Sécurité : « Nous allons doubler les effectifs de forces de l’ordre dans les transports », annonce Gérald Darmanin

info « 20 Minutes » Outre l’arrivée de renforts, le ministre de l’Intérieur annonce à « 20 Minutes » la création d’unités pour lutter contre la délinquance dans les transports dans huit grandes agglomérations, et de brigades dans 37 villes de province

Propos recueillis par Thibaut Chevillard et Caroline Politi
— 
Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, dans son bureau à Paris, le 23 novembre 2022.
Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, dans son bureau à Paris, le 23 novembre 2022. — Olivier Juszczak
  • Dans une interview exclusive accordée à 20 Minutes, le ministre de l’Intérieur dévoile plusieurs mesures prises pour lutter contre l’insécurité dans les transports en commun, partout en France.
  • 1.835 policiers et gendarmes supplémentaires seront prochainement déployés sur le terrain, dont 200 à Paris. Gérald Darmanin annonce par ailleurs la création d’unités spécialisées dans huit grandes agglomérations, et de 37 brigades dans des villes plus petites en province.
  • Une manière pour la place Beauvau de préparer l’arrivée massive de spectateurs à l’occasion des Jeux olympiques en 2024.

1.835 policiers et gendarmes supplémentaires sur le terrain, création d’unités spécialisées dans huit grandes agglomérations et de 37 brigades dans des villes plus petites en province… Dans une interview accordée 20 Minutes ce mercredi, le ministre de l’Intérieur dévoile plusieurs mesures prises pour lutter contre la délinquance dans les transports en commun. Agressions, vols… Toutes les infractions commises dans les bus, trains, métros ou tramways et enregistrées par les forces de l’ordre sont en baisse, détaille par ailleurs Gérald Darmanin.

Ce qui n’empêche pas la place Beauvau de préparer dès maintenant les Jeux olympiques de 2024 organisés à Paris, et d’anticiper l’arrivée massive des spectateurs du monde entier qui emprunteront les transports en commun durant la compétition. « Nous allons développer tout un service de sécurité dans les transports, mettre en place des commissariats au sein des gares pour faciliter la prise de plainte », annonce-t-il notamment.

L’an dernier, les services de police et de gendarmerie ont enregistré une hausse de 4 % des vols et des violences dans les transports en commun. Qu’en est-il depuis ?

Nous avions effectivement constaté une augmentation, de manière générale, des violences aux personnes, en particulier dans les transports. Depuis deux ans, 200 policiers supplémentaires ont donc été déployés et nous avons demandé aux forces de l’ordre, tant les CRS, les gendarmes mobiles que les policiers des commissariats, de descendre dans le métro, d’aller dans les bus, les trams…

Ce dispositif a été efficace puisque, sur les dix premiers mois de l’année, une baisse de 8 % des violences dans les transports en commun a été enregistrée dans toute la France. Elle est même de 18 % si on compare les mois de septembre et d’octobre 2021 et 2022. Dans le Rhône, cette baisse atteint 50 % ; à Paris, elle est de 26 % ; en Seine-Saint-Denis, de 22 %. Tous les indicateurs, notamment les vols et les agressions sexuelles, sont en baisse.

Comptez-vous accentuer les mesures pour lutter contre cette délinquance ?

Avec Clément Beaune, ministre délégué chargé des Transports, nous allons, d'ici aux Jeux Olympiques, plus que doubler les effectifs des forces de l’ordre dans les transports en commun, particulièrement dans les grandes agglomérations, car c’est là que l’on les emprunte le plus. 10 % des Français les utilisent quotidiennement pour se déplacer, c’est même 25 % en Ile-de-France. Nous allons passer de 1.675 policiers et gendarmes qui patrouillent dans les transports en commun à 3.510. Soit 1.835 en plus, dont 200 rien qu’à Paris. C’est un effort sans précédent.

Nous allons aussi créer de nouvelles unités. Aujourd’hui, il n’y a que Paris, Lyon, Marseille et Lille qui ont des services dédiés aux transports en commun. Il y en aura dans huit autres grandes agglomérations - Bordeaux, Rennes, Orléans, Rouen, Strasbourg, Dijon, Nantes et Toulouse - avec 60 à 90 policiers affectés à chacune de ces unités. Enfin, dans les villes moins importantes comme Angers, Amiens ou Lens, 37 brigades de 10 à 20 agents seront mises en place.

Les chiffres des dernières années mettent en lumière une surreprésentation d’étrangers parmi les victimes. Un dispositif spécifique sera-t-il mis en place, notamment avec l'accueil des Jeux olympiques en 2024 ?

J’ai demandé aux préfets des départements concernés de me rendre, avant la fin du mois, des propositions pour arriver à zéro délinquance lors des JO. Il y a évidemment un volet transports en commun, en particulier en Ile-de-France. Des policiers étrangers viendront aider leurs homologues français, ne serait-ce que pour renseigner les personnes qui prennent les transports.

Nous allons développer tout un service de sécurité dans les transports, mettre en place des commissariats au sein des gares pour faciliter la prise de plainte. Les renforts et la création des brigades spécialisées permettront également aux forces de l’ordre de patrouiller, à la fois dans les gares et au sein même des transports en commun. Jusqu’à présent, les équipes étaient divisées, ce qui faisait perdre en efficacité.

Des enseignements ont-ils été tirés après les événements survenus au Stade de France, lors de la finale de la Ligue des champions de football ?

400 policiers supplémentaires sont désormais déployés à chaque événement pour lutter spécifiquement contre la délinquance. Il n’y a pas eu d’incident depuis. Deux jours avant, on commence à saturer l’espace public dès la sortie des transports en commun - les RER B et D et la ligne 13 du métro. Notre stratégie, c’est de faire un gros travail en amont avec des contrôles les jours précédents, une présence sur place, afin que le jour J, l’espace public soit « nettoyé » - il n’y a pas d’autre mot - de toute délinquance.

Des mesures spécifiques vont-elles être mises en place pour rassurer les femmes qui empruntent les transports ?

Nous avons lancé, il y a trois mois, une application gratuite qui s’appelle MaSécurité. C’est le nouveau 17. Elle permet aux utilisateurs, notamment les femmes, qui assistent ou sont victimes d’agression, de tchatter avec un policier ou un gendarme, de jour comme de nuit. Elles peuvent, par exemple, signaler un problème survenu sur une ligne du métro et préciser qu’elle arrive à telle station d’ici à 10 minutes. Mais cette application n’est pas encore très connue, nous allons faire en sorte qu’elle le devienne.

Grâce à la loi que nous avons fait adopter, il sera également possible d’utiliser cette application pour déposer une plainte en ligne. Elle pourra concerner tous les actes de délinquance, notamment une agression. Un policier ou un gendarme reprendra ensuite contact avec la personne dans les 24 heures. L’idée, c’est que nos concitoyens aient de moins en moins besoin de se rendre au commissariat, et que les policiers et gendarmes se déplacent vers eux de plus en plus.

Faut-il, selon vous, continuer à développer les nouvelles technologies pour lutter contre la délinquance dans les transports en commun ?

Nous ne pouvons qu’encourager les collectivités locales à installer des caméras de vidéoprotection et à utiliser le fonds prévu à cet effet pour les financer. A Paris, avec le préfet de police, nous allons augmenter considérablement le nombre de caméras, notamment aux abords des transports en commun.