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Stade Toulousain - La Rochelle : Pourquoi on ne peut pas (encore) parler de « clasico » entre les deux équipes
RUGBY•Ce samedi à Ernest-Wallon, les Stades Toulousain et Rochelais se retrouvent en barrage du Top 14. Les deux équipes sont désormais habituées à se retrouver dans des matchs décisifsNicolas Stival
L'essentiel
- Le Stade Toulousain reçoit le Stade Rochelais ce samedi (21h05) en barrage du Top 14.
- Ce duel propose la même affiche que les finales de Coupes d’Europe et de championnat de France l’an dernier.
- Malgré la concurrence entre les deux équipes, la rivalité n’est pas encore enracinée comme a pu l’être, dans les années 1990 et 2000, celle entre Toulouse et le Stade Français.
C’est une affiche que l’on aurait bien imaginée au Stade de France dans deux semaines, comme l’an dernier. Pourtant, ce Toulouse - La Rochelle, samedi à Ernest-Wallon, constitue un « simple » barrage de Top 14, entre deux équipes qui ont pris l’habitude de se retrouver au printemps : demi-finale du championnat en 2019, finales de Coupe d’Europe puis de championnat en 2021. Ces trois duels ont tourné en faveur des collègues d’Antoine Dupont, qui restent au total sur six victoires de rang face à ceux de Grégory Alldritt.
Des rencontres répétées, des supporteurs nombreux et fidèles, des internationaux à la pelle et des avants qui ne se déplacent pas pour déclamer du Lamartine… Tous les ingrédients semblent réunis pour ressusciter l’antique « clasico » entre Toulouse et Paris, sur et hors du terrain, avec mots doux et coups d’éclat. Oui, mais non en fait…
« Quand on parle de classique ou de clasico, on parle de clubs qui se rencontrent depuis cent ans, qui ont des titres, comme le Real Madrid ou le FC Barcelone en football, décrypte Jean-Pierre Elissalde, ancien joueur et entraîneur emblématique des Maritimes, père de Jean-Baptiste, qui a brillé sous les deux maillots. On va dire que c’est en germe. La différence de niveau entre les deux équipes s’est résorbée. Il n’est plus question de David contre Goliath. »
Deux clubs centenaires, mais avec des histoires très différentes
Si le récent vainqueur de la Coupe d’Europe a vu le jour en 1898, neuf ans avant son homologue toulousain, il a fallu attendre la deuxième moitié de la dernière décennie pour voir La Rochelle jouer dans la cour des grands, où les Rouge et Noir batifolent depuis leur naissance.
Grégory Lamboley a fini sa carrière en 2017-2018 à Marcel-Deflandre, après avoir tout connu du côté d’Ernest-Wallon, dont les fameux duels entre Capitole et Capitale. « Le clasico - un concept plus ou moins fabriqué par Max Guazzini [ancien président du Stade Français] - c’était particulier car à l’époque, le Stade Toulousain et le Stade Français étaient en haut de l’affiche, rappelle l’ancien 3e ou 2e ligne international. Depuis, le niveau s’est tellement élevé, avec un Top 14 plus homogène… Tu as aussi l’UBB, Montpellier, Castres… »
Consultante pour Canal+, Marie-Alice Yahé n’essaie pas de survendre la rencontre déjà alléchante qu’elle commentera. « C’est un choc du haut de tableau entre l’ancien champion d’Europe et l’actuel, entre le champion de France et le finaliste, mais pas encore un "clasico" du rugby français, décrit l’ancienne capitaine des Bleues. Peut-être que l’histoire et les résultats à venir en feront un "clasico" mais pour l’instant, ça reste jeune. Il n’y a pas vraiment la culture du derby ou de la "pique" qui peut exister entre certains clubs. »
Castres et Bègles, les vrais rivaux
400 kilomètres et des brouettes séparent les deux villes, cinq fois plus que la distance entre Toulouse et Castres, le « meilleur ennemi » du club haut-garonnais depuis qu’Agen a quitté le haut niveau. Côté rochelais, la vraie rivalité est à chercher du côté de l’Aquitaine. « Sur le plan de l’histoire, de la géographie, des matchs de jeunes, notre classique, cela a toujours été contre Bègles [aujourd’hui l’UBB] », indique Jean-Pierre Elissalde, qui se souvient encore avec des trémolos dans la voix d’« une rencontre très engagée en 1985, pour ne pas descendre ».
« Quand je jouais à La Rochelle, le match à gagner, c’était contre l’UBB, confirme Lamboley. Après, au vu des résultats récents, peut-être qu’il y a un sentiment de revanche au Stade Rochelais qui n’existe pas à Toulouse. »
On a donc voulu vérifier ça auprès du président des Bagnards, l’un des clubs de supporteurs de l’équipe des polymusclés Will Skelton et Uini Atonio. « Oui, il y a une rivalité, par rapport aux objectifs des deux clubs, indique Maxime Collin. Mais nous avons énormément de respect pour le Stade Toulousain, son histoire et ce qu’il peut représenter dans le rugby français. Ceci dit, comme nous l’avons montré en finale de Coupe d’Europe, nous ne sommes pas la bonne petite équipe qui finit deuxième après avoir fait un bon match. Et malgré notre longue saison et ce match rude contre le Leinster, je n’ai pas l’impression que le groupe soit fatigué. »
Verres et repas entre supporteurs
Le trentenaire sera présent à Ernest-Wallon pour espérer voir son équipe de cœur se qualifier en demi-finale, face au Castres Olymique, premier de la phase régulière. Dans une atmosphère bien éloignée de celle d’un OM - PSG. « On a envoyé des messages aux supporteurs toulousains pour les prévenir de notre venue. Si on peut boire un verre… »
Président du Huit, l’un des principaux groupes d’aficionados toulousains, Jean-Marc Arnaud n’a rien contre, au contraire. « On va faire un repas avec 200 personnes et il y aura des Rochelais ! Franchement, c’est une équipe simple, qui ne se la joue pas. Leurs supporteurs nous font penser à ceux de Clermont, ils ont un très bon fond. Il n’y a aucune rivalité entre nous. Et puis, on accueille un vrai champion d’Europe ! Ils ont travaillé pour arriver à leur but et ils y sont parvenus. »
La fin de la mauvaise série rochelaise ?
Pour cela, les Maritimes ont donc concassé Leinster, qui avait surclassé les Rouge et Noir en demi-finale, à Dublin… « Toulouse est en dents de scie cette saison, même si elle reste une grande équipe, juge Marie-Alice Yahé. Elle est peut-être moins dominante et en confiance que l’an dernier, alors que La Rochelle, c’est l’inverse. » Bref, ça s’annonce aussi serré que tendu à Ernest-Wallon. Peut-être le début d’une vraie rivalité ?


















