Eurobasket : Vincent Collet, treize ans à la tête des Bleus et toujours la même « flamme »

BASKET A la tête des Bleus depuis treize longues années, Vincent Collet espère bien passer le cap des 8es de l’Eurobasket, samedi, contre la Turquie

Aymeric Le Gall
— 
Vincent Collet, le meuble normand de l'équipe de France.
Vincent Collet, le meuble normand de l'équipe de France. — G. Varela
  • Samedi, l’équipe de France de basket affronte la Turquie en huitièmes de finale de l’Eurobasket 2022.
  • A la tête des Bleus depuis treize longues années, Vincent Collet fait preuve d’une longévité exceptionnelle pour un sélectionneur en sport co'.
  • Passionné par le jeu, l’entraîneur a su faire évoluer son management au fil des années pour continuer à transmettre sa force à ses joueurs.

Si le charisme n’était qu’une affaire de dégaine, alors Vincent Collet serait plus flamby que Don Corleone. Mais il n’en est rien. Posé au milieu des golgoths de l’équipe de France sur le parquet de Bercy à la veille du départ en Allemagne (où les Bleus affrontent la Turquie en 8es ce samedi), petites gambettes blanches à l’air dans un short trop large pour lui, le coach tricolore en impose. Chacun de ses mots vaut parole d’évangile et, au moindre coup de sifflet, les joueurs s’arrêtent net pour écouter religieusement le professeur. Il faut dire aussi que treize ans à la tête de l’équipe de France de basket, ça vous pose un bonhomme. Vincent Collet ne fait pas partie des meubles, il EST le meuble.

Et alors qu’il dispute sa douzième compétition internationale, le Normand n’a jamais semblé aussi épanoui qu’aujourd’hui à la tête de cette équipe. C’est d’ailleurs actuellement le sélectionneur français en poste depuis le plus longtemps, tout sport confondu, devant Didier Deschamps le petit joueur et ses dix ans années de règne en Bleu. Mais quel est donc son secret pour tenir aussi longtemps et résister à toutes les épreuves, et dieu sait qu’il en a connues depuis son intronisation en 2009, lui qui n’était alors qu’un petit entraîneur de Pro A qui avait du mal à se faire respecter de ses joueurs (c’est Antoine Diot qui le racontait à l’époque, pas nous) ?

« Un passionné comme on en côtoie rarement »

Pour son pote Christophe Denis, consultant pour Canal+ lors de cet Euro 2022, la réponse tient en deux mots : la flamme.

La flamme de Vincent grandit de compétition en compétition, assure-t-il. Cette flamme, c’est vraiment la première chose que tu ressens quand tu discutes avec lui. C’est un passionné comme on en côtoie rarement dans ce sport. C’est pour ça qu’il arrive systématiquement à relever le défi avec l’équipe de France. Il a la passion du jeu. C’est quelqu’un qui peut bluffer n’importe quel technicien de très haut niveau quant à sa compréhension du jeu, sa capacité à faire évoluer le jeu de l’équipe de France en fonction des joueurs qu’il a sous la main. Il arrive année après année à embarquer les mecs dans un projet de jeu collectif en leur faisant comprendre qu’ils peuvent vivre un rêve. »

S’il « impose le respect », comme explique l’ancien coach de Bourg-en-Bresse, c’est aussi parce que ce respect est réciproque. Vincent Collet sait autant ce que l’équipe de France lui doit que ce qu’il doit à l’équipe de France. Quand on l’a interrogé avant le début de l’Euro, cela transpire dans son discours : « Ces treize années en équipe de France m’ont appris beaucoup de choses. Je suis quelqu’un qui aime apprendre, tout le temps. Et donc j’ai profité des différentes opportunités qui m’étaient offertes pour avancer, pour progresser. J’ai eu cette chance-là d’être confronté au plus haut niveau mondial sur une longue durée, c’est un privilège et forcément une opportunité pour moi dans mon métier. Ça m’a permis de progresser, on joue contre les meilleurs, on a aussi les meilleurs joueurs, tout ça fait que normalement on fait deux, trois petits progrès. Normalement (rires). »

La Fédé lui maintient sa confiance après l’échec de 2017

Pourtant, tout ne fut pas rose. Malgré ses trois médailles consécutives décrochées en 2013, 2014 et 2015 aux championnats d’Europe et du monde, l’actuel coach des Metropolitans 92 a parfois dû traverser des zones de grosses turbulences, comme après la claque reçue en 2017 avec une piteuse élimination de l’Euro dès les huitièmes de finale. A l’époque, les haters étaient nombreux, torches et lanternes aux poings, pour réclamer la guillotine auprès du président de la Fédération. Mais Jean-Pierre Siutat est un fidèle qui marche à la confiance. « Si on avait écouté tout le monde en 2017, on aurait dû virer Vincent Collet, se souvient-il. Mais il est encore là aujourd’hui, il s’est remis en question, lui, son staff et les joueurs, et ce qu’on a vécu par la suite, c’est aussi parce qu’on a connu cet échec. »

« On est dans un pays où, de temps en temps, ceux qui dirigent sont capables de rester lucides, de garder la tête froide et de prendre les bonnes décisions, applaudit Christophe Denis. On a souvent tendance après un échec à vouloir couper des têtes. Mais non, l’échec fait partie du chemin vers le succès ». Les médailles de bronze en Chine (2019) et d’argent à Tokyo (2021) en sont la meilleure preuve. Car si le raté de 2017 a été « traumatisant pour Collet », dixit Denis, il n’a en aucun cas éteint sa flamme. Au contraire : « On n’a pas été bon, je n’ai pas été bon, mais cet échec m’a fait grandir et prendre conscience de certaines choses », analyse-t-il avec du recul.

Un relationnel extrêmement fort avec ses joueurs

De son propre aveu, c’est dans le relationnel avec ses joueurs qu’il a le plus évolué au fil du temps. Et s’il peut encore balancer quelques soufflantes bien flippantes, comme celle, mémorable, de 2010 qui siffle encore aux oreilles de TP and co', Collet s’est assagi. « On peut parler de maturité, oui. En 2009 j’avais 46 ans, j’en ai 59 aujourd’hui, ça en fait du chemin de parcouru, sourit-il. Et même si j’ai toujours été bavard, aujourd’hui je communique différemment avec mes joueurs. Je suis beaucoup plus dans le partage et la réciprocité qu’au début de mon mandat. »


« J’avais oublié, QU’IL FAUT TOUT VOUS dire !!! »

Et de ce que l’on a compris, cette méthode semble matcher à merveille avec le groupe actuel. Elie Okobo : « C’est un coach intelligent. C’est quelqu’un qui veut constamment s’améliorer et il n’hésite pas à se remettre en question s’il sent que ça peut l’aider en ce sens, détaillait-il avant l’Euro. Il est très ouvert, il nous demande nos avis sur certaines situations, on peut vraiment échanger avec lui, c’est super. Personnellement, je discute beaucoup avec lui au quotidien sur ce qu’il se passe sur le terrain, sur ce qu’il attend de moi, il me fait des retours sur mes matchs, sur mes entraînements, c’est bien d’avoir ce genre de discussions car ça me permet de mieux comprendre ce qu’il attend de moi et de progresser. »

Pour le coup, cette ouverture aux autres et ce côté méticuleux ne datent pas d’hier. Dans un reportage de Stade 2 daté de 2014, à l’époque où il dirigeait la SIG, on le voit prendre ses joueurs un par un après un match pour distribuer les bons points et corriger les petites pétouilles entrevues sur le parquet. « Le discours qu’il tient à ses joueurs, c’est bluffant, souffle Christophe Denis. Il trouve toujours les bons mots aux bons moments et ça ce n’est pas donné à tout le monde. Je le vois, moi, à Boulogne-Levallois, il passe autant de temps à entraîner son équipe qu’à parler à ses joueurs individuellement avant l’entraînement, après l’entraînement. Il peut rester littéralement une heure avec un gars en tête à tête s’il juge que c’est nécessaire, et quand il fait ça, il n’est pas saoulant. » La marque des grands, aucun doute là-dessus.