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UTMB 2026 : « Elle a l’habitude de souffrir »… Comment Blandine L’Hirondel a signé un finish héroïque après ses chutes
No pain no gain•La traileuse normande de 35 ans s’est offert la plus grande victoire de sa carrière, ce samedi sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (170 km et 9.700 m de D+), en allant au bout d’elle-même pour rejoindre ChamonixJérémy Laugier
L'essentiel
- Blandine L'Hirondel a remporté ce samedi l'UTMB 2026 en réalisant le meilleur chrono féminin de l'histoire sur le format «100 miles» de l'épreuve (21h54'49'').
- La traileuse tricolore sortait pourtant d'une préparation perturbée par une endofibrose iliaque, qui l'a conduite à subir deux chutes dans les derniers kilomètres de l'épreuve référence de l'ultra-trail.
- Héroïque dans le final pour rejoindre Chamonix au bout de la douleur, la Normande de 35 ans a pu ressentir à quel point l'engouement autour d'elle était « zinzin » ce week-end.
De notre envoyé spécial à Chamonix,
Dire qu’on avait passé tout notre samedi à se projeter sur sa victoire implacable, maîtrisée, limite sans histoire. Après avoir pris les devants durant la nuit de vendredi à samedi, au moment où l’ex-gloutonne de l’ultra-trail Courtney Dauwalter vivait sa deuxième galère de rang sur l’UTMB (abandon au km 71), Blandine L’Hirondel semblait presque voler sur les sentiers autour du Mont-Blanc. Une sacrée surprise quand on songe à sa préparation tronquée par une endofibrose iliaque.
Vainqueure de la prestigieuse Diagonale des Fous (175 km à La Réunion) en octobre 2025, la Normande a fait basculer sa course dans l’irrationnel en enchaînant deux chutes dans le final. Le terrible ralenti de sa deuxième cascade, avec un auto-croc-en-jambe, diffusé sur les écrans géants de Chamonix, a fait redouter le pire à tous les spectateurs.
Sa dernière descente est un véritable calvaire
Il avait beau ne rester que 5 km à parcourir, pourrait-elle encore poser sa jambe gauche douloureuse sur le sol ? Son écart conséquent de plus de 30 minutes sur sa poursuivante américaine Rachel Entrekin allait-il vraiment suffire, alors que Blandine L’Hirondel peinait à retenir ses larmes et à se relancer ? La descente assez technique entre La Flégère et le centre de Chamonix a clairement été un véritable calvaire pour elle. C’est pourquoi un drama ultime prenait forme, jusqu’à l’épilogue le plus émouvant du week-end haut-savoyard.
Héroïque, l’athlète Kiprun de 35 ans a su tenir bon, en boitant, avant de fondre en larmes et de remercier avec insistance le public, enroûlée dans un drapeau français. Des larmes immédiatement contagieuses. Alors, à quel point son clan a-t-il craint le scénario de l’effondrement ce samedi ?
L'endofibrose à la jambe gauche a entraîné ses chutes
« Ces douleurs d’endofibrose à la jambe gauche, qui étaient une vraie anxiété pour Blandine, ont entraîné les chutes, explique Lilian Gugliero, son entraîneur depuis 2023. Elle était plus tendue, elle compensait avec la jambe droite et les impacts des chutes n’ont pas aidé. Je venais justement de me dire que c’était gagné à son arrivée à La Flégère (km 166)… Mais après sa grosse chute, il y a eu beaucoup de stress jusqu’au bout. Comme il y avait de nombreux cailloux à certains endroits, elle pouvait ne plus être en mesure de marcher selon comment elle tombait. Et là, ça aurait été fini… »
« Heureusement », Blandine L’Hirondel n’en est pas à son coup d’essai en carrière. « C’est une habitude pour elle, les grosses souffrances sur les fins de course, note ainsi Lilian Gugliero. Là, c’est certain qu’elle souffrait à chaque appui, mais elle a l’habitude de souffrir. Elle a une grosse tolérance à ses douleurs, elle sait gérer ça. C’est pourquoi dans le fond, je savais qu’elle irait au bout comme ça. »
Si bien que la dure au mal caennaise a conservé 21 minutes d’avance sur Rachel Entrekin pour offrir à l’ultra-trail féminin français son premier sacre sur l’UTMB depuis Caroline Chaverot en 2016. Et pas n’importe comment : celle qui a mis en suspens sa carrière professionnelle de gynécologue obstétricienne depuis deux ans pour se consacrer à l’ultra-trail a signé le chrono féminin le plus impressionnant dans l’histoire de la course, sur une version « 100 miles », en passant sous la barre des 22 heures (21h54'49'' pour 170 km et 9.900 m de D+).
Une « consécration » avec ce doublé Diagonale-UTMB
Après Xavier Thévenard et la Néo-Zélandaise Ruth Croft, elle devient aussi la première athlète à remporter dans sa carrière les trois principaux formats de course autour du Mont-Blanc (OCC, CCC et donc UTMB). Son enchaînement Diagonale des Fous-UTMB en un an est considéré par son coach comme « une consécration ». « En 2023, quand elle fait 3e pour son premier UTMB, elle finit en 24h22. On est dans un autre monde aujourd’hui. »
A savoir la galaxie des grandes championnes du sport féminin français. Mais ne comptez pas pour autant sur Blandine L’Hirondel pour se sentir légitime. « Je n’y crois pas, je suis partie en n’ayant pas du tout cet objectif en tête, a-t-elle ainsi confié au public, à bout de forces. Durant toute la course, je me suis dit que je n’étais pas à ma place, qu’il fallait que les autres filles reviennent devant. »
Un « engouement extraordinaire » du public
Ce moment n’est jamais arrivé, et les montagnes russes émotionnelles provoquées par ses chutes ont confirmé l’engouement de tant de suiveurs de trail à son égard. « Blandine communique beaucoup sur sa personnalité et elle a développé un capital sympathie auprès du public, constate son coach. Elle met en avant plein de qualités humaines qui plaisent aux gens, et elle joue beaucoup avec eux sur les courses. Il y a une vraie communion entre elle et le public. »
Notre dossier sur l'UTMBDe son propre aveu « stone » samedi soir, Blandine L’Hirondel a justement dirigé quasiment tous ses mots vers ces milliers de spectateurs l’ayant irradiée de soutien. « Vous êtes des zinzins, vous avez été extraordinaires. Ce qui m’a vraiment marqué dans cet UTMB, c’est vous, c'est cet engouement autour de moi, merci. J’ai perdu mon tympan à Saint-Gervais [au km 23 de la course] et je ne l’ai jamais récupéré ! »



















