France - Ecosse : Galthié devin, seum écossais et joie tardive… Les Bleus toujours en vie dans le Tournoi
Rugby•Le XV de France s’est imposé (32-21) contre l’Ecosse mais aura beaucoup souffert en seconde périodeWilliam Pereira
Au Stade de France,
Vouloir allumer la clim par un froid préhistorique, quelle curieuse idée. Mais sans l’étincelle salvatrice de Gaël Fickou en fin de match pour transformer le Stade de France en brasier, les Ecossais auraient au moins partiellement réussi leur folie en venant gratter le bonus défensif. On parlera longtemps de cette seconde mi-temps, aussi vilaine que la première aura été belle pour le XV de France. Complètement dépassés par la pression et l’omniprésence de l’équipe écossaise – « la meilleure de tous les temps » selon Galthié – dans leurs 22, les Français ont bien failli foutre en l’air une avance de 19 points acquise dans la première demi-heure.
Coup de bol, Dupont et sa bande se sont suffisamment réveillés dans les derniers instants pour se retrouver pile-poil dans une position anticipée par le sélectionneur dans un des schémas dont il a le secret. « C’est le scénario qu’on avait étudié la veille : hier, avec les leaders, on avait dit qu’on irait chercher le bonus offensif si un cas semblable se présentait. Pour plein de raisons, en sachant qu’on pouvait aussi perdre le ballon. »
Les Ecossais ont le seum, mais sont fiers
C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé. A deux minutes de la fin, les Ecossais avaient récupéré une mêlée dans leurs cinq mètres. Mais, avec un match dans les pattes, se sortir d’un tel traquenard n’est pas chose aisée. Ça aussi, ça faisait partie du calcul. « Dans ces zones, ça demande beaucoup d’efforts à l’adversaire. Les chances qu’ils s’en sortent et remontent le terrain existent, bien sûr, mais elles sont faibles. On a fait ce choix. » Ça tient à quoi, finalement, un pari réussi ? Un peu d’audace, une grosse paluche de Taofifenua, une charge de mule de Barlot et un coup de génie de Fickou, encore costaud dimanche pour sa 10.000e cap à 28 ans.
Après un coup d’arrêt en Irlande, retour donc à la France gagnante et besogneuse, capable de défendre, de tenir sa ligne pour repousser les assauts répétés d’un adversaire spectaculaire sur le plan offensif, ou, au pire, de gagner de précieuses minutes avant de céder. Celle qui commence bien finit bien, et se fait peur entre les deux. Enfin, pas Thomas Ramos, armé d’un bouclier de mauvaise foi en zone mixte : « On n’a pas tremblé, non, parce que les dix dernières minutes, on maîtrise la partie, car on est dans leurs 22 mètres. » Mouais.
Le capitaine écossais Jamie Ritchie n’a étrangement pas la même lecture des événements.
« « C’est vraiment dur à avaler, regrettait-il face à la presse après la rencontre. On a été bons, donc on est déçus. On s’est créé pas mal d’occasions mais on n’a pas su les concrétiser. Après les trente premières minutes, je pense qu’on était la meilleure équipe. » »
Un peu plus lucide que son arrière, Galthié ne nie pas avoir souffert. « On a eu des phases très difficiles, les temps forts écossais. On a eu beaucoup de temps à gérer qui étaient parfois des temps difficiles où les Ecossais étaient dominants. »
Galthié défend Haouas
Laissons donc à l’Ecosse le trophée en carton du beau jeu, mais ne tolérons pas l’ingratitude. Sans l’excès de courtoisie de Mohamed Haouas, auteur d’un coup de tête rédhibitoire sur Ben White pour réduire la France à 14 et ainsi rétablir l’équilibre dans la force, les Bleus se promenaient pendant 70 minutes en supériorité numérique. Etonnamment, le sélectionneur français ne s’en est pas plaint outre mesure, sûrement dans un souci d’élégance.
Un gentleman ne pratique pas la lapidation en public, même s’il paraît évident que le Montpelliérain a grillé sa dernière chance d’être de la fête lors de la Coupe du monde à la maison. « Ce geste, j’ai envie de dire que c’est une position défensive très dure à tenir : vous défendez votre ligne, il faut déclencher pour dominer la collision. Il l’a fait, mais il se baisse, le demi de mêlée aussi. Je considère à ce moment-là qu’il n’avait ni l’espace ni le temps. Il l’a payé cher. J’ai envie de le protéger, de l’aider, de l’encourager. » Le genre de discours poli qu’on tient pour aider un pote toxico à remonter la pente tout en veillant à le garder à distance.
A 14 contre 14, c’est un autre sport. Plus d’espaces, plus d’efforts, plus d’ajustements. « On ne s’est pas affolés, tempère Dupont, mais il a fallu s’adapter. Ce sont des scénarios qu’il faut savoir prévoir. » Le demi de mêlée français y a laissé des plumes, d’autres, comme Anthony Jelonch, y ont laissé la peau. Victime d’une rupture du ligament croisé antérieur, le Toulousain laisse un grand vide dans l’effectif français et pourrait louper la Coupe du monde. « Son tournoi, en tout cas, est terminé », se lamente Fabien Galthié. Pour le XV de France, les espoirs restent permis, grâce à Gaël Fickou.


















