Dix ans des Lyon 1950 : Pourquoi l’OL joue-t-il au « club modèle » en sanctionnant ses propres supporters ?

FOOTBALL Les 15 minutes d’interruption du match Lyon-Nice, samedi dernier, en raison de l’utilisation de fumigènes au virage sud, ont irrité la direction de l’OL. Celle-ci a porté plainte et sanctionné six de ses supporters

Jérémy Laugier

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De nombreux fumigènes ont été craqués dans le virage sud, samedi dernier, à l'occasion de l'anniversaire du groupe Lyon 1950.
De nombreux fumigènes ont été craqués dans le virage sud, samedi dernier, à l'occasion de l'anniversaire du groupe Lyon 1950. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • La dernière rencontre de l’OL en Ligue 1, samedi face à Nice (2-1), a été marquée par un retard de 15 minutes de la seconde période. Et ce en raison d’une épaisse fumée créée par le groupe de supporters des Lyon 1950, qui fêtaient leurs dix ans.
  • Le club lyonnais s’est empressé après le match de pointer « des débordements inacceptables », tout en portant plainte contre six supporters du virage sud ayant craqué des fumigènes, ou ayant tenté d’en faire rentrer au Parc OL.
  • « 20 Minutes » s’est penché sur la relation particulière qu’entretient l’OL avec ses groupes de supporters.

La fête des dix ans des Lyon 1950 va-t-elle laisser des traces ? Des dirigeants de l’OL seront à Paris mercredi prochain pour se défendre devant la commission de discipline de la LFP au sujet des « débordements inacceptables » de son virage sud lors de Lyon-Nice. La deuxième période de ce match de Ligue 1, remporté samedi par l'OL (2-1), avait dû reprendre avec 15 minutes de retard en raison de l’immense fumée ayant accompagné les fumigènes craqués par les Lyon 1950 pour marquer leur anniversaire. Le club lyonnais, qui continue d’étudier ses images de vidéosurveillance, a déjà porté plainte contre six supporters interpellés le soir du match, qu’il a également sanctionnés.

« Il n’y a qu’à Lyon qu’on voit ça, ça rend fou, s’emporte Jean-Pierre, abonné au virage nord. Au Vélodrome, ça a craqué comme jamais pour les 120 ans de l’OM et là-bas, la direction ne s’en est pas pris à ses propres supporters derrière. Avec un tel épisode, c’est clair que les relations entre le club et les groupes de supporters se dégradent. »

« Cette interruption de match la fout mal juste après OM-OL »

« L’OL a une relation suffisamment solide avec ses associations de supporters pour que celle-ci ne soit pas remise en cause par cet incident », estime pourtant Nicolas Hourcade, sociologue à l’Ecole centrale de Lyon et spécialiste des questions de supporters. Les Lyon 1950 ont d’ailleurs publié lundi  un communiqué sans animosité, tout en adressant « un fort remerciement à l’OL », qui a joué avec un maillot spécial intégrant le logo du groupe aux 1.400 membres. « Les condamnations du week-end ne changent rien, explique l’association. Nous assumons ce qu’il s’est passé, nous avons cadré les choses de façon à assurer la sécurité des personnes. Nous déplorons qu’un mec [non identifié par le club pour le moment] ait trouvé utile de balancer un fumi sur le terrain et nous n’avions pas pour objectif de retarder la reprise du match. »

Habitué du virage sud, Richard décrypte le coup de gueule de Jean-Michel Aulas, par le biais de son directeur de la communication Christophe Marchadier dès samedi soir : « L’OL veut entretenir l’image d’un club modèle où rien ne déborde. Donc forcément, cette interruption de match la fout mal juste après la sortie médiatique d’Aulas visant les débordements à Marseille. Il faut savoir que l’OL pénalise parfois même plus que la justice. » Le stadium manager de l’OL Xavier Pierrot estime qu’une quarantaine de supporters ont eu leur abonnement retiré par le club depuis avril 2016 et l’adoption de la loi Larrivé sur la lutte contre le hooliganisme (« pour bagarres, jets de briquets, fumigènes »…).

Deux ans d’interdiction de stade, six mois de prison avec sursis pour un fumi

« On a été marqués par ce qu’il s’est passé contre Besiktas et le CSKA Moscou et on fait notre boulot de manière intransigeante, avec une tolérance zéro concernant les actes d’incivilité et les violences », défend Xavier Pierrot. Les sanctions mises en place par l’OL vont d’une interdiction de Parc OL jusqu’à la fin de la saison, comme pour les deux personnes interpellées avec des fumigènes sur eux lors des palpations samedi, jusqu’à l’exclusion à vie de l’enceinte comme pour l’homme ayant exécuté un salut nazi filmé à Manchester City.

Kamil (21 ans) fait partie des quatre personnes interpellées pour avoir craqué des fumigènes durant la première période de Lyon-Nice samedi et il va recevoir son interdiction du Parc OL jusqu’en novembre 2020. Ce jeune supporter lyonnais, qui effectue ses études à Lille, a enchaîné le week-end dernier 40 heures en garde à vue et cinq interrogatoires après avoir été arrêté bien avant le problématique épisode de la fin de mi-temps.

La condamnation du tribunal est lourde : deux ans d’interdiction de stade (IDS), avec donc obligation de pointer au commissariat chaque jour de match, mais aussi six mois de prison avec sursis, et 40 heures de travaux d’intérêt général.

Je viens au stade depuis trois ans pour rigoler avec des potes. Je savais que je prenais quelques risques, mais écoper de prison avec sursis pour un fumigène me paraît vraiment disproportionné. On m’a reproché l’arrêt du match pendant 15 minutes, sauf que je n’étais plus dans le stade à ce moment-là. Je sais que j’ai été repéré via la vidéosurveillance de l’OL. C’est malheureusement le seul club en France qui cherche à faire sanctionner de la sorte ses supporters. »

« Nous ne sommes pas forcément contre la pyrotechnie »

Nicolas Hourcade nuance cette impression : « L’OL n’est pas un cas isolé. Certains clubs n’osent pas communiquer contre leurs fans mais d’autres portent plainte ou écartent des supporters des tribunes. Par exemple, le PSG a déjà mis en place des interdictions de stade après l’allumage de fumigènes. Peu de clubs sont confrontés à une interruption du jeu de 15 minutes donc l’OL ne pouvait pas ne pas réagir samedi ». Le fait-il surtout afin de se constituer un solide dossier pour éviter de lourdes sanctions collectives (huis clos partiel en L1) devant la commission de discipline ?

« Notre motivation est de faire respecter la loi, assure Xavier Pierrot. Nous ne sommes pas forcément contre la pyrotechnie mais elle est interdite par la loi. » Nicolas Hourcade décrypte cette problématique somme toute classique touchant l’OL : « Les clubs sont entre le marteau et l’enclume. Ils ont besoin d’avoir de l’ambiance dans leur stade donc ils cherchent à avoir les meilleures relations avec leurs groupes de supporters [l’OL est le seul club en L1 à avoir deux référents supporters SLO à temps plein plus un en alternance]. Mais d’un autre côté, ils risquent des sanctions de la commission de discipline de la Ligue en cas d’usage d’engins pyrotechniques. Les fumigènes pourrissent la vie des clubs et il est urgent de trouver des solutions. »

« C’est encore une épée de Damoclès au-dessus du club »

Le contexte lyonnais est devenu plus spécifique le 21 juin 2018. « 25 policiers armés ont débarqué dans nos locaux, raconte Xavier Pierrot. Je n’ai jamais entendu parler d’une telle perquisition dans un autre club en France. » Il faut dire que voir un président et des joueurs tenir un fumigène devant un virage de supporters, ce n’est pas si fréquent dans le paysage aseptisé de notre Ligue 1.

« L’enquête judiciaire qui touche l’OL à la suite des 30 ans des Bad Gones n’est pas surprenante, confie Nicolas Hourcade. Jean-Michel Aulas et des joueurs ont allumé des fumigènes devant les caméras, ce qui est punissable par la loi et qui donne régulièrement lieu à des gardes à vue et des sanctions judiciaires. Les autorités ne pouvaient pas fermer les yeux. C’est une épée de Damoclès au-dessus du club. » Presque une habitude pour l’OL, qui vient de traverser avec ses supporters deux années sous la menace d’une exclusion de Coupe d'Europe après sa soirée cauchemardesque contre Besiktas.