Strasbourg: Au Racing, l'exigence n'est pas seulement sur le terrain mais aussi en tribunes

FOOTBALL Plus d’une semaine après la réception de l’AS Monaco (2-1) et avant Strasbourg-Lille en Coupe de la Ligue (21h05), plongée dans le kop de la Meinau, pour tenter de comprendre la folle exigence des fans alsaciens envers eux-mêmes…

Bruno Poussard

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Les supporters alsaciens du kop en tribune Ouest au stade de la Meinau lors de Strasbourg-Monaco.
Les supporters alsaciens du kop en tribune Ouest au stade de la Meinau lors de Strasbourg-Monaco. — SIPA
  • En même temps que le Racing est revenu dans l’élite du football professionnel, ses supporters se sont fait de plus en plus entendre.
  • Si bien qu’ils ont pris l’habitude de débriefer leurs performances en tribunes en après-match, autour d’une bière, par texto ou sur Twitter.
  • Mais comme cette folle exigence d’ailleurs grandissante s’explique-t-elle ? « 20 Minutes » a interrogé plusieurs habitués du kop.

Le 23 septembre, Strasbourg a battu Amiens (3-1). Pourtant Lucas, abonné depuis 2015, est resté sur sa faim en tribune Ouest. « J’ai senti le kop stressé, on a eu du mal à démarrer, vis-à-vis des grosses soirées à la Meinau », se souvient-il, avant Racing-Losc ce mardi (21h05). Un débriefing partagé par texto avec son pote Luc, de trois ans son aîné, à quelques dizaines de mètres de lui au stade.

« Ces retours n’existaient pas il y a dix ans, estime ce dernier, habitué aux travées depuis son enfance. On en discutait déjà un peu avec mes frangins, mais on voit maintenant émerger des réflexions du style ''ce soir on est moins dedans'', ''il y avait plus de touristes''…» Autour d’une bière ou sur Twitter, ces analyses de plus en plus fréquentes illustrent l’exigence des fans alsaciens.

« Avant d’être exigeants envers les joueurs, on doit l’être envers nous »

Depuis la rétrogradation en CF2 (2011), la remontée du RCSA s’est accompagnée d’une progression du niveau et d’une amélioration du jeu sur le terrain. En tribunes, l’ambiance a suivi. « Notre but est d’amener les joueurs à se défoncer, reprend Lucas. Avant d’être exigeants envers eux, on doit l’être envers nous. Pour moi, il y a un consensus autour de ça aujourd’hui. »

Depuis longtemps, les forums officiels s’animent avant les derbys et les ultras discutent entre eux de l’ambiance. Mais à Strasbourg, l’autocritique, pas formelle pour autant, est aujourd’hui plus large dans les après-matchs. Récemment, certains n’ont pas hésité à donner leur avis sur un nouveau chant ou à comparer un beau tifo. Sur les réseaux ou sur le forum de Racingstub.

Décibels, réponse des tribunes et sauts dans le kop comme mesures

Pas le dernier à prendre position, Xavier, étudiant, n’hésite pas à interpeller l’historique capo du club sur Twitter. Il explique : « Tous les matchs ne peuvent pas être aussi intenses que ceux à gros enjeu, c’est normal. Mais si j’ai l’impression que nous étions ''mauvais'' - ce qui reste très rare - je vais voir si je suis seul à partager cette idée. C’est juste un avis, pas un débat. »

Les Strasbourgeois les plus assidus redoutent une ambiance molle. Devant le nombre de décibels, la réponse des autres tribunes ou le nombre de personnes sautant dans le kop, ils savent vite mesurer l’intensité. « Le top, c’est de recevoir un sms d’un pote qui entend la Meinau chanter à quelques kilomètres du stade », s’amuse Guillaume, fervent fan depuis 1995.

Nouvelle génération, influence, réputation et pression

Ces dernières années, celui qui écrit sur le côté tribunes pour Racingstub, a vu ces commentaires exposer, les vidéos aidant. « Ça a permis de forger une culture supporters que l’on n’avait pas vraiment en France ou qui était alors limitée aux ultras », analyse encore @Guigues_2.0. Mais comment les Alsaciens sont-ils devenus si exigeants ? Réponse en quatre points.
 

  • Une génération formée en amateur. Après la rétrogradation en CFA2, bon nombre de (jeunes) supporters sont venus pour l’ambiance et restés pour ça. Extérieur au kop, Maxime (alias @athorstub) voit l’influence de la nouvelle génération « qui découvre un peu cet univers ». Derrière eux, le sentiment d’appartenance au Racing continue de grandir. L’expérience Meinau en tribunes avec. « Chacun se sent un peu ambassadeur et en chantant il participe à sa manière au renouveau du club », ajoute Guillaume.
     
  • Une envie d’influer sur les matchs. Parce qu’il a connu des moments moins drôles, Luc sait savourer les instants de partage en tribunes. Pour le Strasbourgeois de 26 ans, le match (de la montée pourtant ratée) contre Colomiers en National (2-0) a été fondateur : « On s’est rendu compte qu’on pouvait vivre des trucs de fous. La réception du PSG en Ligue 1 (2-1) a aussi été marquante, on a pris conscience que le stade pouvait aider à gagner un match. » Le potentiel des tribunes montré lors de ces matchs, comme contre Lyon (3-2) en mai, a encore rehaussé le niveau d’exigence.
     
  • Une réputation désormais à tenir. Guillaume fait un flash-back : « En CFA2 il ne nous reste pour ainsi dire que la Meinau et l’ambiance. Avec les montées successives, elle a grandi et a commencé à être reconnue partout en France. » Une « fierté » pour les habitués et un standing nouveau, confirmé avec l’arrivée du kop en Ouest haute. Eux-mêmes « surpris » selon lui par la puissance vocale du mur, les fans sentiraient « une plus grande attente » sur eux comme l’estime Xavier : « Avec les habitudes créées, peut-être qu’on veut être toujours meilleurs quand on chante. »
     
  • Une pression liée à cette attente. Face à l’habitude d’une grosse ambiance et une réputation à tenir, certains se mettent la pression. Certes informelle. Mais c’est le cas de Xavier : « L’attente est celle du capo qui nous pousse à nous dépasser. Nous motive. Et nous met des coups de pied au cul quand c’est mou. Et il a raison ! Après, le niveau de jeu sur la pelouse aide, bien sûr… » Abonné depuis trois ans, il chante aussi moins fort contre Caen en plein hiver qu’en gagnant face au PSG : « Ce n’est pas qu’on ne veut pas, mais les cordes vocales sont boostées par moments. »