrait de progresser de manière constante », anticipe le directeur du centre de formation, François Keller. Qui pense déjà aux éventuelles retombées pour l’équipe professionnelle. « On aura alors de l’avance sur les autres clubs de Ligue 1. »