Mondiaux de cyclisme : Julian Alaphilippe peut-il se relever de cette saison galère ?

Cyclisme Après une saison marquée par des grosses chutes et sans gros résultats, Julian Alaphilippe sera bien aux Mondiaux en Australie, dimanche

Antoine Huot de Saint Albin
Julian Alaphilippe ne va pas mettre le clignotant à droite.
Julian Alaphilippe ne va pas mettre le clignotant à droite. — AFP
  • Julian Alaphilippe a bien été sélectionné pour les championnats du monde de cyclisme, dimanche en Australie.
  • Le Français, double tenant du titre, a connu une saison galère avec d’importantes chutes.
  • Mais il semble armé pour revenir à son meilleur niveau.

Un petit conseil pour les fêtards du samedi soir. Après avoir fait des folies de votre corps sur le dancefloor, au rythme des Démons de minuit, gardez un peu de voix et de forme jusqu’à 8 heures du matin, dimanche. Ça sera nécessaire pour sautiller de joie et chanter à tue-tête la Marseillaise quand un Français revêtira le maillot de champion du monde de cyclisme, à Wollongong. Sur la South Coast australienne, on imagine déjà bien Benoît Cosnefroy ou Valentin Madouas profiter des dix derniers kilomètres escarpés pour se faire la malle.

On aurait même pu ajouter le nom de Julian Alaphilippe à cette petite liste. Car le Français va trouver devant lui un relief qu’il affectionne à quelques kilomètres de la ligne pour mettre en action ses mollets de double champion du monde, avec l’enchaînement Mount Ousley (578 mètres à 7,2 % de moyenne) - Mount Pleasant (883 mètres à 9,8 %, avec un passage à 14 %) - Broakers Road (110 mètres à 10 %). 

Il n’a rien perdu au niveau de ses jambes

Malheureusement pour « Alaph », ça risque de tirer dans les jambes, lui qui revient tout juste d’une luxation de l’épaule sur la Vuelta, où il était pour parfaire sa condition physique en vue, justement, des Mondiaux et du Tour de Lombardie. « C’était vraiment le but, confirme son directeur sportif chez Quick-Step Alpha Vinyl, Rik Van Slycke. Mais, après sa chute, il est resté une semaine sans vélo, puis a repris sur les rouleaux avant de ressortir progressivement. Cette convocation pour les Mondiaux a dû lui faire du bien moralement et mentalement après cette saison compliquée. »

On a certes tous nos petits problèmes, mais, alignés bout à bout, ils n’arrivent pas à la cheville de ce qu’a connu le Français en 2022 : un soleil sur les Strade Bianche, bronchite avant Milan San Remo, omoplate fracturée, deux côtes cassées et un pneumothorax lors de Liège-Bastogne-Liège, Covid-19 pendant le Tour de Wallonie, luxation de l’épaule sur la Vuelta. Et la tête, alouette. « Sa “chance”, c’est qu’il n’a été blessé que en haut du corps, mais tout ce qui est jambes, il n’a rien perdu, indique Vincent Bengochea, son ancien directeur sportif à l’Armée de terre. Julian, il rebondit tout le temps, il a toujours un super moral et je suis persuadé qu’il va retrouver son niveau. Je pense même qu’il va revenir encore plus fort. »

« Les champions sont toujours spéciaux »

Vincent Bengochea sait de quoi il parle. Quand il a récupéré Alaphilippe en 2010, celui qui venait alors du cyclo-cross sortait d’une saison quasi blanche, avec des courses à compter sur les doigts d’une main, à cause de problèmes au genou : « On lui a laissé le temps de se reposer et il est revenu deux fois plus fort. Sa première victoire, c’était sur une toute catégorie. Lui, alors, n’était que deuxième catégorie. Après, il a continué à gagner, au sprint, en haut des côtes, il passait en tête des cols, comme le Marie-Blanque, lors du Tour du Piémont Pyrénéen. »

Suffisant pour imaginer pareil scénario douze ans plus tard ? « Julian, il a un gros point fort, c’est qu’il récupère très vite, reprend l’ancien directeur sportif de l’Armée de l’air. Après une échappée de 100 bornes, ses collègues dormaient dans le bus, pendant que lui chantait. » Après ses chutes à répétition cette saison, la Quick Step a même dû le freiner pour qu’il ne reprenne pas trop tôt l’entraînement, pour laisser le temps aux blessures de bien cicatriser.

« Il est toujours parmi les meilleurs du monde »

Entre ses multiples passages aux urgences, Alaphilippe a quand même gratté deux trois résultats intéressants cette saison : une quatrième place sur la Flèche wallone, deux victoires sur le Tour du Pays basque, une autre en haut du mur de Huy lors du Tour de Wallonie. Loin, donc, d’être finito. « Il ne faut pas oublier que c’est un champion, et que les champions sont toujours spéciaux, assure Rik Van Slycke. Il a quelque chose d’extra. C’est un gagneur. Il faut juste le faire arriver en bonne condition, au bon moment. »

Hors de question de voir Julian Alaphilippe venir concurrencer Wout Van Aert 13 mois sur 12, sur à la fois San Remo, les Flandres, Roubaix, le Tour de France, la Vuelta et le Tour de Quangxi. Non, le compagnon de Marion Rousse va se focaliser sur certains objectifs, pour mieux rabaisser la concurrence.

Des objectifs précis

« Il fonctionne déjà comme ça depuis un an et demi, deux ans, avec des objectifs bien ciblés, témoigne l’ancien coureur Christophe Riblon, désormais consultant sur La Chaine L’Equipe. Il y a trois ans, il arrivait sur toutes les courses pour les gagner. Sur des moments, des événements bien précis, il est toujours parmi les meilleurs du monde. Mais il ne fera jamais une saison comme l’a fait Van Aert cette saison. »



Le Belge, d’ailleurs, après avoir à peu près tout gagné cette saison, aura une énorme pancarte dans le dos dimanche matin à Wollongong. S’il ne se bat pas avec son coéquipier Remco Evenepoel, difficile de le devancer sur le papier. A moins que… « Il faut toujours se méfier de Julian, conclut Vincent Bengochea. On croit qu’il est au fond du seau, et il ressort comme ça. Il sera peut-être moins protégé que les autres années. Mais, s’il y a une petite ouverture, les autres concurrents qui se regardent en se disant que Julian est moins fort, il peut en profiter. » Allez, va nous le décrocher ce troisième titre de champion du monde, Julian. On sera là, dès potron-minet, avec notre citrate de bétaine pour tenir le coup et la voix un peu enrouée, mais on sera là. Parole d’(ancien) clubber.