À l'aise Breizh: Le Graët, Stéphan, Ripoll, Rouxel... Les Bretons dirigent le foot français

FOOTBALL On devrait même remplacer «Bretons» par «Guingampais»...

Jeremy Goujon

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Noël Le Graët, Didier Deschamps et Guy Stéphan avant le France-Albanie à Rennes, le 14 novembre 2014.
Noël Le Graët, Didier Deschamps et Guy Stéphan avant le France-Albanie à Rennes, le 14 novembre 2014. — F. Fife / AFP
  • Du président de la Fédération au sélectionneur des U18, en passant par l'adjoint de DD et le patron des Espoirs : c'est fou ce qu'il y a comme Bretons au sommet.
  • Autant de personnalités qui ont toutes, ou presque, un dénominateur commun : l'En Avant de Guingamp.

Avant le France-Biélorussie de ce mardi (20 h 45), et surtout le Guingamp-Stade Rennais de samedi (20 h), zoom sur les personnalités bretonnes qui « font » le football français. 20 Minutes a ainsi appelé une légende de l’EAG (Yvon Schmitt) et l’historien du foot made in Breizh (Georges Cadiou) pour décrypter ce « phénomène »…

Noël Le Graët (75 ans, président de la Fédération française de football). Tour à tour président de l’En Avant de Guingamp (1972-1991, puis 2002-2011), de la Ligue nationale de football (1991-2000) et vice-président de la FFF (2005-2011), le chef d’entreprise, né à Bourbriac (Côtes-d’Armor), devient LE boss en juin 2011. « La force de persuasion qui l’a toujours animé a fait que l’équipe, qu’il avait prise à un niveau régional, a accédé à l’échelon national, pose Yvon Schmitt. Il est passé le plus naturellement du monde de la présidence de l’EAG à celle de la FFF.

S’il avait déjà cette ambition dans les années 1970 ? Ce n’était pas palpable. Par contre, ce que je ressentais, c’est qu’il n’avait pas pris les rênes de Guingamp pour rester dans le giron amateur. Il ne savait pas jusqu’où il amènerait le club, mais comme c’est quelqu’un qui anticipe et qui est assez visionnaire, avec une grande capacité d’écoute, il savait que celui-ci pouvait lui servir pour franchir différentes étapes. »

Guy Stéphan (60 ans, adjoint de Didier Deschamps en équipe de France). Natif de Ploumilliau (22 again), l’ancien milieu offensif fait connaissance avec DD durant l’Euro 2000. Les deux hommes collaborent d’abord à l’OM (2009-2012), puis chez les Bleus. « J’ai joué plusieurs saisons avec Guy [à Guingamp, entre 1976 et 1980], se souvient Schmitt. C’est encore un très bon copain, avec lequel j’échange régulièrement. Il a toujours cette faculté d’être dans l’élégance, c’est un gars très bien élevé ! 

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Quand il avait 18 ans, il était déjà entraîneur dans l’âme. Il pouvait résoudre certaines choses que le coach de l’époque voyait ou pas sur le terrain. Guy réfléchissait beaucoup, il se préparait comme un pro même en étant amateur, dans tout ce qui était l’entraînement invisible, etc. C’est vrai qu’il a suivi des études pour être prof de gym, mais il était méthodique. En termes de complicité et de confiance mutuelle, on voit qu’il se passe quelque chose de fort entre lui et Deschamps. »

Sylvain Ripoll (46 ans, sélectionneur des Espoirs tricolores). Le Rennais d’origine, flanqué, entre autres, de l’entraîneur des gardiens Patrick L’Hostis et du préparateur physique Florian Simon (tous deux connus au FC Lorient), a pour mission de se qualifier pour l’Euro 2019. « Après une belle carrière à haut niveau en tant que joueur, il a totalement suivi Christian Gourcuff, car il a vraiment la même conception du foot, analyse Georges Cadiou. Sylvain n’est pas du genre à taper du poing sur la table, c’est quelqu’un de foncièrement gentil.

Et dans ce monde qui n’est pas toujours celui des Bisounours, ça l’a peut-être desservi, dans le sens où il a été débarqué un peu rapidement à Lorient. Comme entraîneur, il rêve sans doute d’un grand club - ce qui me paraît normal, mais son côté humaniste (en relation avec Christian) peut mieux s’adapter au poste qu’il occupe aujourd’hui. Même si ça reste un rôle de compétiteur, et, d’ailleurs, j’ai cru voir pour l’instant que ce n’était pas trop mal. »

Lionel Rouxel (47 ans, sélectionneur des U18 bleu-blanc-rouge). L’ex-compagnon d’attaque de Stéphane Guivarc’h, originaire de Dinan, se trouve actuellement en Inde pour la Coupe du monde U17. « C’est moi qui l’ai fait venir à Guingamp quand il avait 17 ans, rappelle Yvon Schmitt. N’ayant pas fait de centre de formation, Lionel est parti de loin pour devenir un joueur et un buteur de Ligue 1, et, très rapidement, un éducateur. Il adore le foot, le jeu, et niveau boulot, je peux vous assurer que c’est un gros travailleur.

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Concernant les jeunes joueurs, il sait de quoi il parle : il a commencé par entraîner ceux du Paris FC, il est revenu ensuite à Guingamp pour y prendre, notamment, la direction du centre, et il est devenu entraîneur national. Une chose est sûre : il ne faut jamais le décevoir, ni le trahir. Les Bleuets doivent faire attention, je les ai regardés hier [dimanche] : je suis sûr qu’à 7-1 [face à la Nouvelle-Calédonie], Lionel était content du score… mais le connaissant, il n’était pas content de tout. »

Bonus

Didier Deschamps (48 ans, Breton d’adoption n°1). « Comme chacun sait, il est Basque et fier de ses origines, démarre Cadiou, mais il est devenu Breton par affection. C’est vraiment un produit de la Jonelière à Nantes. Autrement dit, il a quand même été formé dans ce que j’appelle, personnellement, la Bretagne. C’est à cette époque-là qu’il a fait la connaissance de sa femme [Claude], qui est de Concarneau [le couple y possède une maison de vacances sur la corniche].

Il a l’esprit de famille, puisqu’il se rend assez régulièrement chez ses beaux-parents lorsqu’il y a des congés. Son lien avec la région est donc affectif, sachant qu’en plus, il s’est lié d’amitié avec Nicolas Cloarec, l’entraîneur de l’US Concarnoise. Et quand il le peut, Didier Deschamps assiste à des matchs des Thoniers en National. »

Raymond Domenech (65 ans, Breton d’adoption n°2). Le Lyonnais, dont le père est Catalan, est le sélectionneur de l’équipe officieuse de Bretagne (la « Skipailh Breizh ») depuis avril 2016. L’actuel président de l’Unecatef (l’Union nationale des entraîneurs et cadres techniques du football français) dispose lui aussi d’une résidence secondaire bretonne, à Étables-sur-Mer (Côtes-d’Armor). « Je ne sais pas trop ce qu’il l’a amené en Bretagne, s’interroge Georges Cadiou.

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Il a eu un coup de cœur pour la région, et automatiquement, il s’est intéressé à Guingamp, le club du département en question. Lui et Estelle Denis sont donc souvent dans les travées du Roudourou. Comme Deschamps, Raymond Domenech est assez teigneux, ce que l’on dit parfois des Bretons. Ils sont têtus, dans le sens "persévérants", et aiment le travail bien fait. »