Girondins de Bordeaux: Les coulisses d'une vente vraiment pas comme les autres

FOOTBALL Où l’on apprend notamment que Joe DaGrosa a failli jeter l'éponge il y a quelques semaines…

Clément Carpentier
— 
Joseph DaGrosa, tout sourire, aux côtés d'Alain Juppé et de Nicolas de Tavernost.
Joseph DaGrosa, tout sourire, aux côtés d'Alain Juppé et de Nicolas de Tavernost. — Nicolas Tucat / AFP
  • Les Girondins de Bordeaux seront vendus ce mardi au fonds d’investissement américain, GACP et King Street.
  • Les négociations ont été longues et très compliquées au point que plusieurs fois le deal a failli capoter.
  • Les Américains voulaient notamment se retirer après les banderoles des supporters

Point final. Ce mardi matin, la vente des Girondins de Bordeaux par M6 aux fonds d’investissement américains, GACP et King Street, doit enfin être actée dans le cabinet d’avocat parisien, Winston et Strawn. La fin d’un (très) long processus de plus d’un an de négociations entre toutes les parties (M6, GACP, King Street et Bordeaux Métropole). Tensions, discussions exclusives, appel d’offres, Matmut Atlantique, garanties financières et anecdotes… 20 Minutes revient sur cette vente si particulière.

Joe DaGrosa règle son viseur sur Bordeaux avant l’été 2017

Le président de GACP est un homme de projets. Cela fait maintenant quelque temps qu’il cherche à investir dans le sport. Mais, il ne peut pas viser une franchise américaine, beaucoup trop cher pour lui. Il va alors demander conseil à son entourage. Au début de l’été 2017, son choix est arrêté : ce sera Bordeaux. Il confie le dossier à un certain Alain Yacine, homme d’affaires franco-libanais, qu’il a déjà croisé par le passé.

Ce dernier sollicite à son tour, Thierry Braillard, pour gérer ce projet depuis la France. Et ça tombe bien l’ancien secrétaire d’Etat chargé des Sports connaît très bien Nicolas de Tavernost, le président du directoire de M6, propriétaire du club jusqu’à ce mardi. Les négociations débutent avec Joe DaGrosa qui confie, lui, rapidement sa communication à Caroline Thiebaut dans ce dossier épineux, experte dans le domaine et toujours aux manettes aujourd’hui. Tout ce beau monde se revoit plusieurs fois avant d’entrer en discussions exclusives au début de l’année 2018.

King Street n’était pas le seul fonds intéressé

Il faut savoir que GACP est un fonds « manager », c’est-à-dire qu’il investit peu voire pas mais gère la plupart du temps l’argent de fonds « investisseur. » C’est pour cette raison que Joe DaGrosa lance alors une sorte « d’appel d’offres » en janvier pour boucler son budget. Selon nos informations, deux ou trois fonds vont répondre positivement dont King Street. D’ailleurs, certains de ses représentants accompagneront le futur propriétaire du club lors de sa première venue au Matmut Atlantique, le 25 février 2018.

« C’est mort », le premier coup de chaud

Alors que tout se passe bien, le dossier va subir un premier accroc fin mars. L’Equipe révèle les documents internes de « l’appel d’offres. » « Ce jour-là, on est plusieurs à se dire que c’est mort », confie un proche du dossier. Les principaux acteurs du deal se retroussent les manches pour le sauver de justesse. Mais ils doivent aussi faire avec la troisième partie de cette vente, Bordeaux Métropole, qui commence à traîner des pieds : « C’est quoi cette garantie [le loyer du Matmut Atlantique] ? C’est unique en Europe ? », se demandent même les Américains.

De Tavernost s’agace du timing

De son côté, Nicolas de Tavernost s’impatiente. Le président du directoire de M6 avait prévu au départ de vendre le club en juin. Mais, il se rend compte au fil des semaines que ce sera impossible. D’une part, parce qu’il n’a toujours pas trouvé d’accord total avec GACP et King Street et d’autre part, parce que la métropole risque de repousser son accord seulement à la rentrée à cause des vacances scolaires. De Tavernost hésite un temps à se retirer du deal avant finalement « de maintenir sa confiance aux Américains » même si de nouvelles offres de rachat sont arrivées sur son bureau entre-temps.

Joe DaGrosa et Nicolas de Tavernost vont devoir patienter avant de conclure définitivement la vente du club.
Joe DaGrosa et Nicolas de Tavernost vont devoir patienter avant de conclure définitivement la vente du club. - Nicolas Tucat / AFP

Rémi Garde, le premier choix des Américains

Le mercato s’annonce du coup bien plus bouillant que prévu avec un attelage M6-GACP-King Street pour décider. Chacun a ses prérogatives ce qui rend les négociations extrêmement difficiles. Le choix du futur entraîneur après la sortie de route de Gustavo Poyet en est le parfait exemple. Le premier choix des Américains était en effet Rémi Garde selon 20 Minutes. Problème, M6 les met devant le fait accompli en affirmant qu’ils peuvent faire venir Thierry Henry. On connaît la fin de l’histoire. Joe DaGrosa et ses associés proposeront bien ensuite le nom de Claudio Ranieri mais, c’est finalement Ricardo qui sera choisi car « il faisait consensus. »

DaGrosa « fou furieux » veut partir

Le dernier gros moment de tension, et peut-être le plus important, a lieu au tout début du mois de septembre. A côté, le report du vote de la métropole ou du closing, ce n’était rien. « Là, c’était vraiment très chaud. Joe DaGrosa était fou furieux en voyant les banderoles des supporters [Hands Offs FCGB, argent sale ou FCGB : un monument en danger]. King Street qui a pignon sur rue, a très mal vécu cela. Certains ont voulu faire capoter l’affaire », se rappelle un fin connaisseur du club.

Le moment comique de la loi Braillard

Pour la petite histoire, GACP et King Street seront les premiers à subir un contrôle intensif de la DNCG depuis l’instauration de la loi Braillard (cette loi du 1 mars 2017 impose à tout repreneur de club un passage devant la direction nationale de contrôle de gestion). Et Thierry Braillard qui n’est autre dans ce dossier que l’un des avocats de… M6. Si toutes les parties préfèrent en sourire aujourd’hui, l’anecdote vaut le coup. « La conclusion de cette vente, c’est que malgré les nombreux obstacles, les deux parties ont montré une très forte envie d’aller au bout et de faire le deal », reconnaît une personnalité importante du football français.