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« Le petit globe est présent dans ma tête », dit Julia Simon avant Pokljuka

Mondiaux de biathlon : « Le petit globe de la mass start est présent dans ma tête », déclare Julia Simon avant Pokljuka

INTERVIEWLa Française Julia Simon est en confiance avant les championnats du monde de biathlon de Pokljuka, qui commencent mercredi avec le relais mixte
William Pereira

Propos recueillis par William Pereira

L'essentiel

  • Julia Simon arrive avec confiance aux Mondiaux de biathlon de Pokljuka.
  • La Française a remporté les mass start d’Oberhof et Antholz.
  • Elle sera très attendue sur les championnats du monde.

C’est un paradoxe comme le sport sait nous en offrir. A l’aube des championnats du Monde de biathlon de Pokljuka, la Française vers qui se tourneront les regards n’est pas la mieux classée en Coupe du monde – cet honneur revient à Anaïs Chevalier-Bouchet, 9e du général. Mais Julia Simon (11e) a pour elle ce dossard rouge de la mass start, fruit de ses deux victoires consécutives sur la spécialité à Oberhof et Antholz. Un coup d’éclat forcément plus flashy que la régularité à laquelle elle aspire sur le long terme. En attendant, elle est confiante sur sa capacité à prolonger son cycle vertueux en Slovénie, avec le petit globe dans un coin de la tête mais sans obsession.

Comment se sont passées ces deux semaines entre Antholz et les Mondiaux ?

Ça a été du repos sur la première partie. C’était tranquille pour récupérer sur le début. Ensuite on est reparti sur un bloc de musculation à de petites intensités et puis c’était déjà l’heure de repartir. Ça passe assez vite finalement. Il y a eu 15 jours de pause donc il faudra veiller à bien relancer la machine. Mais tout va bien et il n’y a aucune raison que les choses soient différentes d’Antholz. Je suis plutôt confiante et satisfaite des 15 jours passés à la maison.

Vous arrivez à Pokljuka forte de deux victoires sur mass start et un dossard de leader de la spécialité en prime. Qu’est-ce que ça a changé dans votre saison ?

Ça fait plaisir (rires). C’est venu après des échecs et des déceptions. C’était un objectif de pouvoir remonter sur les podiums dès cet hiver et là je peux capitaliser sur trois belles courses, c’est important.

Chez les garçons aussi, il y a un truc spécial avec les courses à confrontation directe. C’est une particularité française ?

Non, je pense que c’est personnel. Me concernant, c’est plus facile de me concentrer sur moi et ma course quand il y a du monde autour. Et ça me transcende aussi, c’est ce que j’aime dans la confrontation. En ce moment, je marche mieux sur ces formats-là, oui, mais j’essaye de l’être partout et j’essaye de chercher à comprendre pourquoi ça marche mieux en course groupée plutôt qu’en individuelle. Le but à long terme sera aussi de chercher la régularité dans les courses individuelles.

Comment faire pour garder la confiance que vous avez accumulée avant une grosse échéance comme les Mondiaux avec 15 jours de pause ?

J’avoue que j’ai pas nécessairement parlé autour de moi de comment capitaliser là-dessus. On sait qu’au biathlon, tout peut arriver du jour au lendemain, donc une fois qu’on trouve des bonnes sensations, on s’attelle à les garder. Sur les skis par exemple, je me dis que j’étais très bien à Antholz et qu’il n’y a aucune raison que je perde 20 secondes sur mes temps deux semaines plus tard. On essaye de rester là-dessus, mais j’ai pas besoin qu’on me répète « tu as fait une bonne course il y a deux semaines, ça va bien se passer ».

Par contre, je profite des entraînements pour retrouver du calme derrière ma carabine, être concentrée et m’appliquer. J’aime pas vraiment ressasser ce qu’il s’est passé deux semaines en arrière. Quand on est devant, il faut aller de l’avant. Je ne peux pas me dire que j’ai gagné deux courses pour me rassurer. J’essaye de gérer au mieux les paramètres que je peux contrôler. Quand ça se passe mal c’est pareil, ça ne sert à rien de se le remémorer constamment. Si tu restes dix jours là-dessus, c’est du temps perdu. Il faut reconstruire sans cesse et donc s’entraîner.

Vous parlez de regarder vers l’avant. Il y a les Mondiaux mais aussi un petit globe de la mass start qui se profile. Vous y pensez ?

Bien sûr, c’est présent dans ma tête. Tout le monde m’en parle. J’ai pas coché cette course-là sur les Mondiaux. Je ne me dis pas « c’est cette course-là que je dois gagner ». Non, c’est se mettre de la pression. Quelle que soit la course, dès que je serai derrière le portique je ferai de mon mieux. Il y aura ce maillot rouge sur la mass start, oui, mais il ne faut pas mettre toute la pression là-dessus, même si j’ai évidemment envie de défendre ce dossard. Mais je ne peux pas tout gérer non plus, je ne sais pas ce que feront mes adversaires. On verra ce que ça donne et on comptera les points à la fin.

Il y a une attention médiatique croissante autour de vous. Vous pouvez devenir la première Française à gagner un petit globe depuis Sandrine Bailly en 2008…

Forcément tout le monde me parle de ce maillot, de cette mass start, des Mondiaux. Mais il ne faut pas oublier que la mass start des Mondiaux, elle va arriver à la fin et je n’y penserai pas avant. Je vais pas commencer à penser à ça, il y a beaucoup de courses avant et il faut placer les priorités là où elles sont. Donc course après course. On verra à la fin des Mondiaux si oui ou non je pourrai gagner ce maillot. Mais ça, j’y penserai la veille de la mass start, pas avant.

Le revers de la médaille, c’est la pression, mais le bon côté c’est qu’avec le retrait de Martin Fourcade, la lumière est mieux répartie entre les deux équipes de France, non ?

Oui, même si j’avoue n’avoir pas couru beaucoup d’années avec Martin, je suis arrivée sur la fin de sa carrière. Mais on a toujours les garçons qui sont très bons et c’est bien, j’ai l’impression qu’on parle toujours autant de biathlon. Après, est-ce qu’on nous met plus en lumière nous ? Je n’ai pas trop fait attention, je ne me pose pas ce genre de questions. Mais c’est sûr qu’on a envie d’être présentes aussi, de faire des résultats et on veut le montrer. On n’est pas moins bonnes que les garçons et c’est une belle récompense que de pouvoir être sur un relais mixte où c’est garçon et filles et c’est un honneur de pouvoir représenter la France sur une course comme ça.

Avec l’envie de faire mieux qu’aux derniers Mondiaux, où ça ne s’était pas bien passé ?

Ce qui est passé, est passé. Ça a été compliqué pour tout le monde. On en a tiré des enseignements et on a envie de faire mieux. Comme je le dis, je ne veux pas penser à ce qu’il s’est passé l’an dernier pendant 15 jours, ça ne sert à rien. Ça s’est mal passé, mais il faut surtout chercher à comprendre pourquoi pour essayer de ne pas le refaire. Là c’est un peu différent. J’ai plus de podiums que l’an dernier, j’arrive avec plus de confiance et de sérénité. L’an dernier, c’est du passé.