Ligue des champions: Aime-t-on l'Ajax parce qu'on ne le voit jamais jouer ?

FOOTBALL Le plaisir est dans la rareté, aussi

N.C.

— 

L'Ajax Amsterdam apporte un vent de fraîcheur sur la Ligue des champions 2018-2019.
L'Ajax Amsterdam apporte un vent de fraîcheur sur la Ligue des champions 2018-2019. — Martin Meissner/AP/SIPA
  • L'Ajax Amsterdam affronte la Juventus en quart de finale retour de la Ligue des champions, mardi soir. 
  • Après leur fabuleux match sur la pelouse du Real Madrid au tour précédent, les jeunes néerlandais sont la sensation de cette saison européenne.
  • Au-delà de leur talent, ils bénéficient aussi de «l'effet fraîcheur» dû au fait qu'on ne les voit que très rarement jouer. 

Allez hop, interro surprise… Qui vu l’Ajax Amsterdam atomiser l’Excelsior, samedi ? Personne ? Ouais, c’est bien ce qu’on pensait. Pas de jugement ni de mépris hein, on n’a pas non plus zappé la sortie du petit au parc pour se caler devant le triplé de Klaas-Jan Huntelaar. C’était juste pour souligner que depuis cette folie sur la pelouse du Real en 8e de finale retour de Ligue des champions, on était tous tombés amoureux d’une équipe qu’on n’a pas vu jouer, pour le commun des mortels, plus de deux ou trois fois cette saison. C’est peut-être en grande partie pour cette raison, d’ailleurs.

C’est vrai, en y réfléchissant, on se demande si ce n’est pas la rareté du produit qui fait tout le charme de cet Ajax. Il y a le talent de De Jong, De Ligt, Van de Beek ou Ziyech, bien sûr, et l’idée d’un football intense et offensif que tous ces jeunots mettent sacrément bien en musique. Mais il y a l’effet de surprise, aussi. Le plaisir de la découverte, ou plutôt de la redécouverte d’un collectif dans sa version finale, deux ans après sa victoire contre l’OL en demi-finale de la Ligue Europa.

Les Néerlandais nous sortent de notre routine, du Real qui gagne, des leçons défensives de l’Atlético ou de la Juve, des courses de Messi, des 3-5-2 modulables de Guardiola et des éliminations tragi-comiques du PSG. Et comme on ne passe pas nos week-ends devant les matchs d’Eredivisie sur Foot +, l’effet joue à plein. « C’est un vent de fraîcheur, c’est clair, pose Kevin Diaz, joueur pendant sept ans aux Pays-Bas et désormais consultant pour RMC. A l’Ajax, comme chez d’autres clubs néerlandais d’ailleurs, gagner ne suffit pas. Il faut être beau aussi. On voit moins ça en France, le spectacle est souvent décevant. C’est pour ça aussi que ça plaît. »

Lui est un habitué. L’ancien joueur de Roosendaal, du FC Eindhoven, de Cambuur et du Fortuna Sittard continue de regarder régulièrement le championnat néerlandais, même si ses obligations professionnelles le tournent davantage vers la Premier League. Les performances de l’Ajax ne le surprennent donc pas… quoique.

« On s’habitue à l’excellence. Mieux qu’à la médiocrité, heureusement, relève-t-il. Bon, en championnat, il y a moins d’intensité car ce n’est pas la même adversité. Le niveau est supérieur en Ligue des champions, et c’est encore plus plaisant. Mais ça reste du très haut niveau, et aux Pays-Bas tout le monde, à part quelques irréductibles du PSV ou de Feyenoord, est fier de cette équipe. »

Le reste du monde se contente de la C1. Et profite de cet Ajax qui réveille de doux souvenirs, qu’ils viennent des années 70 ou du milieu des années 90. Il le faut, car on ne sait pas combien de temps cela va durer. De Jong va partir cet été, et il ne sera certainement pas le seul.

L’élan va peut-être se poursuivre, ou alors la reconstruction pourra prendre trois ans comme dix. Qui sait si le quart de finale retour contre la Juve mardi n’est pas le dernier match que l’amateur de foot lambda verra de l’Ajax avant 2026. « Un dimanche après-midi où vous n’avez rien à faire, regardez-les, lance Diaz. Il y a toujours de belles leçons pour ceux qui aiment le foot. » Ça coûte combien, un abonnement à Foot +, déjà ?