Formule 1 : Pour espérer battre Max Verstappen et RedBull, Ferrari doit « vraiment faire un sans-faute »

GRAND PRIX DE FRANCE L’écurie de Formule 1 Ferrari réalise son meilleur début de saison depuis longtemps, mais des choix stratégiques approximatifs et des problèmes de fiabilité plombent les résultats de la Scuderia

Adrien Max
Charles Leclerc partira en pôle position du Grand Prix de France, dimanche, grâce à un bon travail d'équipe chez Ferrari.
Charles Leclerc partira en pôle position du Grand Prix de France, dimanche, grâce à un bon travail d'équipe chez Ferrari. — ERIC GAILLARD / POOL / AFP
  • Malgré une voiture performante, Ferrari fait face à des problèmes stratégiques et de fiabilité qui leur ont coûté beaucoup de points depuis le début de la saison.
  • Jean Alesi, ancien pilote Ferrari estime que ces problèmes relèvent de « l’apprentissage des avant-postes ».
  • Mais pour battre RedBull et Max Verstappen, 38 points d’avance au championnat, Ferrari n’a presque plus le droit à l’erreur.

De notre envoyé spécial sur le circuit Paul-Ricard, au Castellet,

Une petite moquerie en salle de presse du circuit Paul-Ricard, au Castellet, qui traduit les errements de Ferrari en cette première moitié de saison de Formule 1. « Mes pneus sont morts après un tour seulement, je ne comprends pas pourquoi ? », s’est interrogé Charles Leclerc en pleine troisième séance d’essai du Grand Prix de France, samedi midi. « Compris », lui a répondu son ingénieur, rapidement moqué par un journaliste italien, qui a imaginé la suite de sa réponse : « On ne comprend pas non plus pourquoi. »

C’est en tout cas le sentiment qui prédomine chez les nombreux observateurs de la Formule 1 : bien qu’aux avant-postes, Ferrari semble trop souvent naviguer à vue. « Les erreurs stratégiques les ont beaucoup pénalisés », estime même pour 20 Minutes, l’ancien pilote Ferrari, Jean Alesi, entre deux selfies.

« Des moments d’hésitations »

Mais pour lui, ces erreurs relèvent de « l’apprentissage des avant-postes ». « Il faut visiter une team F1 pour se rendre compte du niveau de technologie et de recherche. Ferrari, ça fait plusieurs années qu’ils se battent pour revenir devant, d’un coup ils sont devant. Maintenant leur principal objectif n’est plus la voiture, mais de se restructurer. Ils ont une équipe assez jeune, sans star. Ils n’ont pas des Adrian Newey [directeur technique de RedBull]. Chacun est inconnu, mais a un jouet qui gagne, donc ils ont des moments d’hésitation », avance comme explication Jean Alesi, qui connaît très bien l’équipe.

Des moments d’hésitations comme à Silverstone, lorsqu’ils n’ont pas fait entrer au stand Charles Leclerc, pourtant en tête, juste après une voiture de sécurité. Une non-décision qui a coûté la victoire au Monégasque, finalement 4e, à huit secondes de son coéquipier Carlos Sainz, vainqueur de son premier Grand Prix et relancé dans la course au championnat du monde, au détriment de Charles Leclerc.

« La fiabilité va aussi jouer »

Une semaine plus tard, ce n’est pas la stratégie, mais la fiabilité qui donnait quelques frisettes en plus à Mattia Binotto, patron de la Scuderia Ferrari F1. Alors que tout semblait aligné pour réaliser un premier doublé Ferrari depuis le Grand Prix inaugural de la saison, à Barhein, le moteur de Carlos Sainz a littéralement explosé au moment de rattraper Max Verstappen. Cette explosion a encore des conséquences une semaine plus tard, puisque l’Espagnol partira dimanche du fond de la grille pour ce Grand Prix de France pour avoir utilisé un quatrième moteur, quand seulement trois sont autorisés pour toute la saison.

« Bien sur, la fiabilité va aussi jouer. Est-ce que ce qui se casse maintenant va continuer à se casser ou pas ? C’est la question que tout le monde se pose », rappelle Jean Alesi. Si Ferrari a, semble-t-il, identifié l’origine du problème, il n’est pour autant par encore résolu. Ce Grand Prix de France, et celui de Hongrie le week-end prochain et leurs très fortes chaleurs, vont encore mettre à rude épreuve le moteur Ferrari.

Travail d’équipe

Mais ce malheur, les 20 places de pénalité de Carlos Sainz, a au moins permis de voir la Scuderia Ferrari enfin travailler en équipe. L’Espagnol, qui ne jouait rien en qualifications, a offert deux tours d’aspiration à Charles Leclerc pour le mettre à l’abri des RedBull de Max Verstappen et Sergio Perez. « J’ai eu du mal à trouver les bons réglages et le bon style de pilotage depuis le début du week-end. Mais j’ai eu l’aide de Carlos, ça a été un beau travail d’équipe qui m’a permis de faire un super tour. C’était vraiment super d’avoir cette aide », s’est réjoui Charles Leclerc.

De quoi éteindre quelque peu les rumeurs d’une mauvaise entente entre les deux pilotes. « Ils ont fait un très bon boulot d’équipe. C’est comme ça qu’est l’équipe, ce n’est pas évident pour tout le monde de voir ce qu’il se passe derrière la porte de notre écurie, mais on est soudé. Ils se sont mis au service de l’ensemble, et c’est important pour le championnat », a rappelé au micro de Canal +, Laurent Mekies, directeur sportif de la Scuderia Ferrari.

« RedBull, c’est la panzer division »

Parce qu’il faudra sans aucun doute que tout le monde roule dans la même direction chez Ferrari pour espérer battre Max Verstappen et RedBull, 38 points devant Charles Leclerc au championnat. « Eux, les autres [RedBull] c’est l’horloge suisse, ça avance. C’est la Panzerdivision, ils sont rodés, Max c’est Max, il faut vraiment un sans-faute de Ferrari, mais ils peuvent y arriver », estime Jean Alesi.

Un problème de riche, finalement, puisque ces débats sur la stratégie, la fiabilité, ou l’entente au sein de l’équipe n’existeraient pas sans le travail de pré-saison et une voiture enfin performante contrairement aux saisons précédentes. « Ils n’ont pas loupé la voiture, c’était quand même une inconnue. Tout le monde a travaillé tête baissée, sans savoir le rendu final. On a vu des voitures avec vraiment des formes différentes, et Ferrari n’a pas loupé la sienne », rappelle Jean Alesi. Mais désormais, il ne faut plus se louper sur le reste.