Coupe du monde 2022 : Les supporteurs sous étroite surveillance ?

Fake Off Au Qatar, en plus des milliers de soldats déployés, des caméras à reconnaissance visuelle et des drones assurent la sécurité

Maïwenn Furic
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Les supporteurs internationaux qui se rendent au Qatar doivent se plier aux lois en vigueur dans le pays, parfois bien différentes de celles qu'ils ont l'habitude de respecter
Les supporteurs internationaux qui se rendent au Qatar doivent se plier aux lois en vigueur dans le pays, parfois bien différentes de celles qu'ils ont l'habitude de respecter — Sergei Bobylev
  • Selon plusieurs internautes et supporteurs présents au Qatar pour la Coupe du monde, chaque personne est étroitement surveillée dès son arrivée dans le pays.
  • Des milliers de caméras, dont certaines à reconnaissance faciale, ainsi que des drones ont effectivement été déployés sur place pour sécuriser le tournoi.
  • Des inquiétudes existent également quant au suivi des supporteurs par le biais de deux applications qu’il est obligatoire de télécharger pour se rendre dans le pays. La Cnil recommande d’ailleurs d’être très vigilant et de partir avec un téléphone portable vierge.

« Soyez prêts, au Qatar vous n’aurez aucune liberté ! », s’exclame un internaute. « Vous serez surveillés et traqué partout et tout le temps », lance un autre. « Vos visages seront identifiés dès votre descente de l’avion », affirment certains. L’organisation de cette Coupe du monde est décidément au centre de tous les débats. Pour certains, la surveillance sur place, c’est partout et tout le temps.

Selon plusieurs publications : « Tous les appels, SMS sont contrôlés par des experts qui peuvent parler plusieurs langues. Plusieurs milliers de caméras et drones seront opérationnels à partir du 15 novembre et c’est pour contrôler toute violation des règles imposées. » Qu’en est-il vraiment de ces informations sur la surveillance et la sécurité au Qatar ? 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

Evidemment, pour organiser une telle compétition et recevoir les supporteurs, il faut mettre en place un dispositif de sécurité important. La France devra d’ailleurs en faire de même pour les Jeux olympiques de 2024. Pour un pays tel que le Qatar, où les règles sont très strictes et le tourisme peu développé, c’est un enjeu de taille. Les autorités qataries se sont ainsi lancées dans le projet Stadia, mené avec Interpol depuis 2012, qui vise à améliorer la sécurité des grands événements sportifs.

Des milliers de soldats du monde entier

Le Qatar est sous haute surveillance durant ce mois de compétition, avec un dispositif largement issu de dix ans de travail avec Interpol. Ainsi, la formation d’au moins 32.000 agents de sécurité du gouvernement, et de 17.000 agents du secteur privé a été annoncée. Tous sont préparés à toutes les éventualités, en témoignent plusieurs vidéos des entraînements. Le Qatar a également signé des accords de sécurité avec plusieurs pays pour mettre en place le dispositif de la Coupe. La France a dépêché 220 gendarmes sur place. Ils sont essentiellement là pour assurer la sécurité des supporteurs français selon le ministère de l’Intérieur.

Plusieurs autres pays tels que la Turquie, le Pakistan, et le Maroc ont fourni des membres des forces antiémeutes, des soldats, artificiers, chiens renifleurs d’explosifs… Quant à la haute sécurité militaire et antiterroriste, elle est essentiellement prise en charge par les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Ce qui fait effectivement un bel effectif de sécurité et de surveillance sur place.

Drones, reconnaissance faciale…

Au-delà des forces d’interventions, le Qatar a mis un point d’honneur sur la prévention. L’objectif pour le pays hôte est de repérer des éventuels perturbateurs et dangers avant qu’ils ne surviennent. Pour cela, l’accent a été mis sur les nouvelles technologies. Pas moins de 150.000 caméras ont été installées dans les lieux publics, dont 15.000 sont équipées d’une reconnaissance faciale. En Russie, elles n’étaient que 500 à être dotées de cette technologie.

L’une des nouveautés développée entend analyser les foules et leur comportement durant la Coupe du monde, afin de « surveiller et détecter des menaces de sécurité spécifiques, en temps réel via le réseau de caméras de surveillance », affirme l’université du Qatar sur son site Internet. Cette dernière a également annoncé qu’elle a développé un drone capable de compter le nombre de personnes présentes dans une zone, la détection d’événements anormaux et l’identification des personnes ciblées à l’aide de la reconnaissance faciale. Effectivement, toutes ces technologies permettent de « contrôler toute violation des règles imposées », comme l’évoquent certains internautes.

Pour exemple, le stade Lusail qui est le plus important avec une capacité de 80.000 places, compte plus de 3.800 caméras de surveillances. Selon le comité en charge de la sécurité du mondial, il dispose également de deux centres d’opérations de surveillance avancée.

Deux applications mobiles intrusives

Les internautes suspectent également que les autorités qatariennes scrutent les activités en ligne des personnes présentes sur place. Et cela passerait par les deux applications qu’il est obligatoire d’installer. Il y a effectivement Ehteraz, qui est l’équivalent du TousAntiCovid français. Celle-ci demande une autorisation pour un accès permanent à la localisation, afin de procéder au suivi du Covid-19. Mais selon les experts, elle n’est pas l’application la pus problématique.

La seconde, et celle qui inquiète le plus, est Hayya. Elle permet d’obtenir sa « ID fan », soit la carte de séjour pour la durée de la compétition, et ainsi d’accéder aux stades et aux transports gratuits. D’autres fonctionnalités qui ont pour but « d’améliorer » l’expérience sur place sont disponibles. Lors de l’installation de celle-ci sur son smartphone, il est bel et bien demandé de « toujours utiliser la géolocalisation ». Lorsque l’on fouille dans la politique de confidentialité, la liste des informations collectées est longue : nom, date de naissance, nationalité, lieu de résidence au Qatar, date d’arrivée, moyen d’arrivée, date de départ, numéro de téléphone, adresse mail, informations du passeport, itinéraire, adresse IP, téléchargement des cookies sur votre appareil…

La Cnil recommande un smartphone vierge

De nombreuses informations collectées, oui, mais pourquoi ? Il est précisé qu’elles peuvent être divulguées à « des tiers, au service judiciaire et/ou aux autorités de réglementation ou aux organismes chargés de l’application de la loi dans le cadre d’enquêtes », et « pour assurer la sûreté et la sécurité du tournoi ». Egalement « en prenant des mesures en relation avec des activités illégales réelles ou présumées, des fraudes, des situations d’urgence impliquant des menaces potentielles pour l’intégrité physique de toute personne ».

Ainsi, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) recommande plusieurs précautions. Les supporteurs qui feront le voyage au Qatar sont invités à installer l’application Hayya au tout dernier moment avant le départ, et de la supprimer dès le retour en France. Ils doivent également veiller à limiter les autorisations système à celles strictement nécessaires.

La Cnil recommande même de voyager avec un « smartphone vierge », c’est-à-dire ne contenant aucune donnée personnelle. « Une vigilance particulière sera à apporter aux photos, vidéos, ou œuvres numériques qui pourraient vous placer en difficulté vis-à-vis de la législation du pays visité », souligne la Commission. Car, s’il y avait encore besoin de le préciser, la France est bien plus tolérante et possède davantage de libertés que le Qatar.