Ajax: «Il aurait certainement été dans cette équipe» Nouri, le drame de la génération dorée

FOOTBALL La génération dorée de l'Ajax est orpheline de son plus grand prodige depuis près de deux ans. Pourtant, l'esprit d'Abdelhak Nouri, aujourd'hui cloué à son lit d'hôpital, accompagne toujours la formation ajacide

Maxime Ducher

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Un tifo géant en l'honneur de Nouri fut déployé à l'ArenA d'Amsterdam lors d'un match de C1 face à Nice, un mois après le drame.
Un tifo géant en l'honneur de Nouri fut déployé à l'ArenA d'Amsterdam lors d'un match de C1 face à Nice, un mois après le drame. — Hollandse Hoogte/SIPA
  • Abdelhak «Appie» Nouri était un des plus grands espoirs de l'Ajax Amsterdam et a marqué ses coéquipiers de l'époque (et au-delà).
  • En juillet 2017, il a été victime d'un accident cardio-vasculaire.
  • Sans cela, il aurait fait partie de la génération dorée de l'Ajax qui disputera ce mercredi soir la demi-finale retour de Ligue des champions face à Tottenham.

Dimanche 5 mai 2019, finale de la Coupe des Pays-Bas, Ajax Amsterdam-Willem II. A la 34e minute, le stade se lève, applaudit, brandit des pancartes sur lesquelles se dessine un portrait juvénile. Celui d’Abdelhak Nouri, dit « Appie ». Le 34 ? C’était son numéro.

L’Ajax s’impose finalement 4-0 face à Willem II. Il s’agit de la même affiche que celle du premier match que la pépite maroco-néerlandaise avait disputé sous les couleurs de l’équipe première en 2016. A seulement 19 ans, il avait alors inscrit un coup-franc direct.

A l’aube de la demi-finale de Ligue des champions retour face à Tottenham, ce mercredi, il est certain que le nom d’Abdelhak Nouri résonnera dans les cœurs de la génération dorée amstellodamoise et dans celui des supporters ayant prévu une célébration pour l’occasion. Car le gamin aurait dû être là. Victime d’un accident cardio-vasculaire le 8 juillet 2017 lors d’un match amical face au Werder Brême, Nouri est aujourd’hui conscient mais dans un état végétatif. Ce jour-là, douze joueurs de l’effectif actuel de l’Ajax étaient à ses côtés, dont De Ligt, de Jong ou Ziyech, les nouvelles stars de l’Ajax.

Et tous ont été profondément marqués. Donny van de Beek et Noussair Mazraoui, ses amis d’enfance, lui rendent régulièrement visite. Aux Pays-bas, le cas Nouri est presque devenu tabou dans les médias. « Le sujet est encore très délicat, parce que Nouri était vraiment le gamin adoré de l’Ajax », confie Jean-Paul Rison, journaliste à Eurosport aux Pays-Bas. Lors d’une interview pour le média néerlandais NOS Sport, Peter Bosz, ancien entraîneur de l’Ajax (2016-2017), n’a par exemple pas pu retenir ses larmes à l’évocation du nom de Nouri.

Hommages à un survivant

Mercredi soir, Abdelhak Nouri observera, s’il en a la force, la demi-finale cloué dans son lit d’hôpital. « Je voudrais aller loin avec l’Ajax en Ligue des Champions, c’est vraiment mon rêve, avait-il déclaré à la TV néerlandaise il y a quelques années. Je ne me rappelle même plus la dernière fois que l’Ajax est allé loin en C1, et je voudrais être capable de participer à ce que ça se passe à nouveau. » De l’avis de tous ceux l’ayant côtoyé, « Appie » aurait dû être de la folle aventure ajacide sur la scène européenne cette année. « Il aurait certainement été dans cette équipe. C’était le plus créatif et le plus talentueux de tous. Quand il n’avait que 14 ans, il était le plus jeune à s’entraîner avec les U19. Tout le monde l’adorait », se souvient Ruben Jongkind, ancien entraîneur en chef du centre de formation de l’Ajax, qui a suivi Nouri de ses 14 à ses 18 ans. Joël Fréchet, entraîneur des U19 de l’Olympique Lyonnais en 2016, avait lui croisé la route de l’Ajax de Nouri lors d’un match de Youth League (la C1 des jeunes). Et son souvenir est resté intact :

« C’était une équipe forte et solidaire dont Nouri animait tout le système. Il était en avance et au-dessus du lot sur la réflexion et l’intelligence de jeu. »

Depuis son tragique accident, Abdelhak Nouri n’est pas tombé dans l’oubli. Une autre pépite de la génération Nouri, Donny van de Beek, l’a expérimenté sur le terrain de la Juve, en inscrivant un but à la 34ème minute de jeu, lors du quart retour de Ligue des champions. « J’ai regardé le tableau d’affichage au moment où j’ai marqué, j’ai vu qu’on jouait la 34e minute, et j’ai tout simplement su que ce n’était pas une coïncidence, a expliqué van de Beek à l’issue du match. C’est quelque chose de très spécial. »

Le 34. Un numéro resté symbolique, qu’arborent désormais un certain nombre de joueurs comme Justin Kluivert (AS Roma), présent lors de l’arrêt cardiaque de Nouri, Amin Younes (Napoli), Philippe Sandler (Man City) ou encore Kevin Diks (Fiorentina). Ousmane Dembélé (Barcelone), qui a affronté Nouri en jeunes, a, lui, sobrement inscrit sur ses crampons depuis le début de la saison : #Nouri34.

Une trace laissée au-delà du terrain

Avant son accident, Abdelhak Nouri était déjà très actif en dehors du terrain. En juin 2017, soit un mois avant le drame, il était devenu ambassadeur de Every Child A Ball, une association ayant pour but de permettre à chaque enfant de faire du sport.

Comme pour poursuivre son oeuvre à peine entamée, la famille Nouri a décidé de créer en 2018 une fondation pour fournir des services aux enfants souffrant d’un handicap, et leur permettre de participer à des activités sportives.

« Abdelhak s’est senti connecté aux personnes qui ont moins d’options en raison de leurs antécédents ou de leur handicap physique ou mental », confiaient ses frères Mohammed et Abderrahim au quotidien néerlandais De Telegraaf. Selon un membre de l’Ajax Youth Academy, de nombreux dons auraient déjà été enregistrés.

Dans les tribunes de l’ArenA d’Amsterdam, quelques portraits de Nouri flottent encore. Dimanche, l’Ajax, actuellement en tête d’Eredivisie à égalité de points (80) avec le PSV Eindhoven, jouera son dernier match de la saison en championnat.

L’occasion pour les Rouge et Blanc de gagner un nouveau trophée. Et pour l’année du retour des Ajacides au tout premier plan, que pourrait-il y avoir de plus symbolique que de fêter… un 34ème titre national.