Coupe du monde 2018: Un match, une histoire... Le parcours des Bleus raconté en six anecdotes personnelles

FOOTBALL Six matchs, six photos, six petites histoires autour du parcours de l'équipe de France dans ce Mondial...

Nicolas Camus

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Parfois, il n'y a pas besoin de légende.
Parfois, il n'y a pas besoin de légende. — CHINE NOUVELLE/SIPA

De notre envoyé spécial à Istra, Kazan, Iekaterinbourg, Moscou, Nijni Novgorod et Saint-Pétersbourg,

L’exercice n’est pas simple. Raconter l’épopée de l'équipe de France dans cette Coupe du monde en choisissant une photo par match, illustrant la petite histoire, le ressenti, le détail peut-être, qui nous a marqué ce jour-là. C’est là qu’on se rend compte qu’il s’en sera passé, des choses, depuis le 16 juin et l’entrée des Bleus dans la compétition face à l’Australie. En attendant, on l’espère de tout cœur, l’apothéose dimanche soir, c’est le moment de jeter un œil dans le rétro.

France Australie : Le premier hymne en Coupe du monde

Là, on y est.
Là, on y est. - Anatoliiy MEDVED/SIPA

Ça paraît tout con, à raconter comme ça, quatre semaines après, alors que s’avance peut-être un moment d’éternité. Mais l’image de ce France-Australie, c’est l’hymne national. La première Marseillaise, qui vous fait dire que ça y est, après l’avoir attendue des mois et des mois, l’aventure a commencé. Vous ne savez pas si vous allez assister à un fiasco retentissant ou à une histoire que vous raconterez encore dans quarante ans avec des étoiles dans les yeux.

Ou pire, peut-être que vous allez rester dans un entre-deux un peu fade, celui que personne n’aime, qui devient de plus en plus flou à mesure qu’on s’en éloigne, ensuite. Ces questions se bousculent, debout en tribune, les mains dans le dos, le buste un peu plus droit que ce qu’on avait prévu. Une Coupe du monde, c’est unique.

France-Pérou : Bienvenue à Lima

Lima à Iekaterinbourg.
Lima à Iekaterinbourg. - JORGE GUERRERO / AFP

On savait qu’il y aurait beaucoup de Péruviens pour ce deuxième match. Mais il était impossible d’imaginer un tel déferlement. Les supporters de ce petit pays d’Amérique du Sud, peau burinée, couleurs vives sur dos, ont envahi Iekaterinbourg, cité grisâtre de l’Oural, dernier arrêt avant la Sibérie. Ils étaient là, à chaque coin de rue, dans les bus, devant l’entrée des monuments, dans le hall de notre hôtel, aux terrasses des bars, devant le stade, depuis la veille jusqu’au coup d’envoi. Ils nous ont transportés à Lima pendant 90 minutes, avant de finir en larmes, éliminés au coup de sifflet final. La France aura fait de la peine à beaucoup de pays dans cette compétition, et certaines fois, ça vous touche un peu plus que d’autres.

France-Danemark : Le détachement de Griezmann (et des autres) après la bouillie

Griezmann, l'homme qui a réussi à prendre du plaisir lors de France-Danemark.
Griezmann, l'homme qui a réussi à prendre du plaisir lors de France-Danemark. - SIPA

Le premier 0-0 du Mondial, et il fallait que ça tombe sur nous. Surtout, un 0-0 tout pourri, joué à deux à l’heure, où tout le monde s’est ennuyé, pour le dire poliment. Le débrief s’annonçait musclé avec les Bleus en zone mixte, mais ils nous ont complètement douchés. On se rappelle très bien avoir été décontenancé par le détachement de Griezmann, notamment. La France était première de son groupe, n’avait pas encaissé de but… lui avait pris son pied. Mais pas seulement parce qu’il a l’habitude de ce genre de match avec son club. Il y avait déjà cette force, cette assurance que tout était sous contrôle. Le jour où, dans le brouillard, les joueurs nous ont fait comprendre à leur façon que ce groupe ne connaissait pas la notion de doute.

France-Argentine : Les onze minutes les plus délirantes de notre vie (de journaliste)

Parfois, il n'y a pas besoin de légende.
Parfois, il n'y a pas besoin de légende. - CHINE NOUVELLE/SIPA

Les poils qui se hérissent de partout. Honnêtement, c’est rare - et même encore moins que ça - quand on assiste à un match pour le travail. Mais ce qu’il s’est passé entre la 57e et la 68e minute de ce 8e de finale, de la volée lunaire de Pavard au but du break de Mbappé après un contre d’école, restera à vie. C’est comme si, dans ce laps de temps, le stade de Kazan n’avait plus été connecté à la Terre, et nous avec. On est sorti de là liquide, et pas uniquement parce qu’il faisait un bon 35°, même si ça n’a pas dû aider. Cette sensation-là, merveilleusement indescriptible, on ne la retrouvera même pas si la France est championne du monde dimanche, c’est certain.

France-Uruguay : Varane le hargneux

QU'EST-CE QUE TU DIS J'ENTENDS PAS.
QU'EST-CE QUE TU DIS J'ENTENDS PAS. - Kunihiko Miura/AP/SIPA

On avait passé l’avant-match à parler des deux défenseurs centraux uruguayens, Godin et Gimenez, symboles de la hargne et du vice, qu’on aime admirer chez les autres parce qu’on n’en a pas nous-mêmes. Ce n’était pas avec le gentil Raphaël Varane qu’on allait arriver à quelque chose, hein. Cette image lui collait aux crampons. Et boom, dans nos dents. Le boss, sur ce quart de finale, ça a été lui.

On a presque été choqué de voir sa tête, toute jugulaire dehors, au moment de célébrer son but. Comme s’il était sorti de lui-même, pour exprimer des choses enfouies très loin. C’est peut-être de la psychologie de comptoir. Peut-être pas. Le lendemain, lui nous avait dit qu’il y avait là-dedans la frustration d’avoir manqué l’Euro, il y a deux ans. L’avenir dira si c’était un peu plus que ça. Nous, on est persuadé que oui, mais on va le laisser tranquillement poursuivre sa transformation en Franz Beckenbauer.

France-Belgique : Les images qui arrivent de France

La teuf sur les Champs après la qualification pour la finale.
La teuf sur les Champs après la qualification pour la finale. - Erez Lichtfeld/SIPA

C’est d’abord une photo de la place de l’Hôtel de ville de Paris, vue entre deux courses d’Eden Hazard dans la première demi-heure de cette demi-finale. Et puis celles, ahurissantes, des Champs-Elysées, quelques minutes après le coup de sifflet final, alors qu’on attend les joueurs dans la zone mixte du stade Krestovski. Depuis la Russie, on n’avait même pas pensé à ça, à cette ferveur qui pouvait monter d’un coup d’un seul. Notre Coupe du monde, jusque-là, c’était Istra, son ambiance week-end à la campagne, et puis l’agitation ponctuelle des villes où ont joué les Bleus.

Et voilà que la liesse populaire nous saute à la gueule via notre téléphone. Et nous ramène à la maison, un peu. On apprend par message que c’est la grosse fête à Corbas, près de Lyon, avec « des klaxons, des pétards et des gens qui hurlent ». Le genre de truc auquel seul un bébé qui dort peut résister. Et c'est partout comme ça, apparemment. On est loin, mais ça fait du bien.