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Corée du Nord : « Non, on n’a pas vu Kim Jong-un »… Au cœur du marathon de Pyongyang, ouvert aux étrangers
Pas comme les autres•La 31 édition du marathon international de Pyongyang, la capitale de Corée du Nord, s’est déroulée début avrilAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- La 31e édition du marathon international de Pyongyang a eu lieu en 2025, accueillant environ 500 participants dont 200 étrangers, après une interruption depuis 2019 due à la pandémie.
- Parmi les participants étrangers, des athlètes amateurs, bien sûr, mais aussi des voyageurs avides de finir leur tour du monde des pays visités ou des influenceurs.
- Selon Zoé Stephens, une participante britannique, l’expérience était « absolument incroyable » : « C’est un régime dictatorial et autoritaire, mais ce n’est pas tout. C’est un pays plein de bonnes personnes, qui ont une culture, une histoire et un langage. »
Que ça soit à Paris ou à Pyongyang, les réflexes sont les mêmes avant de disputer le marathon. Une petite photo du dossard, encore mieux si c’est un selfie, à poster sur les réseaux sociaux et c’est parti pour 42,195 km. Car, oui, quelques jours avant que les meilleurs athlètes et plusieurs milliers d’amateurs du monde entier en quête de sensation ne battent le pavé parisien, la capitale nord-coréenne a, elle aussi, accueilli sa 31e édition, avec un poil moins de monde.
Un peu moins de 500 athlètes, certains n’ayant d’athlètes que le nom, ont pris part à cet événement (qui proposait aussi un 5 km, un 10 km et un semi-marathon), qui s’inscrit dans le cadre des célébrations de l’anniversaire de la naissance du dirigeant fondateur Kim Il-sung en 1912 et qui n’avait plus été organisé depuis 2019. Parmi cette bande de joyeux drilles, environ 200 étrangers étaient présents.
Influenceurs, passionnés de voyage et athlètes
Depuis 2014, le marathon international de Pyongyang s’est en effet ouvert aux autres pays, et une cinquantaine de nationalités se sont rendues en Corée du Nord pour cette édition 2025. Parmi elles, la Britannique Zoé Stephens, qui s’est alignée sur le semi-marathon, et qui revenait dans la capitale nord-coréenne avec un plaisir non dissimulé. « C’était absolument incroyable, autant d’être de retour à Pyongyang que de faire partie de cette course, nous explique-t-elle. Tu entres dans un stade où il y a 50.000 spectateurs qui t’accueillent. C’est une atmosphère fantastique. »
Zoé travaille dans la société Koryo Tours, une agence de voyages spécialisée dans les séjours en Corée du Nord, partenaire de voyage exclusif du marathon de Pyongyang, qui a permis à ceux qui le voulaient de venir courir ce marathon si spécial. Simon Cockerell, directeur général de Koryo Tours, détaille les motivations de ces privilégiés, puisque le pays reste fermé aux touristes, qui ont dû dépenser 2.190 euros pour ce séjour de cinq jours en partant de Pékin.
« Certaines personnes étaient là parce qu’elles voulaient vraiment faire un marathon en Corée du Nord, détaille D’autres voulaient juste aller dans ce pays. Il y avait 14 personnes, de ces 200, qui complétaient leur collection de pays. Ils seraient venus même s’il y avait une exposition de timbres ou un festival de nourriture, donc ils étaient prêts à participer à une course. Et puis il y avait beaucoup de gens qui étaient impliqués dans la création de contenu, des influenceurs. »
Un poil de libertés en tant que délégation spéciale
Contactés, six d’entre eux n’ont pas répondu à nos sollicitations. Mais Zoé Stephens l’assure, elle qui a fait plusieurs posts sur ces réseaux sociaux de cette aventure, rien n’a été commandé ou dicté par le régime. « Mon contenu est assez libre, insiste-t-elle. Je montre l’un des côtés du pays, les médias montrent l’autre côté. J’espère que les gens pourront se construire une image plus complète de la Corée du Nord. C’est un régime dictatorial et autoritaire, mais ce n’est pas tout. C’est un pays plein de bonnes personnes, qui ont une culture, une histoire et un langage. »
Tous les étrangers venus disputer ce marathon international de Pyongyang étant considérés comme athlètes amateurs, invités en délégation spéciale invités par l’Association athlétique nord-coréenne et pas comme touristes, ils ont pu bénéficier d’un traitement un peu plus light de la part des autorités du pays, même si avant leur arrivée sur place, tout un tas de consignes, notamment pour dire ce qu’ils n’avaient pas le droit de faire, leur ont été données.
Pas besoin de faire allégeance au Juche, ni de se prosterner devant chaque portrait de Kim Jong-il ou Kim Jong-un qui ornent Pyongyang ou de se coiffer à la nord-coréenne (15 coupes disponibles seulement. Une certaine idée de la liberté). « La plupart des gens s’attendaient à être plus contrôlés, reprend Simon Cockerell. Ils pouvaient aller faire une course en matinée sans être accompagnés d’un guide. C’est très strict, beaucoup plus que n’importe quel autre pays, mais dans la tête des gens, ils s’attendent à pire. »
Juche un doigt
Bon, n’imaginez pas non plus tout ce beau monde pouvoir se balader les yeux en l’air dans tout le pays. Durant les cinq jours, le programme a quand même été très encadré, le tout concentré sur Pyongyang. Et, même s’ils n’étaient pas considérés comme touristes, c’était tout comme, avec la visite prévue des beautés locales : Le musée de la guerre, la Tour du Juche, les statues de Kim Il-sung et Kim Jong-il, le métro de Pyongyang, des magasins, des restaurants, un bar à bière, une exhibition de Taekwondo et le lieu de naissance de Kim Il-sung.
Le portrait de celui qui a été proclamé « président éternel de la République » est évidemment affiché en grand dans le stade qui porte son nom et devant lequel tous les participants au marathon se sont présentés. Mais pas de trace de son petit-fils, Kim Jong-un, actuel dirigeant de la Corée du Nord. « Non, on ne l’a pas vu, il n’assiste pas au marathon », conclut Zoé Stephens. Il se prépare peut-être pour la prochaine édition.



















