Barça-Chelsea: Avant-centre au Camp Nou comme Olivier Giroud (ou un autre), pire job du monde «ever»?

FOOTBALL L’attaquant tricolore devrait être aligné en pointe pour aider les Blues à réaliser l’exploit à Barcelone…

J.L.

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Olivier Giroud s'apprête à passer une soirée titulaire.
Olivier Giroud s'apprête à passer une soirée titulaire. — Javier Garcia/BPI/Shutt/SIPA

L’histoire du mec par défaut avec Olivier Giroud, épisode 122. Le Français est annoncé titulaire dans toutes les bonnes gazettes britanniques pour le 8e de finale retour contre le Barça mercredi. C’était ça ou Morata, fascinant de nullardise depuis la trêve, l’expérience Hazard seul en pointe à l’aller s’étant révélée une idée aussi merdeuse que prévu.

Vous me direz que l’avant-centre des Bleus s’en fout et que c’est le genre d’opportunités inespérées la veille de la dernière liste de Deschamps avant le Mondial. Mouais. Parlez-en à toutes les grandes tiges qui se sont un jour ramenées au Camp Nou dans une équipe venue garer le semi-remorque et la caravane dans sa surface. Quelques exemples qui nous reviennent en tête, sans trop se fouler.

Lucas Toni avec le Bayern (2009) >>> Plus de buts encaissés que de ballons touchés (4-0) pour le mec qui faisait tout comme Mario Gomez en moins bien (Gomez faisant tout moins bien que Mandzukic, lui-même pâle version bêta de Lewandowski, mais là n’est pas le sujet).

Samuel Eto’o avec l’Inter en 2010 >>>  pas vu meilleur arrière-gauche sur un terrain de foot à part Marcelo, sachant que Giroud n’a pas le dixième de la pointe de vitesse du Camerounais.

Robin Van Persie avec Arsenal l’année d’après >>> Esthète du jeu, le Néerlandais n’était pas prêt à jouer avec les miettes. Carton jaune sur son premier appel pour une gifle à Alvès, carton rouge sur son seul ballon pour avoir frappé alors qu’il était largement hors-jeu. Rideau.

Didier Drogba avec Chelsea (une douzaine de fois) >>> La quintessence de la figure de l’attaquant sacrificiel au Camp Nou. Si on devait ne garder qu’un souvenir ? Cette qualif improbable en 2012 après un match passé à défendre encore plus bas que Samuel Eto’o, jusqu’à provoquer un penalty immonde, heureusement manqué par Messi.

Comme spécifié, les gars ne perdent pas à chaque fois collectivement. Mais alors individuellement, c’est la définition de l’enfer pendant 90 minutes. Pas un ballon à part ceux que tu dois aller chercher de la tête sur Piqué/Umtiti/Mascherano/Puyol sur l’un 45 dégagements pour personne de ton gardien. Pas un coéquipier à moins de 20 mètres, comme s’ils t’avaient abandonné seul à Fukushima après le drame. Pas un pressing récompensé, à part celui que tu fais sur ton entraîneur pour qu’il « remonte un peu le bloc parce que là bon c’est chaud quand même de prendre la marée à ce point-là ». On exagère ? C’est le style de la maison, et on connaît nos défauts. Du coup, on a demandé à Raphaël Cosmidis, coauteur du remarquable Comment regarder un match de foot ? comment Olivier Giroud pouvait sortir par le haut d’un piège pareil.

Concrètement, à quoi il va servir ce pauvre Olivier entre Piqué et Umtiti ?

Contre le Barça, l’objectif n’est pas forcément d’éliminer Umtiti et Piqué mais surtout de les occuper. C’est ce qu’a tenté de faire Conte à l’aller avec Hazard et sa vivacité, pour libérer de l’espace à Pedro et Willian entre les centraux catalans et les latéraux.

Ça veut dire servir de leurre tout le match ?

Ce que Giroud peut offrir à Chelsea, et ce que Conte aime faire, c’est s’en servir comme d’un pivot pour les déviations et les seconds ballons, à l’instar de l’Euro-2016 de Graziano Pellè, en entourant un joueur de tête de profils très mobiles. Le Barça va vouloir défendre très haut et récupérer vite à la perte pour éviter à Chelsea d’avoir l’occasion du 0-1, Umtiti et Piqué vont être agressifs et anticiper plus haut que la médiane.

Est-ce qu’il y a pire cas de figure que ce match-là pour lui ?

Ce n’est pas forcément un match idéal pour Giroud parce qu’il n’a pas la motricité et la vivacité d’un Diego Costa ou d’un Benzema pour tenir les ballons dos au but, alors que dans le camp adverse, quand il joue dans une équipe de possession, il est doué dans les remises ou les déviations dans des petits espaces. C’est d’ailleurs une qualité qu’on oublie un peu trop souvent chez lui, parce qu’on ne la voit pas tellement en équipe de France.

En parlant des Bleus, en quoi ça peut éventuellement le servir pour le Mondial si Deschamps regarde ?

Un match face au Barça, ça peut le préparer à certaines oppositions pour la Coupe du Monde. Deschamps a tendance à s’adapter à l’adversaire et dans des contextes tactiques où la France aura peu le ballon, comme face à l’Argentine, l’Espagne ou l’Allemagne, Giroud risquerait de retrouver un rôle similaire.

Ce n’est pas grand-chose mais c’est déjà mieux que rien. Surtout que considérant le rôle qui l’attend à Barcelone, les principes de jeu très défensifs de Conte, le profil joueur de Barcelone, il suffira d’un moment de grâce pour que le match d’Olivier Giroud soit analysé comme une petite merveille et lui permette d’asseoir sa place de titulaire à la Coupe du monde. Dans le désordre, ou plutôt dans l’ordre d’importance :

  • Le but de la qualification de la tête sur corner
  • Un but du gauche à bout portant sur la seule contre-attaque potable des Blues
  • Une remise décisive pour un pétard de Willian en lucarne
  • Une déviation de la tête pour lancer Hazard au duel (victorieux) contre Ter Stegen
  • Un pressing de chien galeux amenant une perte de balle de Piqué et un but de Marcos Alonso
  • Une simulation grotesque provoquant l’expulsion de Busquets, mille fois méritée pour l’ensemble de son œuvre
  • Un tacle à la desperado sur un slalom de Dembélé dans la surface londonienne à la 95e minute
  • Un sauvetage héroïque sur une frappe à bout portant de Messi à la 97e minute