France – Angleterre : On a imaginé les scénarios catastrophe qui pourraient priver les Bleus de Grand Chelem

RUGBY Le XV de France est l’immense favori pour remporter ce Tournoi des VI Nations et réussir le Grand Chelem, ce samedi contre l’Angleterre. Mais méfiance, malgré tout

Nicolas Stival
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Jusqu'ici, tout va bien pour Antoine Dupont et le XV de France...
Jusqu'ici, tout va bien pour Antoine Dupont et le XV de France... — Simon King / ProSports / Shutterstock / Sipa
  • Si elle bat l’Angleterre ce samedi soir au Stade de France, la France remportera son premier Grand Chelem depuis 2010.
  • La formation de Fabien Galthié, qui reste sur sept victoires de rang, est l’immense favorite de ce match.
  • 20 Minutes a tout de même imaginé quatre bâtons qui pourraient se glisser dans les jolies roues de la bicyclette bleue.

Il n’est pas tout à fait 23 heures ce samedi et un Stade de France en feu fête ses héros, dont le tour d’honneur ne finit plus. Comme prévu, les Bleus ont aisément maté des Anglais impuissants face à la maestria d’Antoine Dupont et des siens. Le dixième Grand Chelem du rugby français, le premier depuis 2010, consacre les progrès d’une équipe gonflée de gloire et de certitudes en vue d’un sacre mondial à la maison, en 2023.

L’histoire est belle. Mais elle n’est pas encore écrite. Plusieurs obstacles peuvent encore faire dérailler le joli train tricolore. 20 Minutes a concocté quelques scénarios à faire pleurer dans les chaumières, de Biarritz à Belfort. Voici nos dystopies, si la Servante Ecarlate jouait au rugby.

La rébellion anglaise

On les croyait à la ramasse, avec déjà deux défaites dans ce Tournoi, d’entrée en Ecosse (20-17) puis face à l’Irlande (15-32), samedi dernier à Twickenham. Mais les Anglais peuvent pavoiser : ils ont privé leurs meilleurs ennemis du Graal après lequel les chevaliers bleus vont continuer à courir au moins un an de plus. L’ouvreur Marcus Smith a remporté son duel capillaire avec Romain Ntamack et la première ligne, le pilier gauche Ellis Genge en tête, a martyrisé sa prestigieuse homologue, sur la lancée de sa performance XXL contre le XV au Trèfle.

Contacté dans la semaine, Richard Pool-Jones nous avait pourtant prévenus. « On a tendance à sous-estimer l’équipe d’Angleterre, avait glissé l’ancien 3e ligne de Biarritz et du Stade Français, international pour la Rose en 1998. Elle est renaissante. On peut imaginer que la première pierre de l’édifice a été posée contre l’Irlande. En tout cas, c’était l’entraînement parfait pour ce match au Stade de France. »

Le sourire narquois d’Eddie Jones rejoint dans l’anti-Panthéon hexagonal le « Sorry good game » de Will Carling et le rictus autosatisfait d’Owen Farrell.

Le coup de coude malencontreux

On ne sait pas si Jaco Peyper osera mimer le geste avec des supporteurs anglais dans un bar de la rue de la Soif. En tout cas, l’arbitre sud-africain n’a pas longtemps hésité lorsque le coude de Paul Willemse a malencontreusement rencontré le nez de son homologue Maro Itoje, dès la 2e minute de jeu.



Volontaire ou pas ? Peu importe après tout… Le 2e ligne français a vu rouge, comme Sébastien Vahaamahina – puni par le même homme en noir – face aux Gallois lors du quart de finale de la Coupe du monde 2019 (défaite 20-19). Et à la même minute que l’Anglais Charlie Ewels une semaine plus tôt face à l’Irlande. Même scénario, même punition.

Poussés par le Stade de France comme les hommes d’Eddie Jones l’avaient été par Twickenham samedi dernier, les Bleus ont résisté mais, exténués, ils ont fini par craquer à l’heure de jeu face à une formation en supériorité numérique et tout heureuse de priver de bonheur les descendants de Napoléon.

Rageant, même si Fabien Pelous, du haut de ses 118 sélections et quatre Grand Chelem, avait prévenu lorsque nous l’avions appelé quelques jours plus tôt : « Tu vas batailler sur un ballon en l’air, le mec retombe en face de toi et tu peux prendre un rouge. Ce côté aléatoire peut faire peur, même si sur la valeur intrinsèque entre les deux équipes, il n’y a pas photo. » Regrets éternels.

La relance kamikaze, façon Brice Dulin contre l’Ecosse

Mais pourquoi Melvyn ? Il suffisait de dégager ce ballon en touche, même du genou, pour que le match soit fini, la victoire française avec ce maigre écart de deux points entérinée et le Grand Chelem « in the pocket ». Impeccable jusque-là, dans les airs comme au pied, l’arrière des Bleus a inexplicablement voulu relancer cette ultime gonfle, comme son prédécesseur Brice Dulin un an plus tôt face à l’Ecosse (23-27).

Et comme le Rochelais, le Perpignanais a été coffré puis pénalisé. Trente secondes plus tard, l’ailier polytatoué Jack Nowell aplatissait et plongeait la France du rugby dans le désespoir. A l’issue d’un âpre combat, Jaminet a peut-être manqué de lucidité, après avoir été saoulé de chandelles anglaises toute la soirée, comme l’avait demandé Eddie Jones. Mais plus généralement, les Tricolores ont parfois pris des risques inconsidérés auxquels ils ne nous avaient pas habitués.

Les joueurs du XV de France déçus après la défaite face à l'Ecosse (23-27), le 26 mars 2021 à Saint-Denis.
Les joueurs du XV de France déçus après la défaite face à l'Ecosse (23-27), le 26 mars 2021 à Saint-Denis. - Christophe Ena / AP / Sipa

Et si Richard Pool-Jones avait vu juste ? « Peut-être que l’équipe de France pourra pécher par orgueil si elle essaie de trop jouer et sous-estime l’équipe anglaise », prophétisait le très francophile Anglais quelques jours plus tôt.

La conjonction des malheurs

Et donc, les dieux du rugby ont décidé de faire payer aux Bleus toute la réussite qui avait escorté leur magnifique parcours jusque-là, comme ce ballon perdu par le Gallois Jonathan Davies filant à l’essai, huit jours plus tôt à Cardiff (9-13). Il ne manquait qu’une pluie de criquets sur Saint-Denis pour parfaire le tableau noir de ce samedi maudit.

Dès le premier quart d’heure, deux rebonds capricieux ont abouti à un doublé du centre anglais Joe Marchant. 14-0 pour la Rose, la France ne réussira jamais à revenir, surtout privée de son irremplaçable charnière Dupont-Ntamack, ciblée par la rudesse adverse et rentrée au paddock prématurément.

Habitués aux départs canon, les Bleus se sont retrouvés cette fois à court de solutions. « Je ne sais pas comment cette équipe de France se comporterait en étant menée car chaque fois, ils ont rapidement pris le score », s’interrogeait cette semaine Christophe Lamaison, héros de la Coupe du monde 1999. « Titou » oubliait l’entrée ratée face à l’Italie, vite corrigée (37-10 au final). Mais cette fois, c’était l’Angleterre en face, revancharde qui plus est…

Bon allez, on éteint les caméras et on revient à la réalité : le XV de France va bien battre l’Angleterre et remporter, enfin, son premier titre sous l’ère Galthié. On le lui souhaite en tout cas.