France - Danemark : Comment Deschamps peut se servir de la Ligue des nations pour préparer le Mondial ?

FOOTBALL L'équipe de France entame contre le Danemark une série de quatre matchs en Ligue des nations. Il s'agira de la plus grande fenêtre internationale pour préparer la Coupe du monde au Qatar, qui commencera en novembre 2022

William Pereira
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Christopher Nkunku profitera-t-il de la Ligue des nations pour s'imposer en Bleus comme à Leipzig?
Christopher Nkunku profitera-t-il de la Ligue des nations pour s'imposer en Bleus comme à Leipzig? — Adil Benayache/SIPA

Un été pas comme les autres se profile à l’horizon, si tant est que la notion de « normal » veuille encore dire quelque chose. L’apparition du Covid il y a deux ans a poussé les décideurs du foot européen et mondial à repenser leurs calendriers avant même cette année 2022 qui s’annonce depuis longtemps comme spéciale en raison de sa Coupe du monde hivernale. Un paramètre de plus à gérer pour Didier Deschamps et l’équipe de France dans leur défense du titre mondial durement acquis quatre ans auparavant.

La préparation passera par la défense d’un autre titre, un peu plus accessoire, bien que les joueurs semblent (officiellement) tenir à cette Ligue des nations avant le premier match contre le Danemark. Benjamin Pavard n’avait pas l’air de faire semblant quand il disait, mercredi, face aux caméras postées à Clairefontaine, avoir « encore envie de remporter ce titre ». On peut en revanche douter de sa sincérité quand il dit s’évertuer à ne pas « trop penser à la Coupe du monde ».

Avec tout le respect qu’on a pour la Ligue des Masters et pour Benjamin, on a un peu trop de kilomètres au compteur pour voir dans cette tournée estivale autre chose qu’une avant-dernière répétition pour le Qatar. Une question interpelle néanmoins : quelles que soient les leçons que l’on tirera de ces quatre matchs, auront-elles encore une quelconque valeur à l’automne ? Les vacances, faucheuses de jambes et de dynamiques psychologiques, bonnes ou mauvaises, seront passées par là, et en septembre, DD n’aura plus que deux matchs de Ligue des nations pour ajuster son groupe en fonction des états de forme divers. Comment dès lors se servir de ce début de Ligue des nations pour préparer le Mondial 2022 ?

Relancer certains cadres dans la tourmente

Si l’odeur du sang en a poussé plus d’un à flairer une possible montée en tension – que DD s’est empressé de désamorcer – entre Karim Benzema et Kylian Mbappé après la prolongation du jeune attaquant au Paris Saint-Germain, les motifs d’inquiétude se situent peut-être plus sur le terrain qu’en dehors. A commencer par l’état de forme des autres cadres de l’équipe. A moins de six mois de la Coupe du monde, petite liste des joueurs bleus majeurs à la rue ou au mieux irréguliers que Deschamps va devoir relancer.

  • Griezmann : l’effet cheveux courts n’aura pas duré longtemps pour Grizou, de retour à l’Atlético de Madrid après une douloureuse traversée du désert à Barcelone. Sa saison à 7 buts dans l’équipe de MMA de Diego Simeone n’augure rien de bon, même si on parle d’un joueur que l’on est habitué à voir performer plus facilement en Bleu ces dernières années. En espérant que cette année à défendre plus qu’il le faut avec les Colchoneros lui donne envie de jouer plus haut avec l’EDF. Plus de buts et moins de tacles, s’il te plaît, Antoine.
  • Varane : également à ranger dans les joueurs qui savent être bon en Bleu même quand ça va moins fort en club, Varane a réalisé la saison la moins pleine de sa carrière. Certes, défendre avec Harry Maguire est au moins aussi dur que de nager avec des poids de 100 kg aux pieds. Mais le stoppeur des Bleus a joué une dizaine de matchs en moins que les saisons précédentes, à cause de blessures à répétition, et son niveau oscille entre le bon et le bof. La team superstition sera néanmoins ravie d’apprendre que la dernière fois que Varane a fait une saison à moins de 30 matchs en championnat, c’était en 2017-2018.
  • Kanté : pile électrique sur courant alternatif, on se demande si N’Golo n’a pas flirté avec le burn-out a force d’être trop gentil. Tuchel l’a souvent mis sur le banc, mais Deschamps compte sur lui. A lui de le relancer suffisamment pour qu’il s’abstienne de faire des passes dé à ses adversaires comme lors du quart de finale retour de C1 contre le Real Madrid.
  • Pogba : blessé au mollet depuis de trop longs mois et en fin de cycle à Manchester United. Le plus inquiétant de tous dans le sens où il est absent du rassemblement le plus long avant le Qatar et que son état de forme en décembre dépendra de son rendement en club. La probabilité d’avoir un Pogba au niveau de 2018 s’amenuise à mesure que les jours passent.
  • (Bonus) Rabiot : très bien parti pour finir éternel espoir, pas ouf à la Juve, est-ce qu’on attend encore réellement quelque chose d’Adrien ?
Griezmann en club, c'est toujours pas ça
Griezmann en club, c'est toujours pas ça - Pressinphoto/Shutterstock/SIPA

En continuant de tester les nouveaux

Dans la continuité de sa liste du mois de mars, Didier Deschamps a rappelé Christopher Nkunku et Jonathan Clauss, les tubes de l’année en Bundesliga et Ligue 1. Milieu de formation, le premier est revenu en début de semaine sur sa mue en attaquant. « Mon positionnement sur le terrain est plus proche du but. J’ai été plus amené à finir les actions ou être à la dernière passe. Mentalement, j’ai passé un cap. Je suis un peu plus tueur. » Ce qui peut faire de lui un bon complément au trident Mbappé, Griezmann et Benzema. Les prochains matchs peuvent l’aider à trouver sa place dans cette attaque, où il n’est pas dit que les habitués, notamment Benzema, enchaînent les minutes sans compter.

Pour ce qui est de Clauss, il s’agira de continuer à montrer qu’il est le seul latéral droit à ne pas être qu’une option par défaut. Son rappel par DD fait un heureux par ricochet : Benjamin Pavard. Le défenseur du Bayern est désormais à ranger dans la catégorie défenseur central. « J’ai toujours dit que c’était mon poste depuis petit », souligne le Munichois. La mauvaise nouvelle étant que la concurrence est plus forte au centre où Koundé et plus récemment William Saliba sont apparus.


Dans la catégorie bizuts, on peut aussi toujours compter Moussa Diaby, cinq sélections au compteur. Lui s’y compte en tout cas : « J’essaye de m’intégrer petit à petit et confirmer que je suis là pour de bonnes raisons », déclarait l’ailier du Bayer, mercredi après-midi, pas inquiet de n’avoir pas encore ouvert son compteur en Bleus. « Je ne pense pas jouer gros sur ce rassemblement, poursuit-il. J’ai envie de reproduire ce que je fais en club, d’apporter dans ma percussion, d’avoir un peu plus d’influence dans le jeu. Ça va venir petit à petit. » Attention à ne pas trop traîner, quand même. La Coupe du monde arrive vite.