« Fainéant », Gasset-dépendant, fan de golf… Laurent Blanc a-t-il (encore) été plombé par sa mauvaise réputation ?

FOOTBALL Laurent Blanc, à qui le duo Aulas-Juninho a préféré Rudi Garcia pour succéder à Sylvinho, se traîne une réputation peu glorieuse depuis qu’il a commencé sa carrière d’entraîneur

A.L.G avec C.C

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Depuis la fin de son aventure au PSG, Laurent Blanc a pu se consacrer à sa grande passion pour le golf.
Depuis la fin de son aventure au PSG, Laurent Blanc a pu se consacrer à sa grande passion pour le golf. — STEVENS FREDERIC/SIPA
  • En bonne position pour succéder à Sylvinho sur le banc de l’OL, Laurent Blanc a finalement vu sa candidature refusée par le duo Aulas-Juninho.
  • Sans club depuis son départ du PSG en juin 2016, l’ancien sélectionneur des Bleus peine à trouver un challenge à la hauteur de son palmarès.
  • Il paye peut-être une réputation qui lui colle à la peau, celle d’un entraîneur moins porté sur le travail avec son groupe que sur les parcours de golf. Mais est-ce vraiment justifié ?

Caramba, encore raté ! Trois ans et quatre mois après avoir été bouté – avec son joli parachute doré de 22 millions d’euros – hors du jet privé du PSG, Laurent Blanc a cette fois-ci échoué à prendre en main la noble institution lyonnaise de monseigneur Aulas. A la place, l’homme invisible le plus en vue de foot français lui a préféré Rudi Garcia, le paria de l’OM pas franchement plus désiré par les supporters de l’autre Olympique. C’est dire la puissance de l’affront.

C’est ballot en plus, pour une fois qu’un projet sportif intéressait l’homme à la touillette… Car Laurent Blanc est un homme exigeant. Le genre de coach capable de refuser un club du calibre du FC Séville, qui n’est pourtant ni Gijon, ni Valladolid, après plus de deux ans de chômage passés, entre autres, à perfectionner son swing sur les greens de France et de Navarre.

Dès lors, cet échec lyonnais jette le trouble sur la capacité de Blanc à retrouver un jour un banc de classe mondiale. Avec, en toile de fond, toujours la même question : la réputation de Lolo White, mi-dilettante, mi-golfeur semi-pro, et incapable de briller sans son copain Jean-Louis Gasset, est-elle en train de reléguer définitivement au placard l’ancien sélectionneur français de 53 ans ?

Jamais sans mon Gasset

Pour cet agent français bien au fait de ce qui se dit dans le milieu, il ne fait aucun doute : la réputation de Blanc n’est pas volée : « De tous les entraîneurs que je connaisse, Laurent Blanc est clairement le plus gros des fainéants. Il a toujours eu ce problème dans tous les clubs dans lesquels il est passé. Je me souviens à l’époque de Bordeaux, j’avais des joueurs qui me disaient que, en plein mois de juillet, donc en pleine préparation d’avant-saison, quinze jours avant les premiers matchs de championnat, il enfilait trois jours de repos pour partir à Montpellier faire du golf avec ses copains. Incroyable… » Voilà pour la première lame.

« A l’étranger, il est soi-disant toujours sur les listes des clubs mais à l’arrivée il n’est jamais pris, parce que les mecs qui prennent des infos sur lui finissent par comprendre qu’il n’est pas travailleur, poursuit-il avant de mettre un peu d’eau dans son poison. Le truc c’est qu’il est très bon en sélectionneur ou en coach s’il a quelqu’un à côté qui lui fait ses séances [en l’occurrence Jean-Louis Gasset]. Mais il n’est bon à rien s’il n’a pas Gasset avec lui. Or Gasset ne veut absolument plus aujourd’hui redevenir numéro 2, et c’est ça qui a tué la candidature de Laurent Blanc à Lyon. »

Cette rumeur d’un Laurent Blanc en claquettes, sirotant son cocktail au bord de la piscine pendant que son numéro 2 charbonne sur tous les fronts est vieille comme le foot. Mais est-elle bien réelle ? Formé aux Girondins de Bordeaux, Romain Brégerie a connu les premiers pas du duo Blanc-Gasset sur un banc. Et s’il affirme en préambule que « les deux ensemble, ça marchait super bien », le défenseur central valide la thèse d’une répartition des tâches comme les PDG du CAC 40 redistribuent les richesses.

« Quand tu venais à l’entraînement, ce qui sautait aux yeux au quotidien, c’est que c’était Gasset qui en faisait énormément. Blanc était vraiment dans une sorte de rôle de manager, t’avais vraiment l’impression qu’il était plus en retrait. Gasset c’était celui qui mettait la bonne ambiance lors des entraînements, qui mettait du rythme aux séances, qui levait la voix quand ça n’allait pas. A l’inverse Blanc était beaucoup plus posé, il parlait beaucoup plus ponctuellement, on va dire [rires]. »

L’entente du duo coach-adjoint au centre de la réussite ?

Pour Alain Roche, ce procès n’a pas lieu d’être. « Les duos qui marchent, c’est une affaire de complicité. Il y a des affinités avec certaines personnes, une manière bien particulière de fonctionner qui amène des résultats et c’est ça qui est primordial, avance le consultant sur Canal+. Est-ce que Didier Deschamps sans Guy Stéphan aurait fait le même travail ? Est-ce que Guardiola sans Arteta serait le même Guardiola ? On ne le sait pas. Mais si on pousse le raisonnement plus loin, ça veut dire que tous les entraîneurs qui prennent le même adjoint sont mauvais. Tout le monde fonctionne comme ça de nos jours. »

Le problème ce coup-ci, c’est que le plan proposé par Blanc aux dirigeants de l’OL n’incluait aucunement Jean-Louis Gasset mais Franck Passi. Or, et c’est le président Aulas qui l’a dit sur le plateau de « L’Equipe d’Estelle », « si Jean-Louis Gasset accompagne Laurent Blanc, évidemment que ça donne plus de consistance à la candidature de Laurent ».

Le coup est rude pour un coach qui n’a pourtant pas à rougir de son palmarès. Mais les faits sont là, implacables : Gasset n’a semble-t-il pas voulu redevenir numéro 2 et Laurent Blanc s’est vu opposer une fin de non-recevoir. Un échec qu’il pourra méditer sur les greens de golf qu’il affectionne tant.

Trop de parcours, pas assez de terrain

Car il y a ça aussi. Le champion du monde 98 se traîne la (mauvaise) réputation d’un entraîneur passant plus de temps à envoyer des sacoches dans la balle blanche qu’à expliquer à ses joueurs comment manier le ballon rond. « Dès qu’on avait quelques jours de repos ou des vacances, il allait jouer au golf. Il allait “taper la balle” comme il disait, se souvient Wendel. Il nous en parlait souvent, très souvent même. Et même à moi alors que je ne connaissais pas les règles [rires] ! »

« Je jouais un peu au golf à l’époque et il m’est arrivé de le croiser plusieurs fois sur le practice de Pessac, enchaîne Romain Brégerie. Si je ne m’abuse, je crois qu’il jouait plutôt bien. Et en principe, quand on dit de quelqu’un qu’il joue bien, c’est qu’il y joue beaucoup. Après, bon, je crois que Michael Owen était proche de 0 en handicap au golf. Ce qui veut dire qu’il devait passer facile trois heures par semaine à jouer et ça ne l’a pas empêché de faire une belle carrière de footballeur. »

« Un entraîneur n’a-t-il pas le droit d’aller se dégourdir les jambes, de s’aérer l’esprit quelques heures par semaine sur un terrain de golf ?, s’agace de son côté Alain Roche. Michel Der Zakarian, toutes les semaines il va jouer au golf, pour se libérer la tête, pour penser à autre chose, et à lui on ne lui dit rien. Pep Guardiola est un handicap 2 ou 3, vous pensez qu’il n’y va pas toutes les semaines pour avoir un tel niveau ? » Touché. A ceci près que Guardiola ne s’est accordé qu’une petite année sabbatique avant de reprendre les rênes d’un club.

« Trois ans sans club, c’est énorme, c’est complètement fou, conclut l’agent. Et ça, les gens du milieu ont du mal à comprendre : si tu veux entraîner, tu ne peux pas rester trois ans sans club. A côté, t’as un mec comme Rudi Garcia qui est monté à Lille il y a quinze jours pour le match de Ligue des champions, pour se montrer dans les tribunes, c’est une manière de dire “je suis toujours là, je cherche un club”. Blanc à côté il a disparu des radars, il a beau avoir un nom, ça ne suffit pas. » Loin des yeux, près du green, loin du cœur…