ASSE: «A Dortmund comme à Saint-Etienne, ce qui compte le plus, c’est de montrer du cœur», confie Neven Subotic

FOOTBALL Le défenseur serbe des Verts Neven Subotic a accordé un long entretien à « 20 Minutes » avant la rencontre décisive pour la 5e place en Ligue 1, ce dimanche (15 heures) contre Bordeaux…

Propos recueillis par Jérémy Laugier

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Neven Subotic, après son but inscrit face à Guingamp le 18 mars dans le Chaudron (2-0).
Neven Subotic, après son but inscrit face à Guingamp le 18 mars dans le Chaudron (2-0). — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • En s’engageant en janvier avec l’ASSE, Neven Subotic a contribué à changer totalement la face d’une équipe promise à la lutte pour le maintien.
  • Le défenseur serbe de 29 ans s’est longuement confié à 20 Minutes avant un match clé dans la course à la Ligue Europa, ce dimanche (15 heures) face à Bordeaux.
  • Il dresse notamment le parallèle entre le Borussia Dortmund, où il a évolué de 2008 à 2018, et l’ASSE, deux clubs aux « supporters hyper passionnés ».

Neven Subotic va-t-il connaître un jour la défaite sous le maillot vert ? Le défenseur serbe de 29 ans symbolise en effet le renouveau stéphanois, avec comme bilan personnel huit victoires et cinq nuls depuis son arrivée en janvier dans le Forez. C’est donc tout sourire qu’il s’est présenté pour un long entretien avec 20 Minutes, mercredi midi au centre d’entraînement de L’Etrat (Loire).

Dans un anglais impeccable, cet ancien finaliste de la Ligue des champions 2013 dresse notamment un parallèle entre le Borussia Dortmund et l’ASSE concernant leur ferveur populaire. Et ce, avant un choc essentiel ce dimanche (15 heures) contre Bordeaux dans la course à la 5e place.​

​Sincèrement, imaginiez-vous que l’ASSE puisse ainsi avoir le deuxième meilleur bilan de L1 depuis votre arrivée à la fin du mercato hivernal ?

Je l’espérais, après c’est une chose de penser que ça peut s’arranger « peu à peu » (en français)… Les premières semaines, notre progression au classement se faisait d’ailleurs vraiment « peu à peu » (sourire). Nous sommes bien plus solides aujourd’hui. Je trouve notre remontée énorme et excitante mais c’est dur de l’apprécier avant de connaître la fin du périple.

Le fait que ce groupe revienne de nulle part lui permet-il d’avoir un état d’esprit spécial, à trois journées de la fin ?

Oui, ça me fait penser à notre premier titre en Bundesliga avec Dortmund (en 2011). Avant le dernier mois de compétition, personne dans le vestiaire ne parlait de cette possibilité d’être champion. Ça nous a vraiment aidés afin de ne pas nous mettre une pression négative. Là, nous avons la même attitude avec Saint-Etienne et j’aime ça. On ne parle pas d’objectif, on sait juste qu’on est bien en ce moment.

Plus globalement, n’avez-vous pas retrouvé cette année un environnement de club pouvant vous rappeler votre arrivée à Dortmund, en 2008 ?

Dès le premier jour à Saint-Etienne, on m’a montré « le charbon » (en français). Si vos parents, vos grands-parents et vos arrière-grands-parents ont travaillé à la mine, ça forme une certaine culture. Celle-ci est assez éloignée des endroits plus riches. Les gens s’identifient davantage à leur ville car ils appartiennent à un même groupe. Cela contribue selon moi à développer une communauté de fans hyper passionnés. Je me rends compte que pour eux comme pour ceux de Dortmund, quand le week-end arrive, s’ils viennent au stade, ce n’est pas parce qu’ils ne savent pas quoi faire et qu’ils ont 20 euros à dépenser. Non, ils investissent leur temps, leur argent et même leur vie.

La perspective de connaître un nouveau club avec une importante ferveur populaire a-t-elle vraiment été déterminante dans votre choix ?

C’est difficile de déterminer ça avant d’arriver. Mais oui, c’est un facteur qui a compté car c’est tellement plus fun d’évoluer ici que dans un club qui n’a pas cette tradition. Des dirigeants de l’ASSE, Loïc Perrin ou Pierre-Emerick Aubameyang [son ancien coéquipier au Borussia] m’ont tous dit que des clubs avaient plus d’argent, un meilleur stade ou une plus jolie ville, mais qu’ici, on avait les meilleurs supporters. Nos virages de supporters créent bien plus d’atmosphère que s’il y avait 100.000 spectateurs n’aimant pas vraiment le football. Ces gens passionnés sont connectés avec le club depuis des générations et je ressens complètement ce sens de la communauté unique ici. Quand on voit qu’il y avait par exemple 2.000 fans des Verts à Angers (0-1 le 17 février), ça en dit long…

Quelle image pensez-vous avoir laissé auprès des supporters de Dortmund, après dix années là-bas ?

Je crois que je faisais partie des personnes les plus appréciées par les fans du Borussia. Mais je n’étais pas le meilleur joueur (rires). A Dortmund comme à Saint-Etienne, ce qui compte le plus, ce n’est pas de savoir à quel point tu as du talent mais à quel point tu montres du cœur. Ce constat est plus ou moins rare en fonction du club où tu te trouves. J’ai reçu ces valeurs de mes parents et je cherche à amener ça sur le terrain chaque semaine. C’est ce que les supporters de Dortmund respectent et c’est ce qui nous a connectés à un niveau spécial, bien au-delà du niveau technique et du nombre de buts inscrits. Je montre toujours que chaque match est aussi important pour moi que pour les fans. Je pense que mon engagement social en dehors du football est aussi apprécié.

On a la sensation que cette reconnaissance des supporters compte autant pour vous que l’obtention de titres…

En fait, je n’ai quasiment jamais entendu personne dire : « J’ai remporté tant de titres dans ma carrière ». Oui, quand tu gagnes un trophée, tu as une médaille et c’est très bien. Mais la chose la plus incroyable dans un succès, c’est de revenir dans la ville et d’y découvrir 500.000 personnes dans les rues. C’est comme si le monde avait changé, qu’il y avait eu un miracle. Ça, c’est unique ! Je ne limiterai pas ma vision de ma carrière au nombre de titres remportés. Il y a plein de choses à aller chercher, et écrire cette histoire avec Saint-Etienne, en passant de la 16e à la 5e place, ferait partie de mes moments forts de footballeur.

Vous vous êtes engagé jusqu’en juin 2019 avec l’ASSE. Pourriez-vous bien rester stéphanois la saison prochaine ?

Oui, c’est une très bonne option pour moi. Cette demi-saison m’a permis de bien connaître le club, l’équipe et le coach. Notre réussite ne vient pas de nulle part et notre équipe peut continuer à grandir. Mais là, je me concentre totalement sur cette 5e place à conserver avant de discuter de la suite.

Il y a cinq ans, vous étiez titulaire en finale de Ligue des champions contre le Bayern Munich (1-2). Que cela vous inspire-t-il ?

J’ai connu ce niveau et je veux y retourner. Mais dans une carrière comme dans une vie, il y a des hauts et des bas, de la malchance, des blessures, des changements de coach… Ça fait partie de ma vie. Je vais de l’avant et je fais de mon mieux pour atteindre mes rêves. Je crois que quand on travaille dur, on augmente ses chances d’avoir de la réussite.

Tout de même, n’est-ce pas difficile de passer des premiers rôles en Allemagne voire même en Europe avec Dortmund à l’objectif de sauver l’ASSE d’une possible relégation comme c’était le cas au moment de votre signature ?

Il faut toujours contextualiser ses objectifs. C’est un peu difficile d’annoncer vouloir gagner la Ligue des champions avec Saint-Etienne (sourire). Même avec Dortmund, on ne se projetait jamais plus loin que le match d’après en Ligue des champions. Et à un moment, on a réalisé qu’on était plus qu’à une rencontre de la finale. Si on contextualise nos objectifs, ce qu’on est en train de faire à l’ASSE serait une réussite historique. C’est ma Ligue des champions personnelle à moi.

En Allemagne, vous avez été champion à deux reprises. Le Bayern Munich a pourtant toujours semblé être aussi imbattable en Allemagne que ne l’est désormais le PSG en France, non ?

C’est assez similaire. On l’a fait avec une équipe très spéciale et un coach très spécial [Jürgen Klopp]. Le Bayern avait beaucoup plus de grands joueurs que nous sur le papier et beaucoup plus d’argent. Mais on l’a fait car ça reste possible, de la même manière que Leicester a remporté la Premier League en 2016. Des miracles arrivent dans le sport. Peut-être que dans les dix prochaines années, le PSG aura une ou deux saisons avec une dizaine de points de moins et qu’un club pourrait en profiter.

Et dans vos rêves, l’ASSE pourrait-elle être ce club-là ?

Dans mes rêves, je peux tout imaginer (sourire).