Arsenal-Rennes: Le Stade Rennais est-il devenu le porte-drapeau du football breton ?

FOOTBALL Grâce à son parcours en Ligue Europa, Rennes pourrait s’imposer comme le club phare de toute la Bretagne

Manuel Pavard

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Le Gwenn ha Du trône au milieu du Roazhon Park, le 7 mars, lors de la réception d'Arsenal.
Le Gwenn ha Du trône au milieu du Roazhon Park, le 7 mars, lors de la réception d'Arsenal. — L. Venance / AFP
  • Fort de sa victoire 3-1 à l’aller, Rennes se rend à Arsenal ce jeudi en 8e de finale retour de Ligue Europa.
  • Avec son joli parcours européen, le Stade Rennais espère séduire toute la Bretagne.
  • Les supporters des autres clubs bretons sont partagés entre l’indifférence et le soutien à Rennes en Ligue Europa.

Avec quatre clubs professionnels évoluant dans les deux premières divisions (Rennes, Guingamp, Brest et Lorient) et quelque 150.000 licenciés, la Bretagne est une vraie terre de foot. Pourtant, aucun club n’a réussi à s’imposer définitivement comme l’incontestable porte-étendard du football breton.

« Historiquement, le Stade Rennais était le club de la Bretagne, le premier club pro de la région jusqu’à l’émergence des autres clubs, mais sa zone d’influence s’est restreinte au fur et à mesure des années », précise le journaliste Benjamin Keltz, auteur d’un livre de référence sur les supporters rennais.

« Il y a aura un avant et un après Arsenal au Roazhon Park »

Fédérer la Bretagne autour du Stade Rennais fait d’ailleurs partie des objectifs affichés par sa direction depuis des années. Le président Olivier Letang a ainsi réaffirmé lors de sa prise de fonction, fin 2017, sa volonté de « renforcer l’ancrage breton du club ». Une ambition qui se heurtait jusque-là au faible palmarès des Rouge et Noir – les Coupes de France de 1965 et 1971 commencent à prendre sérieusement la poussière – et à une tradition de lose souvent moquée. Mais ça, c’était avant ! Avant l’épopée en Ligue Europa, la qualification face au Betis et le succès contre Arsenal en 8e de finale aller.

De quoi changer la donne au niveau régional ? Benjamin Keltz veut y croire : « Il y a aura un avant et un après Arsenal au Roazhon Park. Ce match va marquer toute une génération de supporters pour les prochaines décennies. Même en cas d’élimination à l’Emirates, le soufflet retombera un peu mais il se sera passé quelque chose de fort. » Pour lui, ce match a déjà permis au SRFC de « rétablir son statut de club phare en Bretagne ».

« L’engouement dépasse le cadre de Rennes »

Qu’en pensent les membres et supporters des autres clubs bretons ? Michel, intendant du Vannes OC, assume être « derrière le Stade Rennais. Chez nous, c’est le club de cœur de la majorité des gens. Et dans la vie courante, on sent que l’engouement dépasse le cadre de Rennes depuis les matchs face au Betis et Arsenal. » Il est d’ailleurs « persuadé que la majorité des salariés des autres clubs bretons sont derrière Rennes en Ligue Europa. Avec Guingamp, Brest ou Lorient, il n’y a pas la même animosité qu’ entre Lyon et Saint-Etienne par exemple. »

La position de Michel n’est cependant pas partagée par tous. Si Benoît, supporter du Stade Brestois depuis 30 ans, reconnaît ainsi avoir « plutôt soutenu Rennes contre Arsenal », c’est surtout car il « n’aime pas trop » les Gunners. « Mais le Stade Rennais représentant de la Bretagne, ça me fait un peu rire, ajoute-t-il. Ils se la jouent "breizhous" à fond avec l’hymne breton en début de match alors que personne ne capte les paroles dans le stade ! »

« On ne change pas de club de cœur comme ça »

Quant aux ultras, ils sont forcément les plus imperméables au pouvoir d’attraction rennais. Les Merlus Ultras 95 indiquent qu’ils ne « supporteront jamais un autre club que le FC Lorient », tandis que Franck, fondateur des Roud Boys de Guingamp, est « totalement neutre devant Rennes-Arsenal. J’étais plus heureux de les voir gagner contre Caen [à la lutte avec l’EAG pour le maintien] », assure-t-il, tout en glissant une petite pique au rival régional : « Au moins, avec ce beau parcours en EL, ils n’auront plus honte de leur club. »

Une posture logique selon Benjamin Keltz : « On ne change pas de club de cœur comme ça, du jour au lendemain. Mais ça pourrait évoluer dans les familles. À Saint-Brieuc, par exemple, il y a souvent eu une guéguerre familiale entre les grands-parents supporters du Stade Rennais et les petits-enfants fans de Guingamp. Si l’épopée continue, Rennes pourrait réussir à reconvertir la dernière génération dans une zone plus large ».