PSG-OM: «Le contact, c'est ce qui les motive aussi», l'avis d'un défenseur sur la «protection des artistes»

FOOTBALL La parole est à la défense, avec le capitaine toulousain Issa Diop...

Nicolas Camus
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Neymar taclé par Skhiri lors de PSG-Montpellier, le 27 janvier 2018.
Neymar taclé par Skhiri lors de PSG-Montpellier, le 27 janvier 2018. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Ces dernières semaines, des voix s'élèvent parmi les joueurs, coachs et dirigeants pour demander aux arbitres de davantage protéger les meilleurs joueurs
  • Neymar, Thauvin, Fekir et les autres sont selon eux particulièrement visés et prennent plus de coups que la moyenne
  • On a demandé à un défenseur de Ligue 1 ce qu'il pensait de ce débat

A priori, Neymar est tranquille. Dimanche, face à l’OM, l’attaquant du PSG ne verra personne venir lui chatouiller les chevilles. C’est en tout cas ce que notre esprit légèrement tordu a déduit des récentes déclarations de Rudi Garcia. Et oui, le coach marseillais fait partie des leaders dans la croisade actuelle contre la maltraitance faite aux artistes.

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Depuis quelques semaines, ça braille un peu partout en France contre les méchants défenseurs qui font rien que mettre des coups dans les chevilles de Neymar, Thauvin, Fekir et des autres. Et contre les arbitres qui ne les protègent assez, évidemment. Petit tour des plus belles sorties de ces derniers jours sur le sujet, pour se mettre dans l’ambiance.

  • Florian Thauvin (OM) : « Je n’ai pas l’habitude de me plaindre, mais franchement c’est fatigant. Tous les matches, j’en sors avec une balafre. La semaine dernière c’était le pied, cette semaine c’est le tibia, aujourd’hui c’est le dos ».
  • Rudi Garcia (OM) : « lI [Thauvin] se fait massacrer ou matraquer. Il serait temps de le protéger un peu. Si l’on veut continuer à voir du spectacle, il vaut mieux que les artistes soient sur le terrain plutôt qu’à l’infirmerie ».
  • Olivier Létang (Rennes) : « Trop c’est trop, il faut protéger l’intégrité physique de ce type de joueur créatif et pas seulement Ismaïla [Sarr], tous les joueurs offensifs. Il faut absolument les protéger, aujourd’hui ce n’est pas le cas et c’est inacceptable ! […] Ce n’est pas parce que nous sommes le Stade Rennais que nos joueurs ne doivent pas être protégés. Nous ne l’accepterons pas ».
  • Falcao (Monaco) : « Je crois que les arbitres n’offrent pas la protection dont les bons joueurs ont besoin. Ça ne veut pas dire qu’ils sont mauvais. Mais peut-être que c’est le moment de protéger les bons joueurs et préserver la qualité du football ».
  • Jean-Michel :

Loin de nous l’idée de dire qu’ils ont tort sur toute la ligne. Les week-ends seraient clairement moins fun sans les crochets exter’, feintes, débordements, petits ponts et sombreros des plus fins techniciens de notre championnat. On vibre sur les grigris de Neymar, on imagine l’équipe de France au sommet du foot mondial en regardant Mbappé, Thauvin et Fekir… Ce qui n’empêche pas de se demander si le débat est correctement posé.

Ça veut dire quoi, « protéger » ? Les grosses fautes ne sont-elles pas déjà sanctionnées d’un carton rouge ? Et on s’organise comment, on fait une liste des artistes qui ne peuvent plus être touchés ?

« Protégé, mais protégé de quoi ? »

Les défenseurs ont peut-être leur mot à dire, aussi. Le grand Souleymane Diawara, dont le petit plaisir personnel était d’exhiber l’air de rien à la face des attaquants adverses ses crampons de 18 fartés comme les skis de Martin Fourcade, a dégainé le premier dans une interview au Parisien en début de semaine.

« Protégé, mais protégé de quoi ?, s’insurge le Carlos Mozer des années 2000. En France, les défenseurs jouent physique, c’est comme ça. Alors papa, si en plus tu commences à le narguer, il va mettre le pied, il va être plus agressif sur toi, c’est certain. En gros, Neymar, il ne faudrait pas le toucher ? C’est bon… »

Ça nous a donné envie d’aller un peu plus loin avec un défenseur qui se coltine les fameux artistes toutes les semaines. Issa Diop, le solide capitaine toulousain, a accepté de nous aider. On le laisse dérouler.

Ce qu’il pense de ce débat en tant que défenseur

« Il faut protéger les grands joueurs contre les attentats et les fautes grossières, on ne dit pas le contraire, mais il ne faut pas non plus un arbitrage à deux vitesses. C’est valable pour tout le monde. C’est vrai que ce sont des joueurs talentueux, qui font le spectacle, mais je ne crois pas qu’ils devraient bénéficier d’un traitement de faveur. Ça fait partie du foot, c’est un sport de contact. Si on ne peut plus du tout intervenir, on fait comment ? Et puis ce ne sera plus du football et le jeu perdra de son charme. Et d’ailleurs, même ces joueurs-là ils aiment bien quand il y a un peu d’engagement, du défi. C’est ce qui les motive aussi ».

Comment lui défend sur des joueurs comme Neymar ou Thauvin

« Franchement, je joue pareil quel que soit le joueur en face. Avant le match, on en parle entre coéquipiers, on se dit qu’on va essayer de défendre à plusieurs, de faire attention, mais jamais qu’il fallait qu’on fasse plus de fautes sur eux que sur les autres. En tout cas à Toulouse c’est comme ça. Après, il y a aussi des défenseurs qui savent que face à ces joueurs, leur seul moyen de gagner leurs duels c’est de leur faire péter un plomb, les faire sortir du match. Certains jouent là-dessus ».

«Insupportables ces mecs avec leurs coups de rein là...»
«Insupportables ces mecs avec leurs coups de rein là...» - PASCAL PAVANI / AFP

La mauvaise image des défenseurs

« On sait bien que les gens viennent au stade pour voir les joueurs offensifs. Ce sont eux les stars, eux qui font rêver les gamins. Nous on a moins de fans (il rit), c’est normal et dans tous les sports c’est comme ça ».

L’art de la défense

« Bien défendre, c’est aussi un art. Les meilleures équipes, elles ont certes des joueurs exceptionnels en attaque, mais elles ont surtout des grosses défenses, des mecs qui font bloc tous ensemble et très bien. La base de leurs succès, c’est la défense. Après, pour moi, un défenseur n’est pas un artiste. On laisse là aux Neymar, aux Thauvin. Nous, notre rôle, c’est d’empêcher les artistes d’être performant et de favoriser les attaques de nos artistes à nous ».

Le rôle des arbitres

Ce débat, c’est peut-être aussi pour influencer les décisions, mettre la pression. Peut-être qu’inconsciemment, les arbitres vont se dire qu’ils doivent faire plus attention. Mais honnêtement, moi je trouve qu’ils les sifflent, les fautes. Et qu’ils protègent déjà beaucoup les grands joueurs sur toutes les petites fautes qu’il peut y avoir. Les grands joueurs, ils n’aiment pas qu’on soit derrière eux à les titiller, à leur mordre les chevilles. Nous, les défenseurs, on en subit aussi. Quand l’attaquant il veut se démarquer, il nous met des petits coups que l’arbitre ne voit pas. On ne se plaint pas et c’est normal, on en met. Il faut arbitrer tout le monde de la même manière.

L’évolution de l’arbitrage

« Je ne suis pas très vieux en Ligue 1, mais je trouve que par rapport à il y a quelques années, ça a déjà changé. Le jeu est beaucoup moins dangereux maintenant qu’avant. Il y avait beaucoup plus de grosses fautes, d’engagement négatif. A ceux qui se plaignent, on pourrait dire de regarder les PSG-OM des années 90. Mais même au début des années 2000, on voyait des gestes qui ne passeraient plus aujourd’hui ».

La nécessité de rentabiliser les investissements (télévisions, clubs, public) avec du spectacle

« Si c’était ça la raison, ce débat aurait lieu dans tous les championnats européens. Là, on ne le voit qu’en France j’ai l’impression. De mémoire, je n’ai jamais entendu Ronaldo ou Messi dire qu’il leur fallait un traitement de faveur. Et puis, le jeu comme il est actuellement n’empêche pas le spectacle. En ligue 1, Neymar Fekir et Thauvin sont dans les cinq meilleurs buteurs. Je n’ai pas l’impression qu’on les empêche de briller ».

Le cas Neymar

« Il se plaint, mais il en prend aussi beaucoup. Je crois qu’il aime ça aussi, ce petit jeu d’intox avec les défenseurs. J’ai quand même l’impression que ça dépend de son humeur. Par exemple, contre nous, il ne s’est pas du tout plaint, alors qu’il a pris quelques coups, et sur d’autres matchs il a moins pris et râler davantage. Depuis qu’il est jeune il prend des coups, c’est presque automatique avec lui. Mais c’est parce qu’il provoque énormément. Tu ne fais pas exprès, mais des fois il va trop vite ».

«Oups...»
«Oups...» - David Niviere/SIPA