Top 14 : « Là, je dois arrêter de parler »… Urios tente d’éteindre l’incendie à l’UBB

RUGBY Après plusieurs jours de tensions, le manager de l’Union Bordeaux-Bègles joue l’apaisement avant la demi-finale de Top 14 du club contre Montpellier

Clément Carpentier
Christophe Urios, le manager de l'UBB
Christophe Urios, le manager de l'UBB — Romain Perrocheau / AFP
  • L’Union Bordeaux-Bègles prépare sa demi-finale de Top 14 contre Montpellier dans un contexte particulier.
  • Après avoir allumé ses joueurs la semaine dernière et avoir vu leur réponse face au Racing, Christophe Urios tente de calmer un peu le jeu.
  • Reste à savoir à moyen terme, si cet épisode aura des conséquences sur cette équipe de l’UBB.

C’est aussi à ça que l’on reconnaît l’expert en management et en communication qu’est Christophe Urios. Alors que son club traverse une très grosse crise de turbulences en raison de tensions entre lui et certains de ses joueurs, le manager bordelais n’a pas pris le risque de remettre de l’huile sur le feu comme il l’avait fait dimanche soir après la qualification en demi-finale du Top 14 de l’Union Bordeaux-Bègles.

Le manager bordelais a tout d’abord envoyé deux joueurs étrangers en conférence de presse. Et pas de cadres du vestiaire face aux journalistes et encore moins de Matthieu Jalibert ou de Cameron Woki, ses deux internationaux qu’il a particulièrement pointé du doigt la semaine dernière.


Du coup, entre « le groupe va très bien » du timide ailier Argentin Santiago Cordero et les banalités confondantes du pilier Tongien Ben Tameifuna, il a réussi son pari. C’est-à-dire, maîtriser ce début d’incendie. D’ailleurs lui « n’en voit pas, c’est vous [les journalistes] qui créez cet incendie ! »

« Je n’en ai rien à cirer de cette situation, j’ai passé l’âge, poursuit-il. Je sais juste ce que je dois faire et ne pas faire. Et là, je dois arrêter de parler. »

Hors de question pour lui de remettre une pièce dans la machine même si plusieurs fois cela l’a démangé. Il est temps de se concentrer vers la demi-finale de samedi (21h) à Nice contre Montpellier.

Le très risqué coup du poing fermé

Oui sauf que tout ne peut pas s’effacer du jour au lendemain. Surtout, qu’à écouter Christophe Urios, il y aura des conséquences à moyen et long terme en vue de la saison prochaine. En attendant, aujourd’hui, la question est de savoir s’il y a une vraie fracture ou non avec ces joueurs ? « Il est avec nous, on a fait des réunions, ça va… », assure Santiago Cordero à propos de celui qui avait laissé son groupe en autogestion la semaine dernière. Reste à savoir comment tout le monde va se rabibocher.

Denis Troch, ancien entraîneur de football devenu préparateur mental prend une image pour illustre ce qu’il se passe en ce moment et pourquoi la manager Bordelais a agi de cette manière : « Une équipe, c’est comme un poing fermé qui va dans la même direction. Mais parfois elle s’ouvre et les doigts commencent à partir chacun dans leur sens et là si on ne trouve pas les solutions pour la refermer, il n’y en a qu’une. Taper très fort sur cette main posée sur la table pour qu’elle se referme d’un coup ! »

Et là tout le monde se resserre contre celui qui a frappé cette main. C’est la stratégie et d’ailleurs Christophe Urios ne s’en cache pas avec des « joueurs qui sont en guerre contre lui ». Le problème dans ces cas-là, c’est qu’il « faut très vite retirer sa main » poursuit Denis Troch pour ne pas se faire attraper et surtout espérer une réaction sur le terrain au prochain match. Ce qui fut le cas contre le Racing. En revanche, à plus long terme, c’est un peu l’inconnu pour l’ancien coach de Troyes ou d’Amiens. Un titre de champion de France effacera tout ça mais dans le cas contraire que se passera-t-il ?

Attention à l’effet hamburger…

Une chose est sûre, à cout terme, l’objectif est de retrouver un peu de calme d’ici samedi. Et pour ça Denis Troch a une autre image : éviter l’effet hamburger ! C’est-à-dire éviter d’en rajouter une couche dès que l’on peut pour que celui-ci ne devienne pas indigeste. A ce jour, on en est à trois couches : la colère d’Urios la semaine dernière, les réponses de Jalibert (poignée de main très froide avec son manager et le « on ne joue pas pour Christophe ») et Woki (le doigt devant la bouche pour dire à son entraîneur de se taire) pendant le match contre le Racing et la nouvelle mise au point d’Urios (« le patron, c’est moi ») après la victoire face aux Franciliens.

Jalibert et Woki après un essai de l'UBB face au Racing.
Jalibert et Woki après un essai de l'UBB face au Racing. - Romain Perrocheau / AFP

Ce mardi, il n’y a donc pas eu de quatrième couche. Le manager de l’UBB est trop intelligent pour savoir qu’il ne faut pas trop jouer avec le feu surtout quand on est à deux matchs d’un titre. Il a fait très attention même sur les questions techniques comme le positionnement du jeune Bastien Vergnes en troisième ligne : « Ce n’est pas un numéro 8 comme je les aime. Ça ne veut pas dire que je ne l’aime pas, attention à ce que vous écrivez parce que c’est chaud en ce moment hein ! Ne commencez pas à me foutre à dos tous les mecs, déjà que j’en ai beaucoup (rires) ».

Entre-temps, Christophe Urios a aussi vu son président, le très diplomate Laurent Marti, tenter d’aplatir un maximum le hamburger. Un vrai jeu d’équilibriste. Une prise de paroles sûrement salutaire où le patron du club s’est montré solidaire de son manager tout en affirmant qu’on ne devient pas champion avec des joueurs lisses… Tout ça en espérant voir tout le monde signer l’armistice le 24 juin prochain sur le Bouclier de Brennus.