OL : Souvent jugé « détestable », Rudi Garcia « l’opportuniste » a-t-il en fait tout compris au football ?

HAUTE TRAHISON Les fans de l’OL (comme ceux de l’OM) ont une mauvaise image de Rudi Garcia, leur nouvel entraîneur depuis lundi. Mais quelle est sa vraie personnalité, derrière sa façade médiatique ?

Jean Saint-Marc et Jérémy Laugier

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Rudi Garcia s'est montré à l'aise dès sa présentation devant la presse, lundi au centre d'entraînement de l'OL.
Rudi Garcia s'est montré à l'aise dès sa présentation devant la presse, lundi au centre d'entraînement de l'OL. — R. Lafabrègue / AFP
  • Rudi Garcia s’est engagé lundi avec l’OL, provoquant (a minima) l’incompréhension chez de nombreux supporters lyonnais, qui gardent en tête son récent passage à la tête de l’OM.
  • A Marseille, Rudi Garcia a notamment laissé l’image d’un communicant plutôt cynique.
  • Cet « opportuniste » a surtout très bien compris les règles du jeu qui régissent le foot spectacle.

Rudi Garcia a débarqué lundi à Lyon comme on arrive dans son salon. Des checks à la moitié du vestiaire, un chambrage sur la forme insolente du régisseur de l’OL​, une vanne au photographe du club et une accolade tout sourire avec Anthony Lopes. « Quel faux-cul », peste un supporter de l’OM. Un autre fan, Romain, embraye, aussi agacé qu’ironique : « Aller à l’OL avec le passif qu’il a avec ce club, c’est vraiment n’avoir aucune fierté. Vu les qualités humaines du monsieur, ce n’est pas surprenant ».

Quand on interroge Nicolas sur les traits de personnalité de l’ancien entraîneur marseillais, il dégaine lui aussi « la mauvaise foi, la trop grande confiance en lui ». « Il est tout simplement détestable », assène un autre supporter.

« Il n’en a rien à cirer des rivalités entre clubs »

Moins de cinq mois après son départ, la cote de popularité de Rudi Garcia reste au plus bas à Marseille. Elle n’est guère meilleure à Lyon, où les fans l’accueillent fraîchement, notamment parce qu’il a passé près de trois saisons à souffler sur les braises arbitrales de la rivalité OM-OL. « On voit qu’il fait sa carrière et qu’il n’en a rien à cirer des rivalités entre clubs, pointe Jean-Pierre, abonné de longue date au virage nord lyonnais. Là, il fera les déclas qui vont bien pour être accepté chez nous. Mais plus il va encenser l’OL et plus on va se méfier. On sait que le mec est opportuniste et pas franc. » Ou juste parfaitement adapté au grand cirque du football professionnel, selon Robert Nouzaret, ancien mentor de Rudi Garcia à Saint-Etienne (de 1998 à 2000).

La com' fait partie du jeu, on est tous passés par là. C’est la dualité du foot et il n’y a que les cons qui pensent que ça porte à conséquence. Ça fait partie du spectacle et Rudi est l’un des coachs qui maîtrisent bien cela. »

Fousseni Diawara, qui l’a côtoyé lors de sa première expérience sur un banc en Ligue 1 à l’ASSE (2001), confirme : « Il a tous les codes du bon communicant, c’est une véritable arme pour un entraîneur ». Son ancien président au Losc Michel Seydoux fait mine de s’interroger : « Vaut-il mieux un entraîneur aux déclarations soporifiques ou quelqu’un prenant tout à cœur pour défendre une institution quand il est en poste ? ».

Mais selon Stéphane Jobard, proche parmi les proches, Rudi Garcia est sincère, même dans ses excès médiatiques. « Il est dans la culture du résultat, donc cela transpire toute la semaine auprès du groupe, raconte son ancien adjoint à l’OM, désormais entraîneur de Dijon. C’est exacerbé les jours de match, vis-à-vis du corps arbitral, mais ce n’est pas si différent au quotidien. »

« Seuls les grands entraîneurs sont confrontés à ce genre de situation »

Outre ses piques devant la presse, la seule présence du triptyque ASSE-OM-OL sur son CV ne plaide pas en faveur de l’entraîneur de 55 ans auprès des supporters des différents camps. « Il y a évidemment une forme de cynisme dans le monde du football », commente à ce propos Michel Seydoux. Ce cynisme de « mercenaire » (selon le supporter lyonnais Jean-Pierre), Rudi Garcia l’incarne donc comme peu de coachs français, avec déjà six clubs professionnels dirigés en France.

Son passage cette semaine d’un rival à l’autre laisse de marbre Stéphane Jobard, qui va le retrouver samedi (17h30) au Parc OL : « C’est juste le marché de l’offre et de la demande, le jeu des opportunités. Et très peu d’entraîneurs étaient aptes à coacher Lyon ». D’ailleurs, pour Fousseni Diawara, « seuls les grands entraîneurs se retrouvent confrontés à ce genre de situation, comme José Mourinho en Premier League ou Antonio Conte en Serie A ». Et tant pis pour les supporters qui crient à la haute trahison.

Rudi Garcia est volontiers blagueur en conférence de presse, comme ici avant RB Leipzig-OM en avril 2018. John MACDOUGALL
Rudi Garcia est volontiers blagueur en conférence de presse, comme ici avant RB Leipzig-OM en avril 2018. John MACDOUGALL - AFP

Rudi Garcia conscient qu’il « cumule les défauts »

Rudi Garcia a choisi d’en plaisanter, mardi, lors de sa présentation face à la presse, aux côtés de Jean-Michel Aulas et Juninho. Il a de lui-même rappelé son expérience dans la Loire : « Je cumule plusieurs défauts, je ne suis pas passé qu’à Marseille. J’ai démarré mon métier d’entraîneur chez le voisin en vert ». Une sortie médiatique datant de 2009, dans laquelle il loue le stade Geoffroy-Guichard et « le meilleur public de France », a d’ailleurs ressurgi du côté lyonnais cette semaine.

A l’AS Roma (2013-2016), Rudi Garcia avait déjà sorti le grand jeu à l’occasion de son premier derby contre la Lazio. « Un derby, ça ne se joue pas, ça se gagne », « Je suis devenu romaniste », et cerise sur le panettone : « Nous avons remis l’église au centre du village » après l’avoir emporté (2-0). « Cette phrase est restée dans l’imaginaire de tous les suiveurs de Serie A, confie Emanuele Gamba, journaliste à La Repubblica. Dès son arrivée, il a su parfaitement gérer le mécanisme médiatique, en lançant des polémiques qui plaisent tant ici, qui plus est avec un bon niveau d’italien. »

« Ironique », « jovial » et « opportuniste »

Rudi Garcia a appliqué les mêmes recettes à Marseille, où son roulé-boulé anti-arbitral (et son autodérision dans la foulée) a marqué une zone mixte rigolarde. Ses blagues ne sont pas réservées aux journalistes. Stéphane Jobard décrit aussi un Rudi Garcia « qui manie l’ironie et l’humour, très jovial au quotidien ». Abasse Ba, membre du « conseil des sages » du Dijon cuvée 2003-2004, se souvient d’un coach « capable de blaguer mais aussi de hausser le ton quand il le fallait ».

Pour Robert Gnecchi, président du DFCO à l’époque, « Rudi est un séducteur mais au fil du temps, il peut se perdre là-dedans. Il est assez opportuniste et démagogue aussi, il dit à son interlocuteur ce qu’il veut entendre ». Et s’il tentait dans quelques mois le tout pour le tout afin de se mettre les Bad Gones dans la poche, en lançant un « Emmenez-moi à Geoffroy-Guichard » d’avant-derby ?